13 bis, « femme nue », église Saint-Merry, Paris, juin 2016

Autant dans le précédent post j’ai été critique concernant, non l’œuvre dans son ensemble, mais sur les pistes « gothiques » présentées au spectateur, autant je trouve réussie cette « fausse » gravure et son parfum de provocation.

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Le contexte a, pour la comprendre, une importance décisive. Nous sommes dans une église du quartier des Halles à Paris et la gravure est exposée dans une chapelle vide. La « gravure » est encadrée et accrochée à un mur latéral. La lumière d’un vitrail donnant sur la rue pénètre dans la chapelle et éclaire l’œuvre. Elle est composée de trois parties. La partie supérieure situe la scène dans un intérieur ancien : nous apercevons en haut et à gauche un vitrail qui laisse filtrer des rais de lumière. Le vitrail de la « gravure » n’est pas sans évoquer le vitrail de l’église. La scène est une scène d’intérieur, d’une grande intimité. Des rochers séparent la jeune femme de la fenêtre. Une première rupture est provoquée par la juxtaposition d’éléments suggérant l’intérieur d’une maison bourgeoise et l’extérieur. Le sujet principal, situé au centre géométrique de la gravure, est une très jolie femme nue, allongée, qui regarde celui (celle) qui le (la) regarde. La pose, lascive, le regard provoquant, ne laisse planer aucun doute sur la nature de la scène : il s’agit d’une scène érotique. Pendant des siècles, l’érotisme s’est plus ou moins dissimulé derrière la représentation de nus antiques ou de nus « mythologiques ». Dans la gravure-source, l’érotisme est assumé. La jeune femme est couchée sur un « matelas » bizarre, composé de ce qui ressemble à de la fourrure. De cette épaisse toison émergent des yeux qui fixent le spectateur et des oreilles. Cette couche repose sur des vagues bouillonnantes d’écume.

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Un réseau est ainsi créé entre le regard de celui qui contemple la gravure, l’œil de la jeune femme, et les yeux qui regardent celui qui observe avec une curiosité non dissimulée le corps nu. La femme allongée sur sa couche sait qu’elle est regardée et jouit de cette situation. Le désir n’est pas seulement dans le regard du spectateur mais également dans le regard de celle qui se sait être vue et désirée.

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La rupture intérieur/extérieur (vitrail/rochers, lit/mer) n’induit pas suffisamment d’étrangeté pour masquer l’aspect grivois de la gravure. D’autant plus que l’artiste a collé sur le dossier d’une chaise posée sous la « gravure », un bout de papier faisant fonction de cartouche sur lequel est écrit : « Nous ne nous dirons pas tout de cette… lévitation ».

A moins que la lévitation soit un essor du désir amoureux, je suis tenté de croire que 13 bis a composé une « gravure » sur le voyeurisme et l’érotisme, une gravure exposée dans une église.

Richard Tassart

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