Leçon inaugurale, prononcée le 11 juillet à Montpellier à l’occasion des trente ans des rendez-vous de Pétrarque par Michèle Riot-Sarcey

 

Le prix qu’ont bien voulu m’accorder France Culture et le Monde me vaut de me présenter devant vous. J’en suis ravie autant qu’étonnée, car il n’est guère habituel qu’un livre d’histoire soit couronné en tant qu’essai.

Je ne suis pas une familière de ces expositions publiques, tout en ayant déjà une longue vie d’intervention et d’engagement dans différents lieux d’échanges et de réflexions collectives, autant intellectuels que politiques.

Merci à toutes celles et ceux qui m’ont lu. Et merci à vous d’accepter de m’écouter. Avant tout chose je voudrais dédier ce prix à Philippe Ivernel qui vient de nous quitter. Philippe Ivernel grand germaniste, traducteur de Walter Benjamin, était une de nos chevilles ouvrières au sein du petit groupe avec lequel je travaille depuis de nombreuses années sur les écrits du penseur de l’histoire.

Le thème des rencontres de Pétrarque est ouvert aux interprétations les plus diverses. Mais le dialogue – plus que les confrontations –, entre ceux qui sont censés parler des affaires du monde, se déroule, à mon sens, trop souvent en marge des réalités et des difficultés auxquelles les populations sont aujourd’hui confrontées. On le sait le débat est exigeant. Il requiert la responsabilité de chacun. Face à l’incurie des Etats et de ceux qui nous gouvernent, nous devons affronter les grands problèmes de notre temps. De la question centrale des réfugiés, à la barbarie moderne, sous toutes ses formes. Il nous incombe en effet, à tous, de dessiner, si possible, un autre devenir à l’humanité que celui que nous offre le néolibéralisme.

Débattre, mais aussi se battre selon le Littré, ou disputer, douter, questionner est pourtant chose singulièrement difficile aujourd’hui ? La cause de la vérité, si chère à Montaigne serait-elle si difficile à atteindre ? [« Quand on me contrarie, on éveille mon attention, non pas ma colère, je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit. La cause de la vérité, devrait être la cause commune à l’un et à l’autre »]

Les connaissances critiques qui constituent les termes du débat, ont le sait, sont largement empruntées au passé, aux idées transmises ou déformées, aux confrontations d’hier, comme aux impensés. Celles-ci auraient-elles été écartées voire refoulées, afin d’obtenir un consensus si cher à la République et à son histoire ?

Aujourd’hui en effet, le consensus l’emporte sur le débat conflictuel. Comme si nous avions hérité d’une tradition d’effacement des conflits, où les mises à l’écart furent considérées comme allant de soi en suivant le cours normal des choses. Seule la Révolution française aurait fait exception, c’est bien pourquoi les conservateurs d’alors maudissaient l’événement qui avait rompu le « cours normal du temps ». Le consensus actuel que l’on déplore serait-il le produit de cette histoire ?

Ordinairement, les historiens craignent le débat, particulièrement celui des mots tant ils sont attachés à la positivité des faits, plus qu’à l’historicité des sujets et des idées qui les provoquent. [On leur préfère généralement les sociologues, ou les philosophes, plus fréquemment encore les artistes, plus à même de révéler ou de mettre au jour les maux du temps].

Là encore, la chose est connue, les mots, mais aussi les concepts, sont issues d’une longue histoire. Et la pluralité de sens aide à comprendre la complexité des temps nouveaux. Le concept, en effet, polysémique par définition, sert, servait ? à poser des questions et donc à interroger le Monde. En d’autres termes à penser ; « penser et être » écrivait Gilles Deleuze est une même chose dans Qu’est-ce que la Philosophie ?

Or, si nous nous attardons aux significations actuellement en vogue, le concept a été communément transformé en outil publicitaire, je cite la dernière définition de celui-ci : « Idée(s) originale(s) servant de base à l’élaboration d’une démarche structurée pour la création d’un produit, d’un service ou d’une campagne de communication ». Si le concept sert désormais à vendre où est l’être aujourd’hui ?

