La nouvelle conférence de presse du Procureur Collins

(Tribunal de Grande Instance de Paris – 4, boulevard du Palais – Paris 1° -30 Juillet 2016)

Une semaine après l’attaque, le 22 Juillet, à l’obusier de 49.3 de l’Assemblée Nationale par un forcené, dont on apprend qu’il vient d’être remis en liberté, plus précisément il n’avait été qu’interpellé, le Procureur de la République de Paris François Collins a tenu sa seconde conférence de presse pour faire le point de l’enquête en cours. 

Vous vous souvenez de ses premières conclusions. Nous vous en faisions part dans notre reportage de la semaine dernière intitulé Radicalisation1. Elles mettaient en évidence les complicités de très niveau entourant cette action criminelle, ainsi que l’implication très probable d’un réseau fondamentalistela Société du Mont-Pélerin, une des maisons-mères des idées néolibérales.

Afin d’éviter tout amalgame dans la période de confusion des derniers jours, après les attaques terroristes de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray perpétrées par un autre réseau fondamentaliste à prétention religieuse, le Procureur Collins a tenu à recadrer les faits. C’était nécessaire. 

« Il n’y a aucun lien établi à l’heure actuelle entre ces événements. D’ailleurs, la qualification première de terroriste du bombardement de l’Assemblée Nationale vient d’être retirée, pour celle plus adaptée de crime organisé et de grand banditisme. L’enquête judiciaire a été confiée à la Brigade de Répression du Banditisme et à l’Office Central de Lutte contre le Crime Organisé (OCLCO).

(On regroupe sous le terme de grand banditisme l’ensemble des actions criminelles organisées les plus graves et les plus violentes, comme les attaques à main armée, mais encore les privatisations, d’aéroports ou d’autoroutes par exemple, formes particulières de la corruption d’État, le trafic d’armes de guerre à direction de pays belligérants et, plus généralement, tous les renvois d’ascenseur entre politicards et affairistes, disons entre ploutocrates.) 

(Ploutos, personnage de la mythologie grecque, était le dieu de la Richesse. D’après la légende, aveugle, il distribuait ses faveurs aux gens de bien comme aux pervers et aux méchants. Dans la version française de cette légende, recueilli à l’Hôpital Ophtalmologique de la Fondation Rothschild de Paris, soigné et guéri, il retrouva la vue et le discernement, réservant ainsi désormais la distribution de sa manne aux seuls puissants.)

Les premières conclusions de l’enquête, a poursuivi le Procureur Collins, viennent de nous être remises par les Inspecteurs Pierre Dardot et Christian Laval de l’Office Central de Lutte contre le Crime Organisé, dans leur rapport étrangement intitulé Comme un cauchemar qui n’en finit pas. Comment le Néolibéralisme défait la Démocratie.

Ces deux officiers de police judiciaire incriminent de façon directe, comme soutien de Manuel Valls, son identité peut maintenant être révélée, car l’affaire disjointe de l’incrimination de terrorisme, comme soutien, mais également inspirateur, un collectif organisé, le Bloc Oligarchique Néolibéral

 

À l’étonnement suscité parmi nos confrères journalistes, par l’énonciation de cette nouvelle société secrète, le Procureur Collins a immédiatement donné suite. 

« Nous appelons Bloc Oligarchique Néolibéral (BONL), cette coalition de groupes élitaires dominants saisis par le démon permanent et vertigineux de l’illimitation. Pour la compréhension du grand public et de vos lecteurs, nous en distinguerons trois composantes principales, charge à vous d’en repérer les principaux protagonistes : 

– (1) l’oligarchie gouvernementale à la tête de l’État (toute dénomination est parfaitement inutile), 

– (2) le top-management de la banque et des très grandes entreprises, de BNP Paribas à Renault en passant par Total, Dassault, Bouygues, sans oublier une mention particulière pour Bolloré ; nous ne voulons pas être limitatifs,

– (3) enfin, les grands médias d’opinion, nous voulions dire « d’information », mais préférerons finalement utiliser le terme de « divertissement », papiers et surtout télévisés, chargés de la production et de la diffusion du ciment discursif de la domination oligarchique ».  

L’enquête a permis d’en identifier les principaux protagonistes : gros actionnaires et super cadres du CAC40 ; membres de la très haute fonction publique faisant la navette incessante entre le « service de l’État » et les positions avantageuses du capitalisme financier ; enfin, les porte-paroles médiatiques, économistes et éditorialistes dans « la ligne », nous pensons entre autres à Jacques Attali, Yves Calvi et bien d’autres encore, la liste serait trop longue ; rajoutons-y les idoles du show-business et du sport pour leur rôle dans la fabrication du spectacle hypnotique d’une « réalité » fabriquée.

 

À ce moment de l’exposé du Procureur Collins, sa secrétaire remettait à chacun des journalistes présents une courte fiche intitulée Les recasés de la République illustrant le propos précédent. Y manquait bien sur le nom de José Manuel Barroso, la nouvelle recrue de Goldman Sachs, sa nationalité étrangère le soustrayant à l’enquête en cours. Fiche néanmoins très instructive : 

– Julien Pouget, 40 ans, polytechnicien, conseiller Économie, Industrie et Numérique à l’Élysée depuis 2 ans. Vient de rejoindre Total. 

– Laurence Boone, 47 ans, conseillère économique à l’Élysée pour les sommets internationaux. Études à London Business School, puis analyste chez Barclay et Bank of America. Vient de quitter l’Élysée pour l’assureur AXA.

– Bruno Bézard, 53 ans. Polytechnique et ENA. Directeur Général du Trésor depuis 2014. Vient de rejoindre le fond d’investissement franco-chinois Cathay Capital, guidé, a-t-il avoué, par ses « deux passions, la Chine et l’Entreprise ».

Ils font déjà l’objet d’une fiche O (O comme Oligarchie), a précisé le Procureur Collins. Car cette interpénétration du monde des affaires, de la bureaucratie d’État et de la politique professionnelle a pris aujourd’hui une telle dimension qu’elle induit une véritable corruption systémique à tous les niveaux, de la collectivité locale au sommet de l’État. Je ne détaille pas. 

 

À ce point de l’exposé, une question est venue du fond de la salle. « Certes, nous connaissons bien tout cela. Mais, pour autant, à quel motif bombarder et ravager une Assemblée Nationale ? » 

À ce stade de l’enquête, notre hypothèse, a répondu le Procureur Collins, serait que pour la logique boulimique d’accumulation illimitée du Bloc Oligarchique, les institutions actuelles, dans ce qu’il en reste encore de républicain, nous voulons dire l’obligation de faire voter la Loi par les Assemblées, les institutions actuelles seraient devenues, plus qu’un problème, un obstacle

 

Toujours question au fond de la salle : « Iriez-vous jusqu’à dire, Monsieur le Procureur, que la menace terroriste tomberait à pic ? Perpétuer l’état d’urgence, mettre en place des lois d’exception, tout cela irait tout à fait dans le sens d’une sortie de la démocratie. » 

« Je ne sais pas répondre à cette question, a reconnu le Procureur Collins. Elle est troublante. Pour ma part, je ne pense pas à une connivence établie entre ces deux fondamentalismes, celui du Marché et de la Finance et celui de l’Identitaire religieux ».  

Non, pas à une connivence, plutôt à un renforcement réciproque

Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre attention. La séance est levée.

Jean Casanova

3 réponses à “La nouvelle conférence de presse du Procureur Collins

  1. 49.3 on n'oubliera pas

    Toujours aussi drôle, aussi précis et aussi caustique….merci pour ce rafraîchissement….

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