Le gendarme de Saint-Tropez

(Siège de Henderson Global Investors – 201, Bischopgate – Londres – UK, 23 Août 2016)

Plus surprenante encore que la nouvelle directive adressée à la Brigade de Gendarmerie de Saint-Tropez et à son brigadier-chef Ludovic Cruchot, vous ne l’avez pas oublié – la verbalisation sur les plages azuréennes de certaines tenues de baignade, affront à la morale publique – celle que nous communique aujourd’hui notre correspondante à Londres, Anne Bodescot, à l’issue de son enquête au siège de la célèbre société de gestion financière Henderson Global Investors (HGI) : forte hausse des dividendes en France.

En ces temps difficiles, vous tombez, comme on dit, tombez sur le cul ! La générosité des entreprises françaises envers leurs actionnaires, nous explique Anne Bodescot, découlerait, non de la croissance des profits, encore que, mais de la conjoncture difficile.

Les sommes versées aux actionnaires par les entreprises françaises auraient bondi cette année de près de 15 % par rapport au 2° trimestre 2015, pour atteindre les 35,3 milliards d’euros. 

À cette révélation, beaucoup d’entre vous, fonctionnaires constatant la stagnation de leur traitement, factionnaires ou sentinelles plantés devant leur guérite, voire légionnaires en missions d’opérations extérieures sur les terrains d’Afrique ou du Moyen-Orient, constatant que la solde est toujours aussi maigre, beaucoup se disent, que n’ai-je été moi-même, plutôt que légionnaire, factionnaire ou fonctionnaire, mieux encore actionnaire ?

C’est que, voyez-vous, être actionnaire ne se choisit pas. On passe des concours d’entrée dans la fonction publique pour être fonctionnaire. On vient se présenter à l’entrée d’une caserne, en y abandonnant son ancienne identité, pour être légionnaire. Mais actionnaire, on l’est ou on ne l’est pas.

Il ne s’agit pas d’un choix, mais d’un état de choses : tout simplement être détenteur de Capital. Et par ce mot fabuleux, n’allez pas entendre le maigre pécule déposé sur votre compte courant ou votre livret A, ni celui, plus important, que l’agent immobilier de votre quartier veut bien donner à la valeur de votre résidence principale.

Tout ceci ne désigne que le fruit de votre travail, de vos économies, fruit consacré de plus à la simple jouissance et à sa valeur d’usage : manger, boire, dormir à l’abri, se distraire, voyager ou acheter des cadeaux à vos petits-enfants.

Non, le mot de Capital désigne en l’occurrence l’Argent que consacrent certains à faire encore de l’Argent en achetant et utilisant la force de travail disponible sur le marché du travail. À produire du Dividende. À faire de vous un Actionnaire. La chose a déjà été suffisamment décrite et expliquée par un célèbre économiste barbu il y a près de 150 ans. Nous n’y reviendrons pas.

« Neuf sociétés sur dix parmi celles retenues pour l’étude ont maintenu ou augmenté leurs dividendes » nous révèle le gestionnaire Roberto Magnatatini, responsable des actions mondiales chez HGI. « Une générosité qui s’explique, non par la croissance des profits, mais par… une conjoncture difficile. Les entreprises ont bien compris que les investisseurs, pénalisés par des taux d’intérêt très faible, étaient friands de rendement : un bon dividende les attire plus qu’avant et est un fort soutien pour les cours de Bourse. D’où la tentation de distribuer une part de plus en plus importante des bénéfices, d’autant que, dans un monde de croissance faible, d’anémie de la consommation et de grande incertitude, les entreprises ont moins d’opportunités pour investir. »

À l’honneur tout particulièrement, les banques françaises : Société Générale, BNP et Crédit Agricole qui ont augmenté leur distribution de 50 à 70 % par rapport au même trimestre 2015. C’est beaucoup mieux, ruban bleu pour la France, que leurs homologues espagnoles, belges et allemandes et certains industriels, Siemens et Volkswagen qui l’ont même réduite.

Temps difficiles, mais pas pour tous, diront certains, établissant le constat. Le malheur des uns fait le bonheur des autres, proféreront les fatalistes. D’autres chercheront à réveiller le bas et vilain ressentiment des démunis et des spoliés vis-à-vis des nantis.

Les plus lucides s’interrogeront, non sur la moralité, vaine question, mais la viabilité d’un ordre du Monde où il faut que cela aille mal pour le plus grand nombre, pour que soit fait le bonheur de quelques uns ; actionnaires il s’entend, condition nécessaire et suffisante.

Jean Casanova

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s