Et si nous persévérons à exercer notre vigilance critique nous prenons alors conscience de la vacuité des mots, impuissants à rendre audible une pensée complexe. En effet, nombre de mots en usage, se sont éloignés de la pensée qui fait la force de l’argumentation, j’oserais dire de la passion de la dispute. Et pourtant, plus que jamais chacun de nous a besoin de réfléchir, individuellement et surtout collectivement sur l’état présent de notre avenir, si incertain. Avec une idée dont l’épaisseur historique du mot, qui la désigne, contient la totalité de ses capacités de la représenter.

Que signifie aujourd’hui, par exemple, les mots en usage, partout en Europe, comme celui de Réforme, de Liberté, de République ou encore de Démocratie ? Des mots comme socialisme et communisme ? Des mots qui constamment reviennent depuis des temps immémoriaux et qui, d’adaptation en déformation, perdent peu à peu leurs significations novatrices, bouleversantes et émancipatrices. [Sait-on, que les réformateurs d’hier sont les utopistes d’aujourd’hui dans la lecture univoque du passé ? Saint-Simon, Fourier, Owen ne se nommaient pas utopistes, mais réformateurs et avaient l’ambition de bouleverser le Monde]. Ces mots avec la charge conquérante dont ils étaient porteurs ont fait une partie de l’histoire. Et pourtant leur sens commun n’est plus le même. Alors pourquoi subsistent-ils ? Je vais tenter, si possible, de répondre à cette question.

Car l’histoire, celle attentive au langage, détient en partie la réponse.

Un exemple : Le pouvoir d’agir a longtemps désigné la liberté d’exercer ses droits individuels par leur mise en œuvre concrète, intellectuelle politique et matérielle. Le pouvoir d’agir était alors synonyme de Liberté vraie pour le citoyen en devenir, liberté à laquelle aspiraient tous les individus, hommes et femmes confondus. Au temps où Egard Quinet pensait que la Révolution de 1789 avait « ramené sur la terre la foi à l’impossible ».

Or, tout récemment, à en croire les slogans publicitaires, l’individu auraient conquis le « pouvoir d’agir », en gérant son patrimoine, ou en sécurisant son assurance. Un pouvoir d’agir, qui est de plus en plus étendue à la personne assujettie au devenir des choses jusqu’à se rendre compétitive, en s’exploitant elle-même.

Ainsi le consensus autour d’un sens, toujours plus univoque, aurait-il pour vocation d’effacer le sujet en évacuant la complexité des idées ?

Le sens des mots abstraits semble en effet se déliter ; le vocabulaire se décomposer. Serait-ce le symptôme d’un monde défait qui caractériserait notre époque ? D’où vient ce sentiment d’impuissance ? Un sentiment doublé, pour les plus lucides, d’une impression de vacuité des idées créatrices et mobilisatrices. À peine advenues, celles-ci, aussitôt récupérées par un système marchand néo libérale, échappent à tout contrôle.

Si le contenu historique pèse dans la confrontation, au cœur des débats intellectuels, politiques ou banalement quotidiens, la place centrale de l’histoire reste invisible. Elle est pourtant là, latente, comme si toute profondeur temporelle était gênante.

Accéder aux conditions de production d’une idée, son rejet, sa disparition n’est-il pas l’ouverture vers la compréhension des antagonismes ?

Comment est-on passé d’une adhésion sans partage au progrès humain – Idée que l’on croyait inscrite dans ce qu’il est souvent convenu d’appeler « la marche irréversible de l’histoire » –, à la fuite en avant d’une modernité avide d’effacer ce qui précède, en écartant tous ce qui freine et est inadapté à la compétitivité des technologies modernes et du fétichisme de la marchandise, en renouvellement constant ? Le temps s’accélère croit-on. N’y aurait-il plus de place pour la pensée, parce qu’il n’y a plus de temps pour la réflexion critique, particulièrement collective ?

