Le procès Gina-Lisa Lohfink ou le tréfonds de l’humiliation de l’humain

D’après l’article de Kathrin Spoerr paru le 09.08.2016 dans le journal Die Welt.

Ce lundi 9 Août, au tribunal de Berlin, la question n’est plus de savoir si Gina Lisa Lohfink1 a été violée par deux hommes ou pas, à cette question la justice a déjà répondu par la négative l’année dernière. La question n’était pas non plus de savoir qui était coupable de la diffusion sur internet de videos pornos tournées pendant les dix heures que Gina Lisa Lohfink avait passées dans cet appartement de Berlin avec les deux hommes, dans lesquelles sont montrées toutes les variantes possible de rapports sexuels entre les trois protagonistes. Non la question aujourd’hui était de savoir si Gina Lisa Lohfink avait à tort accusé ces deux hommes de viols.

Comme pendant les deux premières journées d’audience la juge avait ordonné que seuls les protagonistes du procès puissent voir les vidéos. Donc la procureure, les avocats et l’expert pharmacologique se sont rendu au pupitre de la juge et ont regardé la vidéo sur son ordinateur portable avec le son très bas, pour qu’on ne l’entende pas au fond de la salle. Ils ont commenté ainsi la vidéo :

La juge : P essaie de mettre son pénis dans la bouche de Mme L.

Avocat : elle détourne la tête.

Juge : elle ouvre volontairement la bouche.

Avocat : je vois un homme qui pénètre violemment une femme quasiment inconsciente.

La juge : maintenant elle fait des signes de la main en direction de la caméra.

Avocat : elle tente de cacher la caméra avec sa main.

La juge : je vois qu’elle sourit.

L’avocat : elle se protège l’entre-jambe avec la main.

La juge : je ne vois qu’une main posée sur la cuisse.

Pendant ce temps GLL se bouche les oreilles. Puis l’un des avocats la prie de s’approcher de la table où se trouve l’ordinateur pour apporter elle même des précisions au déroulement des scènes. C’est alors qu’elle est prise d’une crise de nerfs, se met à sangloter et à crier dans la salle : « C’était tellement horrible ce qu’ils m’ont fait, on voit bien que je ne le voulais pas ! Il faut leur couper la queue à ces cochons ! ». Et la séance doit être interrompue.

Lorsqu’ensuite Sebastian P fut appelé à la barre des témoins, elle fut autorisée à quitter la salle, elle tremblait de tout son corps.

Il décrit la nuit comme une orgie sexuelle délibérément voulue par les trois protagonistes : le footballeur professionnel Pardis F, qui avait prétendu être dans l’équipe prestigieuse de Wolfsburg, ce qui avait selon lui beaucoup excité Gina Lisa Lohfink, Sebastian P qui se dit manager de stars, et elle.

Les avocats confrontent Sebastian P aux assertions de trois autres femmes qui l’accusent de différentes voies de fait et violences. Il se défend en disant que des cinq cent femmes qu’il a eues comme partenaires, il y en eu « que » trois se soient plaintes et que ce soient ces trois que le tribunal entende. Il s’agirait donc de trois menteuses qui le persécutent.

Il réfute toutes les allégations : il n’est ni un violeur, ni responsable de la diffusion de vidéos pornos.

Il n’est qu’une victime de diffamation, il a perdu son travail à cause de ces accusations, il souhaite que la justice fasse enfin son travail et le réhabilite.

Ce procès avait accéléré la révision du droit pénal allemand en matière de crimes sexuels. Beaucoup avaient alors parlé d’instrumentalisation, et voulaient faire de Gina Lisa Lohfink l’égérie du « non c’est non », enfin adopté en droit allemand, qui permet à une victime de viol de porter plainte même si elle ne porte pas de séquelles de violences physiques commises par son violeur pour arriver à ses fins. Le fait qu’un rapport sexuel ait été explicitement refusé suffit pour en faire un viol.

Ainsi ce lundi cinquante personnes se massaient devant le tribunal et voulaient fêter cette victoire, mais c’est encore trop tôt, le verdict n’est pas tombé. Si l’accusation de fausse plainte pour viol est reconnue dans cette affaire, Gina Lisa Lohfink risque  24000€ d’amende. Elle a déjà annoncé vouloir se pourvoir en cassation si elle est reconnue coupable.

Florence-Lina Humbert

1 Lire L’affaire Gina Lisa Lohfink ou comment transformer une victime en coupable, /laffaire-gina-lisa-lohfink-ou-comment-transformer-une-victime-en-coupable/

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