A cette minute je suis vivant…

Mise en page 1« A vous tous, mes camarades inconnus, Camarades de tous pays, de tous les fronts, qui, tant bien que mal, EN êtes revenus. »

Dès l’avertissement, la lectrice ou le lecteur comprend que cette mémoire de la guerre ne sera pas colorée par un drapeau patriotique, réduisant l’histoire à celle des vainqueurs ou igonrant les intérêts sociaux antagoniques. « Ce livre, qui ne contient pas une seule fois le mot « ennemi », est la simple histoire d’un homme pendant la guerre ».

Un auxiliaire, le vocabulaire de caserne « tout graissé d’ordures, tout émaillé de noms d’organes », des questions, « pourquoi ce consentement au meurtre légal, cet enthousiasme pour les tueries ? », la notion de patrie jamais vraiment définie, les anonymes…

L’arrière. Les premières semaines de catastrophe, déjà des avis de deuil, les injustices, les passe-droits, les combines, « ces gens d’arrière, qui se maintenaient à leur poste en envoyant le plus possible de leurs semblables vers le front »…

Des milliers de fois « se lever, se coucher, ramper », les premiers morts, « la guerre ne tuait pas seulement, elle rendait encore fous les hommes qu’on lui jetait », les rêves ou le charme de l’« Intérieur ! », les détails macabres, un « morceau visible de spectre », la puanteur, les blessés, les amputés…

L’Argonne. Le rude apprentissage, les règles « trois heures de garde, trois de repos ! » et le repos amputé de tâches obligatoires, un soldat pas tout à fait comme les autres car instituteur, les moyens militaires de résistance et les camouflages, la mine et la terreur, « le volcan en puissance n’attendait plus qu’un geste »…

La Somme. La guerre et sa présentation romantique, la guerre sans mensonge et la « splendeur du massacre », un premier séjour de neuf jours, les ombres d’hommes jetés dans un déluge de fer, un « refus écrit de mener les hommes à l’attaque », trente-six rescapés « spectres vivants » sur cent cinquante hommes…

La rage des hommes, la haine de la guerre, enlever les morts, l’hiver 17 dans l’Aisne, les deux cotés « les hommes étaient frères de souffrance », en avant, « se coucher, bondir, s’aplatir, se relever haletant, suivre de très près le barrage de 75 qui dégage l’avant », un morceau de ruban…

Agent de liaison. « En dehors du pire, quel que fût le danger, l’agent de liaison faisait office de téléphone », la guerre monstrueuse machine à faire du maccab, la succession des jours de ligne, l’attaque, faire du cadavre en série, les minutes qui précèdent, la peur immense, un petit trou et la bouillie sanguinolente, « La barbarie universelle avait un chevron de plus à sa manche »…

Retraites. Le dégout, s’évader une minute, la fuite, la ligne bleue reculait, les pseudo-cadavres et l’angoisse de la peur, dormir, un pantin disloqué, la stupidité majeure de l’ordre, « ce n’était pas un cadavre, mais une pourriture immonde dont l’odeur seule aurait fait fuir », les gaz, l’alerte perpétuelle, « en cas d’attaque allemande, se faire tuer sur place plutôt que de reculer », provoquer la mort, tuer, se faire tuer…

Prisonnier, le transport, les camps, la faim, « la faim apparaissait dès le matin », le lazaret « mis à part du camp comme une partie honteuse »… Le long retour, le train de prisonniers refusé par la France, un soviet de soldats, les prisonniers considérés comme des brebis galeuses, l’ami mutilé…

Une belle réédition plus qu’utile dans ces temps où (re)soufflent les esprits nationalistes et va-t-en-guerre. Un livre pour faire penser « à la monstruosité du crime collectif !… »

Louis Hobey : La guerre ? C’est ça !…

Première publication : Coopérative ouvrière d’édition « Librairie du Travail » 1937

Editions Plein Chant, Bassac 2015, 352 pages, 20 euros

Didier Epsztajn

*****

Hélène Brion : « Aux féministes, aux femmes », appel d’Hélène Brion contre la guerre en juillet 1914 : « Aux féministes, aux femmes », appel d’Hélène Brion contre la guerre en juillet 1914

Pierre Monatte : Lettre de démission au Comité Confédéral de la C.G.T. (décembre 1914) : Pierre Monatte : Lettre de démission au Comité Confédéral de la C.G.T. (décembre 1914)

Manifeste adopté à la conférence de Zimmerwald (5-8 septembre 2015) : Prolétaires d’Europe ! : Prolétaires d’Europe !

Lettre de Liebknecht à la Conférence de Zimmerwald : Lettre de Liebknecht à la Conférence de Zimmerwald

Alfred Rosmer : Lettre aux abonnés de la « Vie Ouvrière » (1 novembre 1915) : Alfred Rosmer : Lettre aux abonnés de la « Vie Ouvrière » (1 novembre 1915)

Discours de Vincent Présumey (FSU) lors du Rassemblement pour la réhabilitation des fusillés pour l’exemple, à Rocles dans l’Allier (12 novembre 2013) : Guerre de 14-18 : Hommage aux fusillés pour l’exemple

Henri Goldman : Boucherie patriotique : Boucherie patriotique

Un autre 11 novembre : Interventions Rocle 8 novembre 2014 : un-autre-11-novembre-interventions-rocle-8-novembre-2014/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s