Jean-Charles de Castelbajac, mur Karcher, Paris XXème, juin 2016

Quand j’ai découvert, au début du mois de juin 2016, les peintures de Jean-Charles de Castelbajac, invité par Art Azoï à peindre le mur Karcher, rue des Pyrénées à Paris, j’ai été, le mot est faible, surpris. Je connaissais, à vrai dire, vaguement, le créateur de mode, le costumier, le designer, l’auteur et le collectionneur. Je savais ne pas tout savoir du street art, mais j’ose le confesser, j’ignorais tout de « Jean-Charles de Castelbajac-street artist ».

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Le mur long et de faible hauteur représente de nombreux personnages : on reconnait des enfants, des garçons et des filles (ils sont identifiés par leurs prénoms), des animaux, des maisons avec des toits à double-pente, comme continuent à en dessiner et à en peindre les enfants d’aujourd’hui (le plus souvent avec une cheminée sur le toit qui fume, une porte et des fenêtres, et des nuages, et le soleil !) Le mur est une galerie de personnages qui existent certainement quelque part ailleurs que dans la tête  de l’artiste et ces personnages évoluent dans un monde qui est celui de l’imaginaire enfantin. Le style de De Castelbajac se caractérise par un fond blanc, des personnages dessinés d’un trait noir épais (un peu comme la « ligne claire »), et des aplats de couleurs très vives se superposant aux représentations premières. La galerie de portraits d’enfants est rythmée par ces aplats de couleurs. Le mur n’est pas un récit, conçu sur le modèle de la bande dessinée ; il ne raconte aucune histoire. Il nous montre des enfants et leur imaginaire peints par un enfant. Bien sûr, l’artiste imite le dessin d’enfant et sa « naïveté ». Il fait semblant de ne pas bien dessiner, de ne pas bien peindre. Il est d’ailleurs significatif que des dessins d’enfants dessinés au feutre fin viennent apporter à certains endroits une touche d’« authenticité », comme s’il était nécessaire pour De Castelbajac de donner des preuves de l’origine enfantine de son œuvre.

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Nous sommes évidemment bien loin d’un dessin d’enfant véritable. La composition, le rythme de la frise, les « chevauchements » entre dessins « de fond » et aplats colorés sont bien trop « savants » pour être un vrai dessin d’enfant. En comparant cette œuvre aux autres créations de l’artiste, nous reconnaissons un style, une identité plastique. Le street art de De Castelbajac est du De Castelbajac, sans aucun doute. Il est vrai que l’artiste, dans le passé, a souvent revendiqué une parenté avec le dessin d’enfant et que le choix des couleurs est aussi, quelque part, un emprunt aux peintures enfantines. Les jeunes enfants ne s’embarrassent pas de délicates nuances, de savantes et subtiles harmonies. Ils aiment les couleurs « fortes », celles qui, juste sorties du tube, éclaboussent de leur éclat : les rouges, les noirs, les jaunes, les verts, les bleus.

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Difficile de prendre au sérieux les propos de De Castelbajac dans son entretien du 13 décembre 2014 donné à Télérama quand il définit le street art (sa déclinaison du street art) comme « un art de la résistance », et qu’il affirme sans sourire que « la rue est un parcours initiatique » et que son art a « une dimension ésotérique ». Doit-on pour autant porter un jugement péjoratif sur son travail dans la rue ? Somme toute, d’autres peintres, et non des moindres, ont revendiqué une parenté avec le dessin d’enfant (je pense à Picasso, à Kandinsky, à Miro, à Dubuffet, à Michaux, à Matisse, à Cocteau etc.). Il est vrai que De Castelbajac a rencontré, dans les années 80, Jean-Michel Basquiat et Keith Haring et que son intérêt pour le street art vient de là. Ses récentes « interventions » à la craie sur les murs de Paris en valent bien d’autres.

Un intérêt datant de plus de 30 ans, une constante attention aux images de l’enfance, un style qui ne cède pas aux courants dominants du street art, voilà des raisons de se contenter de ce que nous voyons : une galerie de portraits « à la manière de ». Un art décoratif ? Certes, mais donner à voir (j’emploie ce verbe dans son acception première) aux passants des éclats de beauté est, aussi, une fonction de l’Art.

Richard Tassart

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