Des vases communicants

Je n’ai pas les compétences pour aborder l’ensemble des analyses. Je me limite donc à certains points. Tout en signalant que j’ai relu avec grand plaisir des brides de textes et de poèmes, mes premières lectures étant maintenant lointaines, le temps ayant gommé bien des perceptions. Reste cependant une emprise « poétique »…

« En guise de présentation de notre travail, nous nous limiterons à préciser d’entrée de jeu qu’il a pour visée moins une autre Histoire du surréalisme que la proposition plus modeste d’un parcours un tantinet sui generis, peut-être, qui, tout en cherchant à respecter l’ordre chronologique des événements et des ouvrages concernés sur le plan de la structure générale et sur le plan de chaque chapitre, se veut pourtant porté davantage sur la discussion de quelques exemples particuliers d’écriture manifestement influencés par le surréalisme – c’est le cas de la deuxième partie – et de certaines questions centrales du mouvement surréaliste – dialectique hégélienne, intuition sémiotique, matérialisme historique, esprit libertaire, pensée analogique – même au-delà de la seule période du vivant d’André Breton, comme on le vérifiera notamment dans la première partie. »

Dans leur avant propos, Andrea Calì, Andrea D’Urso parlent, entre autres, de la singularité du mouvement, de projet social de lutte, de résistance, de subversion, des liens entre révolution et surréalisme, de théorie et de praxis, de pratique poétique, de poésie et de révolution, de sensibilité « comme activité pratique »…

Andrea D’Urso aborde le « dépassement surréaliste des contraires », la pensée dialectique, la tentative de conciliation entre l’action et le rêve, le nécessaire dépassement des situations inscrites socialement et historiquement, « il s’agit là de briser toutes les cloisons limitant l’individu, en faisant un étranger pour lui-même », les prises de positions pratiques, les visions du monde, les objets (« objet onirique, objet trouvé, objet interprété, poème-objet, etc. », les correspondances, l’« altérité des interprétations », l’alchimie du verbe, l’esprit de la révolte, l’humour noir, le « hasard objectif », les révoltés de la poésie…

Il souligne l’opposition d’André Breton à « la politisation de la création poétique au sens propagandiste », l’impossibilité de traduire directement en poésie les conflits sociaux, les dimensions de « révolution totale des mœurs, des esprits et des conditions matérielles » (Je signale que les rapports homme-femme sont souvent réduits à l’idée fantasmatique et peu critique de l’amour, l’amour fou, certes séduisant, mais mirage enfermant les femmes dans des rôles sexuels et obstacle concret à l’émancipation des femmes).

Refus de l’art pour l’art et de la réduction de l’art à la propagande, Fédération internationale pour un art révolutionnaire indépendant (FIARI), création artistique et « régime anarchiste de liberté individuelle », insoumission totale de l’imagination, insoumission totale de « l’art vis-à-vis de n’importe quelle filière ou discipline », exigence poétique, merveilleux historicisé, « Le merveilleux n’est pas le même à toutes les époques », analogie, poésie en jeu…

L’auteur revient en détail sur l’histoire du mouvement, dans ses dimensions « poétique » et politique, les engagements sociaux et les relations aux partis (dont le PCF, les mouvements dits trotskistes – ici aussi une relecture critique devrait s’imposer -, les courants libertaires ». Je souligne les paragraphes sur le stalinisme, l’anticolonialisme ou sur un certain tableau de René Magritte « Ceci n’est pas une pipe »…

Je suis dubitatif sur certains éléments du coté de la « théorisation » politique, l’utilisation peu critique, me semble-t-il, des notions de « matérialisme historique », de « praxis révolutionnaire », de « matérialisme dialectique », de « dialectique matérialiste du langage », d’« aliénation », de « dialectique de l’esprit », de la reprise d’analyses discutables de Friedrich Engels (par exemple : dialectique comme loi du mouvement intérieur) ou de Sigmund Freud…

Un monde d’hommes, peu de femmes, plus souvent assignées au rôle de muse qu’en position d’égalité…

A la réévaluation des auteurs ou du mouvement surréaliste, il conviendrait donc d’intégrer, entre autres, les critiques des mouvements féministes, de relire en soulignant les mâles orientations…

Une invitation à (re)découvrir et le surréalisme et la révolution…

Sommaire

Avant-propos Andrea Calì, Andrea D’Urso : Théorie de la littérature et pratique poétique

Andrea D’Urso : Théorie / Pratique du surréalisme

  • Surréalisme, poésie d’avant-garde, philosophie dialectique et sémiotique Surréalisme et révolution

  • Surréalisme, matérialisme poétique et dialectique de l’esprit : de Breton à Bounoure

Annexes

  • Sémiotique matérialiste, sémiotique surréaliste, sémiotique révolutionnaire. Entre Breton et Rossi-Landi

  • Poésie et révolution, dialectique et magie : Breton (et Mabille) parmi les « messagers de la tempête » haïtienne de 1946

  • Du nouveau monde par Pierre Mabille (traduit de l’espagnol par A. D’Urso)

Andrea Calì : Surréalisme et francophonie

  • Aimé Césaire : négritude et surréalisme

  • La poétique de Malcolm de Chazal et ses influences surréalistes

  • Nedjma et Nadja : un cas d’intertextualité

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Andrea Calì – Andrea D’Urso : Théories et écritures surréalistes

Collana del Dipartimento di lingue e Letterature Stranière dell’universita del Salento

Pensa MultiMedia Editore 2012, 318 pages,

Didier Epsztajn

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