C’est pourquoi, l’histoire est un enjeu au présent de notre humanité. L’histoire, nous le savons, n’est pas une accumulation de faits mais un processus de pensées et d’actions qui adviennent ou non, et qui, à travers un dédale de conflits, de relations et d’interprétations survivent, au présent des mémoires, en dépit des héritages identifiés et reconnus. Si le temps passe, le passé, lui, ne passe pas.

Ainsi même au présent le passé subsiste, celui d’Alexis de Tocqueville, pendant la conquête de l’Algérie, par exemple : celui-ci, tout en approuvant « la soumission du peuple en le comprimant par la force », affirme, en 1847 : « Nous avons rendu la société musulmane beaucoup plus misérable, plus désordonnée, plus ignorante et plus barbare qu’elle n’était avant de nous connaître » (De la Colonie en Algérie. 170. Les traces de ce passé subsiste, on le sait)

On suppose toujours qu’un événement chasse l’autre. Les mots perdent leurs sens et les idées s’estompent. Liberté qui, à l’aube du XIXe siècle était synonyme d’émancipation, fut reformulée maintes et maintes fois au cours des siècles précédents, jusqu’au point de se transformer aujourd’hui en son contraire en devenant l’équivalent de la soumission librement consentie, tant la personne humaine est passée lentement sous « l’Empire des choses ».

Aussi, si nous voulons restaurer les préceptes de Montaigne et faire que « les mots aillent, là où va la pensée », nous ne pouvons faire l’économie d’un retour vers le passé, notamment sur celui qui ne passe pas. Car, et c’est le paradoxe, si tout s’oublie, l’événement non advenu est là, latent. Si un événement peut-être perdu au présent, en même temps sa trace subsiste et résiste à l’effacement. Particulièrement dans les mémoires. Se défaire des illusions du passé c’est « s’éveiller d’un cauchemar qui pèsera  aussi longtemps sur le présent tant que son charme ne sera pas rompu », écrivait il y a près de 60 ans déjà, Walter Benjamin.

Aujourd’hui, il nous faudrait surmonter un double obstacle :

1) dévoiler les discours de vérité du passé quand les mots disaient le contraires des réalités quotidiennes, quand l’idéal du progrès était compatible avec l’exploitation, le racisme, l’antisémitisme, la colonisation et le rejet de l’autre, des femmes en particulier.

2) MAIS AUSSI suspendre la fuite en avant fictive d’une installation dans un présent perpétuel, où l’existence du sujet s’efface au profit d’une individualité inconsistante.

L’idéal d’émancipation, hérité de la modernité, longtemps moteur de l’histoire de ceux qui la font, mais ne l’écrivent pas, est tombé aujourd’hui dans l’abîme des modèles de vies individuelles hors de toute sociabilité et conséquemment de toute historicité.

Ce rapide constat ou état des lieux, nous montre le rôle très spécifique de l’historienne que je me suis assigné. Dans ce rapport passé présent toujours à l’œuvre, j’ai cherché à redonner vie aux conflits d’hier, au débat, mais aussi aux combats, qu’exprimaient des significations aujourd’hui oubliées et qui resurgissent, autrement.

La tâche que je me suis fixée, est une tâche en partage avec d’autres historiens qui, comme moi, ont accepté de prendre le temps de la réflexion. À l’aide des sources et de penseurs bien souvent anonymes nous avons pu éclairer notre propre chemin de liberté vers le passé. C’est ainsi que j’ai revisité la Révolution de 1848, après l’avoir déjà parcouru avec mon collègue et ami Maurizio Gribaudi. À l’aide du manifeste d’un jeune normalien dont je ne connais que le nom, Payard, j’ai découvert l’espoir que représentait une République nouvelle, tant attendue. L’estimant supérieure à celle de 1792, parce qu’en passe d’être achevée, il affirme : « Changer la forme du gouvernement, abattre la fiction constitutionnelle pour y substituer la vérité démocratique, c’est toucher au sommet de l’édifice. Mais la réforme sociale s’attaque aux fondements mêmes sur lesquels tout repose. C’est une œuvre aussi périlleuse qu’elle est sublime … ».

