Si l’aube doit venir

product_9782070149865_195x320« Le chasseur vise, et tire sur son malheur, ou sa malchance, en tout cas quelque chose de présent en lui et dont il entend se venger » Yasushi Inoué cité par l’auteur.

La Réunion, une chasse ou sa mémoire racontée dans le récit de Babel. « Depuis des années, des spectres exécrables rôdent au travers des pages de mon histoire ». Traquer la papangue géante. Kalla. La poursuite de l’amour et la plongée dans le passé colonialiste. La chasse, peut-être, mais celle d’un homme voulant soumettre les autres, les légendes, les visions à son monde rabougri…

Jean-François Samlong construit un espace envoutant aux temporalités incertaines, aux verbes magiques, aux lisières des rêves et des fantasmes, « Nous étions du côté du plus fort et nous n’avions pas à nous détourner de notre but : renvoyer la sorcière au temps d‘il était une fois, les ailes ratiboisées », au cœur des tractations d’un être humain, ici logiquement un mâle, avec lui-même. « Le cri d’une trahison, je l’ai dit, et il est réconfortant de s’entendre crier à seule fin d’évacuer la peur qui s’est incrustée en soi »…

Les mots d’un homme aux femmes, Elise, Malika, Hannah, les mots de Babel, l’étau de ses mots… « On a tous un petit quelque chose à se reprocher, quand ce ne sont pas les pires ignominies. »

Les légendes au-delà des visions, Kalla, un « chien nègre », un rescapé de la chasse aux esclaves fugitifs, le vieil homme, l’hier non effacé, « Là où je suis debout face à vous tous, des vieillards, des femmes et des enfants ont été achevés à la machette sans pitié. Au bord des ravines, au pied des cascades, au sommet des cratères, les Blancs ont assassiné la liberté une fois de plus » », ne pas être le bienvenu à l’intérieur de soi, Kanou, « Quand il n’était pas guide montagne, il jouait la pièce Kalla, sorcière africaine, au théâtre… »…

Un clown-oiseau laid, les gros sabots et préjugés, meurtres et photographies, l’inconnu quoi qu’on fasse…

« Et c’est toujours la nuit.

Et c’est toujours l’insomnie.

Puis c’est l’aube nouvelle. »

De l’auteur : Une guillotine dans un train de nuit, ne-pas-retrouver-la-lumiere-ne-signifie-pas-quelle-ait-disparu/

Jean-François Samlong : Hallali pour un chasseur

Continents noirs – Gallimard, Paris 2015, 304 pages, 19,50 euros

Didier Epsztajn

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