Artof Popof, commémoration de la journée nationale de la Résistance, fresque, pont de la Petite Ceinture, mai 2016

Avant d’entrer dans le tunnel qui passe sous les Buttes-Chaumont à Paris, un pont enjambe la rue Manin et la rue de Crimée. Sous ce pont, le 23 août 1944 des FFI et des Résistants des FTPF du XIXème arrondissement ont capturé un train allemand et ses occupants. Ce haut fait de la Résistance parisienne est rappelé par une plaque apposée au-dessus du pont, jouxtant une entrée du parc. Pour commémorer cet épisode de la Libération de Paris, dans le cadre de la Journée nationale de la Résistance, la section parisienne a demandé à un street artist, Artof Popof, de peindre une fresque sur un des murs bordant le ballast de la voie ferrée de la Petite Ceinture. 

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La fresque devant être vue de la rue de Crimée, elle est de grande dimension. Longue de plus de 20 mètres, elle est haute de 5 mètres environ. Elle synthétise plusieurs représentations. Représentations elliptiques de l’attaque du train ; le train est représenté, le portrait d’une jeune femme qui s’est illustrée dans l’attaque, le nom d’un autre résistant ayant eu une conduite héroïque est associé à celui de sa camarade de guerre. Le contexte est suggéré également de manière indirecte : le titre d’un journal de la Résistance, la représentation d’une traction avant transportant des Résistants fêtant la Libération de Paris complétée par l’image d’un quartier parisien. Ces deux éléments semblent avoir pour sources les photographies prises le jour de la Libération de la capitale, le 23 août (alors que l’attaque du train est, je le rappelle, le 27 mai). Renforçant le contexte, Artof Popof a peint quelques fragments de Guernica, l’immense tableau de Pablo Picasso peint entre le 1 mai et le 4 juin 1937 à la demande du chef du gouvernement républicain espagnol Francisco Largo Caballero pour être exposé dans le pavillon espagnol de l’Exposition universelle de Paris en 1937. Ce tableau peint à Paris a acquis une renommée internationale et symbolise l’horreur de la guerre. L’artiste a choisi trois « détails » : le soleil fracassé,  le cheval et la bougie. Il a gardé le noir et blanc de l’œuvre originale qui la rapproche des photographies de la guerre d’Espagne. Ces deux éléments ne sont pas centraux dans le tableau original : les traits de plusieurs personnages sont devenus iconiques. Le cheval et le taureau ont été souvent associés dans l’œuvre de Picasso. La bougie est « doublée » par une lampe à huile qui est, elle, peinte en jaune pour rendre compte de la flamme.

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La fresque est intéressante pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il est singulier que des faits militaires soient commémorés par des œuvres de street art. Ensuite, parce que les « éléments contextuels » sont du point de vue de l’espace peint plus importants que la représentation attendue : l’attaque du train. Elle est resituée dans la séquence de la Libération de Paris et dans la longue séquence des faits qui allaient déboucher sur la seconde guerre mondiale (le bombardement de la ville de Guernica par les aviations allemande et italienne pour soutenir le renversement de la république espagnole par Franco). La fresque n’est pas une tautologie des événements ; c’est une évocation « libre » et plus large du martyre des Résistants.

Richard Tassart

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