On croirait cette parole entendue un soir sur la Place de la République à Paris, en avril dernier, ou à Marseille, Lyon, Toulouse, Rennes, ces dernières semaines. Au cours des forums de Nuit debout.

Retrouver la force des idées critiques enfouies sous le langage instrumental, pragmatique, en un mot marchand, a bien été l’objectif premier des Nuits debout, quoiqu’on en dise.

Symboliquement, on s’en souvient, afin de renouer avec le temps de la réflexion, ils décidèrent d’arrêter le temps au 31 mars, jour de leur fondation, en hommage à Benjamin ? [ ;… ;] sans doute, mais aussi à toutes celles et ceux qui disent non à la course effrénée vers des temps nouveaux qui perpétuent le temps de la reproduction du même.

Nuits debout, avec l’organisation de nombreuses commissions, a rétabli le lien avec la pensée critique et donc avec la réflexion collective. En se réappropriant un passé que l’on a cru dépassé, à travers la redécouverte des pratiques et expériences démocratiques, et du respect de l’autre, ils et elles ont écarté les obstacles du passé immédiat de la représentation, des références aux Lumières sélectives, à l’universel occidental, en renouant avec un passé plus lointain, le plus souvent inachevé, un passé où l’espoir serait porté par l’humanité tout entière, à la manière de Fourier.

Réinstaller le dialogue avec le passé, retrouver la trace et la pertinence des idées modernes, incomprises ou rejetées, ne serait-ce pas retisser le lien avec le principe espérance cher à Ernst Bloch ? Démarche sans doute plus exigeante, mais plus durable qu’une victoire à l’Euro de football où la joie (ou le désenchantement) dans les rues a besoin d’ivresse. Pas tout a fait la même que celle que chantait Pierre Dupont, chansonnier populaire salué par le poète Baudelaire, qui buvait lui « À l’indépendance du Monde », dans sa Marseillaise du Peuple, en 1848. En écho, Baudelaire lui-même retrouvait le sens plein du mot liberté pour lequel nombre d’ouvriers en France et ailleurs s’étaient dits prêts à mourir, ils disaient vouloir « vivre libre ou mourir ».

Baudelaire saluait la République victorieuse en ces termes « Un homme libre quel qu’il soit, est plus beau que le marbre, et il n’y a pas de nain qui ne vaille un géant quand il porte le front haut et qu’il a le sentiment de ses droits de citoyens dans le cœur. »

Ce programme, n’est pas si utopiste qu’il n’y paraît. Il est tout simplement l’expression d’un constat quand l’idée inachevée revient demander des comptes aux contemporains. Lesquels, aliénés, ou assujettis au langage « utilitaire » ne comprennent ni la raison, ni le sens de ce retour critique des mots. Il ne s’agit ni de nostalgie, ni de revanche, pas plus de culpabilité ni de ressentiment, mais simplement de la nécessité de comprendre que ce qui n’est pas advenu, réclame son accomplissement sous d’autres formes.

C’est pourquoi, le projet de redonner vie à ces « significations occultées par le savoir du monde » (Utopiques II, p. 31) comme l’écrit si justement le philosophe Miguel Abensour devient une des tâches de l’historien. Donner le goût de l’actualité du passé en restituant à l’idéal d’émancipation, la totalité de son histoire, encore largement en devenir, c’est aussi éviter l’inlassable répétition du même.

