Le 50e anniversaire de la Séparation

Après les terribles événements de 2016 qui avaient meurtri et ensanglanté la communauté nationale, les pouvoirs publics avaient annoncé vouloir réformer le Medef de France. En vain. Il était déjà trop tard…

(Département d’Histoire de l’Université de Cergy-Pontoise – 33, Boulevard du Port – Cergy-Pontoise – Val-d’Oise 4 Août 2067)

4 Août 2067. Nous sommes aujourd’hui au Département d’Histoire de l’Université de Cergy-Pontoise. Non pas pour l’évocation de la fameuse Nuit du 4 Août 1789, celle de l’abolition des privilèges. Mais pour vous rendre compte d’un colloque consacré au 50e anniversaire, c’était à l’automne 2017, anniversaire de la Loi de Séparation du Medef et de l’État, cette loi fondatrice de notre République moderne d’aujourd’hui. 

L’historien Henri Villa-Ruiz, agrégé de l’Université et docteur en philosophie, au cours d’une conférence passionnante et chaleureusement applaudie, nous rendit compte des origines et du difficile accouchement de cette loi, dont 50 ans plus tard nous mesurons encore toute la modernité : la Séparation du Medef et de l’État. En introduction de sa conférence, il avait tenu à inscrire en lettres lumineuses au grand tableau de l’auditorium : « Marianne porte le bonnet phrygien de l’esclave affranchi ».

Saisissant raccourci historique, le Pr Villa-Ruiz nous fît remonter l’origine de cette loi au XVIIIe siècle et à la philosophie des Lumières. À la première séparation de ce type que connut l’État, celle d’alors avec l’Église, instaurée en 1794 par la Convention révolutionnaire dans son décret du 2 sansculottides de l’an II (dans notre calendrier d’aujourd’hui, le 18 Septembre 1794). Qu’énonçait ce décret de 1794 ? Article 1 : « La République ne salarie et ne subventionne aucun culte ». 

Flux et reflux, cette grande disposition révolutionnaire aboutissait définitivement un siècle plus tard à la loi de 1905, celle qui en entérinait irréversiblement les grands principes : l’Église est séparée de l’État ; le budget des cultes est supprimé ; les biens meubles ou immeubles des congrégations sont déclarés propriété nationale

Entre-temps et nous y venons, ajouta-t-il, une autre Église s’était accaparée insidieusement l’État. Une autre alliance du trône et de l’autel s’était mise en place. Cheminement progressif et longtemps invisible. Abouti dans un concordat jamais officiellement signé ! Cheminement un instant interrompu dans la seconde partie du XXe siècle, au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale, par l’instauration  d’une forme particulière d’État social issu du Programme du Conseil National de la Résistance de 1945.

Le Pr Villa-Ruiz ne s’est pas attardé sur cette parenthèse historique aux fondamentaux bien connus : fonction publique, services publics ; régimes d’assurance sociale par cotisation ; systèmes de retraite par répartition ; code du travail protecteur du salariat, etc. 

Il n’empêche, au tournant des années 2010, tout était à refaire. Une nouvelle église et ses prédicateurs néolibéraux évangélistes, organisés dans une secte revancharde avait reconquis, et bien plus encore, toutes les positions perdues jusqu’à, carrément, s’accaparer l’État qui n’était plus que l’instrument de leur hégémonie, celle de l’autel sur le trône.

Témoin de ce nouvel état du monde, à souligné le Pr Villa-Ruiz, la privatisation forcenée du bien public et national ; l’assurance individuelle visant à se substituer dans tous les domaines à la cotisation mutuelle et solidaire ; le remplacement du discours de l’intérêt général par les prédications du new-management ; celui de la Loi par le Contrat ; les prosternations des représentants publics aux Universités d’été du Medef ; le rôle maintenant dévolu à ces mêmes représentants, celui de démarcheurs commerciaux, le plus scandaleux, celui de démarcheurs des firmes de matériel de guerre. L’énumération du Pr Villa-Ruiz était encore longue ; en conférencier il avait voulu, comme on dit, « faire le tour de la question ». Pour notre part, chers lecteurs, nous en resterons là ; l’essentiel était dit !

Dans ces conditions, a indiqué le Pr Villa-Ruiz, celle de l’hégémonie totale de l’intérêt privé sur l’intérêt public, qu’était-il advenu à la veille de cette année 2017, pour que la chose si insidieusement développée et enracinée, la confusion du Medef et de l’État, puisse apparaître comme devenue intolérable, et impérative la nécessité d’y mettre fin ? 

