La Passion selon Ravensbruck 2

 Merci à Suzette pour m’avoir fait parvenir ce texte

(Il faudra que je me souvienne)

 

Il faudra que je me souvienne

Plus tard, de ces horribles temps,

Froidement, gravement, sans haine,

Mais avec franchise pourtant.

 

De ce triste et laid paysage

Du vol incessant des corbeaux,

Des longs blocks sur ce marécage,

Froids et noirs comme des tombeaux.

 

De ces femmes emmitouflées

De vieux papiers et de chiffons,

De ces pauvres jambes gelées

Qui dansent dans l’appel trop long.

 

Des batailles á coups de louche,

À coups de seau, á coups de poing,

De la crispation des bouches

Quand la soupe n’arrive point.

 

De ces « coupables » que l’on plonge

Dans l’eau vaseuse des baquets

De ces membres jaunis que rongent

De larges ulcères plaqués.

 

De cette toux á perdre haleine,

De ce regard désespéré,

Tourné vers la terre lointaine,

O mon Dieu, faites-nous rentrer!…

 

Il faudra que je me souvienne…

 

(Automne 1944)

Micheline Maurel

.

Lire aussi :

Micheline Maurel : (Si je mourais ici…) : la-passion-selon-ravensbruck-1/

Sarah Helm : Si c’est une femme. Vie et mort à Ravensbrück : je-ne-veux-pas-bruler-je-ne-veux-pas-bruler/

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