Comment ne pas être saisie par l’actualité du passé quand, au-delà de la continuité historique au sein de laquelle les expériences anciennes se fondent, ou plutôt se noient, deux formes de résistance se confondent. En juin 1848, cette fois-ci encore, au moment de la répression, des femmes ouvrières pétitionnent en déplorant le mépris dans lequel les a plongé les nouvelles autorités républicaines : « c’est assez pour nous humilier ça n’est pas assez pour vivre » , écrivent-elles. En 2016, s’opposant à la loi travail en France, en ayant conscience que le sens de la liberté de chacun avait été dévié comme en Angleterre avec le contrat zéro heure ou en Chine où domine la loi du marché qui s’accommode si bien du totalitarisme politique…, en juin 2016, des ouvrières rencontrées au cours des récentes manifestations à Paris se présentent avec un autocollant explicite « non au retour à Germinal »

L’histoire ne se répète pas, la répétition apparente est simplement due à l’œuvre consciente de tous ceux qui rejettent et refoulent la volonté de chacun d’obtenir le droit de vivre identiquement libre.

En historienne donc, il m’est apparu nécessaire de revisiter le passé, parallèlement à la tradition bien rôdée de mes collègues, qui ne cessent de sonder les territoires et les temporalités d’hier à l’aide de nouvelles méthodes. Je renoue avec une autre forme de tradition, celle du débat entre passé et présent, où des moments clés du passé inachevé se font entendre en écho aujourd’hui. Pour ce faire, j’ai choisi non seulement d’assumer une histoire subjective, mais de rompre avec la linéarité d’une histoire continue, dite objective et dont la neutralité se masque sous la protection d’une scientificité imaginaire. Je pose seulement des questions impertinentes, aux fragments, aux discontinuités qui dévoilent le foisonnement des espoirs. Que s’est-il passé qu’à peine advenu l’idée émise est rejetée, le conflit oublié ? Qu’a-t-on négligé et qui pourtant revient sous une autre forme ? Dévoiler le processus qui nous a plongé dans une amnésie collective et le chaos actuel, m’apparait une priorité afin de mettre au jour comment l’histoire se fabrique et comment elle se fait avec tous les acteurs, sujets éphémères de leur propre histoire. Et notamment la multitude des anonymes :

Celle de Mokrani en 1871, celle du Kabyle qui, dès 1831 résiste à la colonisation et s’enfuit en Syrie, celle de l’esclave marron qui rêve de l’Empire africain perdu, ou encore celle du cordonnier poète du XIXe siècle auquel Jacques Rancière, a rendu hommage. Mais aussi celle de Bernard Lazare si longtemps resté seul pendant l’affaire Dreyfus, celle de Pauline Roland l’insoumise, et celle de l’utopiste, Francisco Bilbao, si chère à mes amis chiliens

Ça n’est pas d’une histoire monde connectée au temps passé, à laquelle personnellement j’aspire, mais d’une histoire retrouvée nécessairement fragmentaire qui nous ouvre les chemins de la liberté de nos prédécesseurs, en actualisant leur propos, dans cette correspondance étonnante entre une aspiration d’hier et une volonté d’aujourd’hui. Entre une résistance d’autrefois et un slogan actuel qui semble laisser croire que l’histoire se répète.

Quand l’Etat social se défait avant même de devenir un modèle pour les pays dits émergents, la fin de l’histoire, sonne comme un couperet. Désormais, davantage encore qu’au XIXe siècle, les individus ne sont plus maîtres de leurs idées, car ils doivent se soumettre à « l’empire des choses » (expression empruntée a Alain Durel). L’empire du signifiant, dénoncé en son temps par Foucault, lui même, doit s’adapter aux lois publicitaires du marché financier.

Si nombre de penseurs du présent aujourd’hui sont prêts à s’adapter à la lettre des propos, énoncés par Fukuyama, dès la chute du Mur de Berlin, sur la fin de l’histoire, [lequel interprétait, en l’absence de toute historicité le point de vue de Hegel, laissait croire que l’histoire était réduite à un affrontement entre les grands courants idéologiques et donc à l’opposition entre libéralisme et communisme], il nous faudrait, non pas reconstituer les mythes historiques d’hier en valorisant les connaissances reconnues par les pairs : du siècle des Lumières à l’histoire longue d’un héritage propre aux civilisations occidentales, mais retrouver, dans le passé, les traces des expériences et des pensées perdues, au quatre coins du monde. Par-delà les continuités historiques, il nous serait possible d’actualiser les espoirs du passé afin de surmonter la catastrophe actuelle. Par ce mode de penser, emprunté à Benjamin, lequel, je voudrais le souligner, n’est pas simplement l’auteur « de la reproductibilité de l’œuvre d’art », mais est d’abord un penseur de l’histoire qui affirmait déjà : « Aborder l’Autrefois signifie donc qu’on l’étudie, non plus de façon historique, mais de façon politique, avec des catégories politiques ». Ce que j’ai tenté de réaliser, dans Le Procès de la liberté, qui me vaut d’être devant vous aujourd’hui,