Déjà, le printemps 2016 avait laissé poindre les premiers orages. Malgré les inondations qui noyaient le pays, et les compétitions de ballon rond qui noyaient les esprits, événements que la presse milliardaire, écrite et télévisée, tentait furieusement d’utiliser comme moyen de diversion, les manœuvres antirépublicaines pour faire aboutir en dehors de la loi un nouveau Code médévien du Travail (un code médiéval avait dit certains), ces manœuvres avaient commencer de déchirer le masque de légalité derrière lequel opéraient les hommes de l’Oligarchie, la secte qui manœuvrait l’État. Et derrière ce masque, laisser entrevoir les rouages de la collusion la plus étroite. 

Des rassemblements de jeunesse intitulés Nuit Debout commençaient à occuper les places des grandes villes pour parler, à la nuit tombante, d’avenir et de comment la jeunesse le voulait, rassemblements analogues aux Clubs rouges précurseurs de la Commune de Paris de 1871 et de leurs ancêtres, les Assemblées de sans-culottes de la Section des Piques à Paris encore, en 1790. Dans ces rassemblements commençait à s’énoncer une idée vertigineuse, celle de la Séparation. Du Medef et de l’État. Ce n’était pas rien. L’idée commençait à courir. Elle était ravageuse.

Ultime et vaine tentative des pouvoirs publics à l’été 2016 : tenter de réformer le Medef de France. Interdire les prêches de ses évangélistes à la télévision, mieux contrôler ses lieux de culte médiatiques, tout particulièrement le prêche biquotidien de C dans l’air ; instaurer un Conseil du Culte Médévien, placé sous la responsabilité de Jacques Attali. Toutes ces généreuses et hypocrites dispositions n’eurent malheureusement pas le temps de porter leurs fruits.

L’étincelle qui fit déborder le vase fut le coup de tonnerre de Janvier 2017. Y apparut en plein jour l’atroce réalité, plus que de la collusion, de la confusion du Medef et de l’État. Le Président de la République d’alors, François Hollande, annonçait officiellement abandonner sa charge, à la veille d’une réélection hasardeuse, et se préparer à être investi à la Présidence du Medef. Le tenant de la fonction, Pierre Gattaz, était, de son côté, pressenti pour entrer au gouvernement, prétention insensée, au ministère des Cultes et de l’Éducation Nationale. Un autre prétendant au trône allait être dans les trois mois adoubé sans coup férir par l’Autel. Le scandale du recrutement de José Manuel Barroso par la banque Goldman Sachs, six mois auparavant, apparût pour ce qu’il était : de « la petite bière ».  

Les événements s’enchaînaient. La réaction fut terrible. Aux élections qui suivaient, celles qui, tous les cinq ans depuis maintenant 15 ans, confiaient le ciboire et l’ostensoir à celui qu’avait adoubé secrètement la Main, elle était maintenant devenue Visible, ce fut un raz-de-marée qui emporta les Institutions, les partis et leurs représentants. Quand le flot se fut retiré et les décombres apparus, l’exigence d’une 6° République et d’une nouvelle Constituante ne pouvait plus être discutée. Dans les chapelles du CAC 40, on sonnait le tocsin. Leurs prétentions spirituelles à s’ériger maîtresses du temporel de l’État allaient être remises en cause.

 

Au terme de sa longue conférence, le Pr Villa-Ruiz, conscient de la fatigue débutante de l’auditoire, autorisait une longue entracte. Entracte qu’il souhaitait propice aux débats et commentaires. 

Nous examinerons la semaine prochaine, nous promit le Pr Villa le déroulement et les rebondissements des travaux de l’Assemblée républicaine issue de cette nouvelle Constituante, travaux qui aboutirent à la fameuse Loi de 2017, celle de la Séparation du Medef et de l’État. 

Jean Casanova

2 réponses à “Le 50e anniversaire de la Séparation

  1. L’Histoire n’est jamais écrite d’avance. Comment se nouera-t-elle ?

  2. Scenario passionnant et hypothèse plausible : l’avenir est inconnu, même proche… 2017

    Il y a cependant un drôle de silence dans votre écrit sur ce qui se passa entre la réaction qui fut terrible, le raz-de-marée qui emporta les institutions (le peuple en colère ?) et une 6ème république, une nouvelle Constituante (une nouvelle élite plus ou moins issue du recyclage de l’ancienne ?) qui reconstituent aussi sec les institutions, l’Etat et plus ou moins rapidement l’ordre des choses… de la démocratie nécessaire au capitalisme.

    Et qui balaye l’espoir d’une transformation profonde (serait-elle à craindre ?) de la construction d’une autre histoire qui s’émancipe vraiment des affres d’une histoire qui annonce assez distinctement les dangers dans lesquels elle nous plonge.

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