Hopare, composition, Ourcq Living Colours, rue Germaine Tailleferre, Paris, juin 2016

Dans le billet précédent consacré au « Rêve » d’Hopare, rue de Maronites, j’avais mis l’accent sur le trait. Dans le portrait de femme qu’Hopare a exécuté en juin dernier, dans le cadre d’Ourcq Living Colours, nous trouvons des points communs avec « Le rêve » : c’est un portrait de femme, il conjugue représentation et abstraction, il utilise tout ou partie des graphismes décoratifs du « Rêve », le trait joue un rôle majeur, la fracturation de l’espace lié à l’entrelacs des lignes autorise des variations chromatiques d’une grande richesse et d’une évidente beauté. Le commentaire du second portrait est l’occasion de mieux cerner le processus de création de la fresque et de réfléchir à la fonction du portrait chez Hopare.

DSCN6576 (2)

DSC05428 (2)

Hopare a peint sa fresque en deux temps. Les deux temps correspondent à deux journées. Le premier jour a été consacré au dessin du visage cerné d’un demi-cercle en forme d’auréole et à la « pose » de couleurs de fond. Dans un entretien, l’artiste décrit précisément sa démarche : « Pour mes peintures, je privilégie la spontanéité, j’étale d’abord de façon aléatoire mes couleurs puis je sculpte mes formes et les éléments figuratifs ensemble pour donner un aspect « plaqué contre l’autre ». Pour casser cette phase robuste et rigide, j’y inclus des lignes, des formes plus souples pour aérer mes compositions ». A bien y regarder, la préparation de la fresque en amont de son exécution est succincte. Un cadrage plaçant le visage, fixant son expression, dans un décor. Le reste (les lignes qui vont découper le sujet et le décor, les couleurs, les motifs décoratifs etc.) est inventé in situ, dans un temps limité, au gré de l’« inspiration » du moment. L’exécution de l’œuvre donne à voir aux spectateurs une création qui lentement prend forme. En ce sens, les choix d’Hopare, apparentent son travail aux « performances » d’autres street artists et au « living painting ».

DSCN6593 (2)

DSCN6589 (2)

La fresque d’Hopare se présente comme un portrait. Du moins, elle se rattache à cette longue tradition des portraits peints. Elle nous montre une jeune femme, au demeurant fort belle, dans une pose. Le sujet prend la pose. Par des traits distinctifs, elle se distingue du portrait classique. En effet, le « traitement » graphique et chromatique du portrait étonne. Alors que dans le portrait classique, le peintre recherche (parfois désespérément) la ressemblance, les portraits d’Hopare n’ont que rarement cet objectif. De plus, le portrait classique accorde un soin particulier au visage et à des signes qui fonctionnent comme des référents explicites pour celui qui regarde. Ces signes situent socialement le personnage représenté ou renvoient à l’exercice de son métier ou de son art. Le vêtement, le décor, la posture sont autant de signes qui font sens. Les portraits d’Hopare sont davantage des « compositions » graphiques. De ce point de vue, la ressemblance est superfétatoire (même si Hopare est tout à fait capable de la saisir, plusieurs de ses œuvres en témoignent). Le visage est « traité » comme les autres parties de la composition. Toutes les formes peintes sont alors équivalentes. Si à la Renaissance, le maître, dans son atelier, peignait le visage et les mains, laissant aux apprentis les vêtements et le décor, Hopare accorde à chaque espace de sa composition non seulement le même soin mais le même traitement graphique. Il serait excessif de dire que le portrait est un prétexte à la composition. Le portrait est partie intégrante de la composition. Le rapport sujet/décor est modifié (le décor ayant la fonction de valoriser le sujet), le sujet par son traitement graphique ne font qu’un au sein d’une composition graphique complexe.

DSCN6590 (2)

DSCN6597 (2)
Hopare est bien davantage un peintre abstrait qu’un portraitiste. C’est un créateur inspiré de formes et un très remarquable coloriste. L’observation attentive de ses œuvres montre une tension entre le portrait proprement dit et le décor. Parfois, la surface du décor est supérieure à celle du portrait. Parfois, la composition existe sans portrait. Souvent, le portrait se fond dans la composition abstraite comme dans la belle composition de la rue Germaine Tailleferre. 

Richard Tassart

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s