Aussi et afin de restituer les rêves d’émancipation collective et individuelle, dont la mise en acte était moteur de l’histoire, j’ai cru pouvoir remonter le temps afin de récupérer à la manière du penseur de l’histoire l’origine des idées qui perdurent déformée et renaissent en permanence à la fois identiques et différentes. [« L’origine ne désigne pas le devenir de ce qui est né, mais bien ce qui est en train de naître dans le devenir et le déclin ». L’origine ne « donne jamais à connaître dans l’existence nue, évidente, du factuel… Elle demande à être reconnue d’une part comme une restauration, une restitution, d’autre part comme quelque chose qui est par là même inachevé, toujours ouvert.] « Chaque fois que l’origine se manifeste, on voit se définir la figure dans laquelle une idée ne cesse de se confronter au monde historique, jusqu’à ce qu’elle se trouve achevée dans la totalité de son histoire » (43-44 du Drame Baroque Allemand). Voilà pourquoi, les idées résistent !!!!

N’est-ce pas de notre responsabilité d’éviter que les mêmes cris d’hier à Lyon en 1834, s’entendent aujourd’hui en Chine ? N’est-ce pas la condition d’une construction, cette fois-ci bien réelle de la démocratie ? Ne faut-il pas bâtir, peu a peu, les fondations de cette utopie moderne ? Après tout, aujourd’hui qu’une partie de l’humanité a pris conscience que l’exploitation de la planète aboutissait à sa destruction pourquoi ne pas inverser la question du côté de l’Humanité ?

En d’autres termes reprendre l’histoire en marche, mais cette fois-ci, sans en entraver le cours par l’imposition d’un sens.

Michèle Riot-Sarcey 

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Voir vidéo : michele-riot-sarcey-en-ouverture-des-xxxe-rencontres-de-petrarque/

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De l’auteure :

Entretien « La référence au passé est un moteur de l’histoire » publié avec l’aimable autorisation de l’auteure
 et de la revue : la-reference-au-passe-est-le-moteur-de-lhistoire/.

9782707175854

Le procès de la liberté.Une histoire souterraine du XIXe siècle en France, linsurrection-ouvre-le-devenir-social-vers-un-possible-inimaginable-jusqualors/.

Avec Maurizio Gribaudi : 1848 la révolution oubliée : la-memoire-ouvriere-fut-enfouie-sous-les-decombres-de-la-republique-tout-court/

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slm

Le 12 octobre 2016, Michèle Riot-Sarcey présentera son ouvrage : Le procès de la liberté, une histoire souterraine du XIXe siècle en France (La Découverte)

« Alors que l’humain, comme la valeur de son travail, est de plus en plus bradé et que les responsabilités citoyennes sont de moins en moins partagées, il serait temps de revenir au sens premier du mot « liberté ». Qu’ont espéré les hommes du XIXe siècle lorsqu’ils se battaient en son nom, comme lors de la révolution de 1848 ? Depuis longtemps déjà, l’expression démocratique se limite à une simple délégation de pouvoir donnée aux professionnels de la politique. Or être libre, selon les ouvriers lettrés du XIXe siècle, c’est pouvoir agir matériellement, intellectuellement et politiquement. »

Les réunions de la Société Louise Michel se déroulent de 19H à 21 H, au Lieu-Dit, 6 rue Sorbier – 75020. On y prend un verre et on peut y dîner…

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