Grotesques et dangereux

À tous ceux qui…

essentialisent les femmes, les réduisent à leur rôle de mères, d’épouses, de sœurs, d’éternelles mineures, les victimisent, les exhortent à rentrer dans le rang, les harcèlent jusqu’à ce qu’elles l’acceptent, les violent, les tuent, parlent en leurs noms, s’approprient leurs corps en les déshabillant, en les couvrant, en les scarifiant, en les tondant, en fermant les plannings familiaux, en les empêchant de s’aimer entre elles,

lisent littéralement les textes religieux, ne les lisent pas, ou encore choisissent les interprétations ou les exégèses quand elles existent, veulent les réformer, veulent les réhabiliter, s’en servent pour se protéger, pour échapper à la haine, ou au contraire pour développer des discours de haine, croient que leur religion est la bonne, qu’elle ne se discute pas, qu’elle se contextualise, et plus généralement que nul ne peut s’abstraire de la religion, qu’elle fait partie de la vie de tout un chacun,

j’adresse ce message. Je vous trouve grotesques et dangereux. Les uns et les autres, femmes et hommes, élus, responsables politiques de haut niveau, journalistes, militants, universitaires. Tant que vous ne laissez pas la parole à ceux et en particulier à celles que vous instrumentalisez, dans le but de servir votre ordre du jour politique – incluant à la volée la laïcité, le religieux, le fanatisme, le traditionalisme, le communautarisme et le capitalisme –, vous reproduisez et renforcez l’ensemble des rapports de domination qui régissent les relations sociales de nos sociétés : hiérarchisation de race, de classe, de genre accompagnée de son lot d’oppression et d’aliénation.

Je vous accuse de participer de la colonialité des esprits, ce qui conforte les nostalgiques d’une époque coloniale bénie et n’empêche pas certains autres de dénoncer l’héritage du colonialisme. En amalgamant une sélection maîtrisée de faits divers, des plus tragiques aux plus banals, ou en participant de ce jeu, en le commentant, vous empruntez les raccourcis concomitants du racisme, du familialisme, du masculinisme, du militarisme, du patriarcat. Je vous accuse d’alimenter un embarras épistémique pour mieux occulter vos propres embarras : économiques, écologiques, guerriers, politiques, sociaux, intellectuels. Votre élitisme, votre hégémonisme, votre vocation à plaider l’injustice ou à vous complaire dans son aveuglement, vous sert à priver l’Autre, les autres, de la liberté.

Je dénonce votre aptitude à vous autoproclamer porte-parole, à vouloir changer les donnes sociales sans consulter, à stigmatiser pour leurrer. J’invalide l’évidence de l’universalisme ou de la hiérarchie des dominations – la race prévaudrait sur le genre par exemple – que vous offrez en pâture. Je vous promets une mémoire salie, tachée de vos immondices, éclaboussée de vos provocations, égarements et crimes banalisés.

Joelle Palmieri, 1er septembre 2016

https://joellepalmieri.wordpress.com/2016/09/01/grotesques-et-dangereux/

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