L’histoire, ce n’est pas celle d’un type ; c’est celle des mineurs

9782907993418FSDans leur belle introduction, Pierre Cours-Salies et Patrick Silberstein rappelaient, entre autres, que « Un certain avenir est lové quelque part dans les méandres du présent et dans la mémoire du passé » ou « Au soir de ce XXe siècle, la mémoire des ouvriers des ténèbres est le patrimoine commun du mouvement ouvrier d’aujourd’hui et de celui qui se construit pour le siècle qui va naître. Dans les corons et sur les carreaux s’enracine notre environnement le plus quotidien. C’est dans les ténèbres et la poussière de houille que solidarité et protection mutuelles ont vu le jour avant de s’imposer par la lutte à la société toute entière ». Une mémoire comme outil de combat, passerelle entre des formes mourantes d’organisations de travailleurs et de travailleuses et l’émergence de nouvelles formes d’auto-organisation dans les luttes quotidiennes.

Des combats ouvriers porteur de droits, de libertés, de citoyenneté, à commencer par la sécurité sociale minière, d’un autre possible… L’unité et le rassemblement autour d’« intérêts matériels et moraux communs »

Le titre de cette note est extrait d’une phrase de l’auteur sur la partie la plus personnelle de ses mémoires.

Des luttes et des catastrophes, des conditions de travail digne du bagne, des améliorations de la vie permises/obtenues par des combats…

Charbon de terre, foncer un puits, prix de tâche, porion, bowetteur, piqueur, hercheur, lampes, galibot, délégué mineur, jour de la ducasse, salaire de civilisation, poudre à buquer, boutefeu, salaire à la tâche, carreau de la mine, raccommodeur, boisage, marchandage, longue coupe, système Bedeaux, paiement à la berline, chronométrage, rabot, haveuse, grève réplique, cafuts, cuffats, rivelaine…

« Douze à treize générations de mineurs ont écrit une grande page d’histoire et c’est la mémoire des « gueules noires » du Nord-Pas-de-Calais que nous allons évoquer ici. La mémoire de leur travail et de leurs luttes, la mémoire des hommes et des femmes qui ont fait ce pays »

L’autorité paternaliste, l’immigration polonaise des années 20, le délégué mineur, les actionnaires et l’organisme de « défense patronal contre les grèves », les législations minières, la nationalisation des houillères, le nom des fosses, l’habitat minier, le statut du mineur (17 mai 1946), les travailleurs marocains, la diminution des puits, la division syndicale…

Et aussi les grandes figures ouvrières.

Les luttes pour les salaires, les améliorations des conditions de travail, la sécurité ou la reconnaissance des maladies professionnelles… La place du charbon et de l’industrie charbonnière, les impacts des crises ou des guerres…

La résistance et la grève contre l’occupant. Mai 1941, une grève totale (l’orientation de la direction du PCF, « conformément au pacte germano-soviétique préconisait la neutralité bienveillante à l’égard de l’occupant » – Auguste Lecoeur)

1946, la « Bataille des 100.000 tonnes », la « Bataille pour le charbon », la compétition entre les fosses et entre les puits, le sacrifice des droits et des revendications ouvrières au nom de la « reconstruction nationale » capitaliste et colonialiste, « Produire, c’est un devoir pour la renaissance française » (Maurice Thorez »…

La silicose, les prêtres ouvriers, l’Action catholique ouvrière (ACO). J’ai particulièrement été intéressé par des extraits de brochures de l’ACO sur les obstacles des orientations de l’église pour s’adresser aux salarié-e-s.

La grande grève unitaire de 1963. La participation « active des employés à coté de ceux du fond », les assemblées générales, syndiqué-e-s et non syndiqué-e-s, meetings dans les villages, animation unitaire de la grève, les collectes de solidarité… l’ordre de réquisition par le Président de la République (Charles De Gaulle)…

« A travers toutes ces histoires sociales différentes, sans doute que ces hommes, en parlant de la fierté des mineurs essayaient d’affirmer leur façon d’avoir surmonté les peurs et présenté comme une force le fait de résister à des situations qui les brisaient »

Si certaines analyses me semblent très discutables et d’autres à actualiser ou à compléter, si certaines appréciations me semblent erronées, ce livre permet cependant de se plonger dans un territoire ouvrier aujourd’hui disparu de notre contrée.

Connaître le passé, travailler avec les mémoires des un-e-s et des autres demeure indispensable pour aborder des futurs d’émancipation…

Jean-Marie Lempereur : Mémoire des ouvriers des ténèbres

Editions Syllepse, Paris 1996, 184 pages, 18,29 euros

Didier Epsztajn

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