Le « temps pour elles »

ax 191 couvEdito : 3… 2… 1… Prêtes !


Voilà, ça y est, c’est la rentrée. Septembre, le parfum des cahiers neufs, les feuilles encore vertes, arrimées aux branches, le soleil pas tout à fait décidé à hiberner. Septembre, les habitudes à retrouver… ou à réinventer. Pour nous, le temps de la métamorphose est venu : nous nous inventons à nouveau, nous nous remettons au point. Nous y sommes presque. Nous voyons le bout du chemin, après des mois d’exploration.

La plupart des lectrices d’axelle le savent sans doute déjà : ce numéro 191 marque la dernière édition de notre magazine dans sa version actuelle. Le mois prochain, en octobre, le numéro 192 sera différent. Vous le reconnaîtrez dans votre boîte aux lettres, il comptera toujours 48 pages et s’appellera toujours axelle, mais vous le découvrirez en même temps sous un jour neuf. J’écris à dessein réinventer et non pas révolutionner. axelle ne va pas connaître une révolution, un retournement complet à 360 degrés – ce qui risquerait de nous faire arriver à notre point de départ –, mais plutôt une évolution, un déplacement. Votre axelle sera « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre », ainsi que l’écrivait Verlaine.

Ce mouvement que nous allons imprimer à notre magazine contribuera, nous l’espérons, à faire se rapprocher notre revue d’elle-même : plus proche de son identité profonde, plus proche de ses lectrices. Dans la recette de notre identité, c’est-à-dire ce qui fait de nous qui nous sommes en même temps à nos yeux et aux vôtres, certains ingrédients ne changent pas. Les valeurs que nous portons. Nos pratiques féministes. Notre ancrage dans la vie des femmes d’ici et d’ailleurs, le lien que nous tâchons de rendre explicite entre leurs quotidiens et les enjeux sociopolitiques qui agitent notre planète. Le « temps pour elles » que nous représentons pour nos lectrices. Notre foi en un journalisme critique, engagé, et actif, prenant part à la société en la décryptant, en la racontant, en proposant des points de vue alternatifs. Notre regard.

Mais l’identité d’axelle est également composée d’éléments qui bougent, qui sont mouvants. Depuis dix-huit ans, nous n’avons pas la même façon de vous raconter des histoires ; notre narration, notre esthétique ont évolué, c’est une évidence et c’est même rassurant, en feuilletant des anciens numéros, d’éprouver la sensation d’un voyage dans le passé. Cela n’a rien de négatif, bien à l’inverse, cela montre que nous sommes inscrites dans l’histoire : nous sommes le fruit de notre époque.

Le déplacement que nous effectuerons le mois prochain est, lui, un voyage vers le présent. Recréer axelle en lui facilitant l’accès vers son propre temps était une nécessité. Nous en avions envie depuis plusieurs années ; c’est en échangeant avec vous, lectrices de toute la Belgique, que nous l’avons décidé.

C’est donc avec émotion et excitation que l’équipe d’axelle dit adieu à sa formule actuelle, aux grandes mains dévouées qui la mettent en pages depuis dix-huit ans – merci, merci, merci ! –, à nos habitudes… avant le grand saut. 

Sabine Panet

Dossier : À l’université du sexisme

Blagues machistes, « études » pour garçons ou pour filles, maths et sciences pour les uns, options littéraires, sociales ou de la santé pour les un-e-s, prostitution, sexisme quotidien…

Celles qui font Polytech‘ et ne se laissent pas décourager, Yes, She Can !, les folklores machistes… Les TD, « thés dansants », leurs affiches et les agressions sexuelles…

La prostitution comme « autre vie des étudiantes », l’isolement, « le clivage identitaire est tel que la personne vit deux vies en parallèle sans aucun lien l’une avec l’autre », les Suger Daddies et les Sugar Babies, ces hommes qui se présentent comme bienfaiteurs et non comme prostitueurs, les plateformes internet de prostitution étudiante, « la socialisation au sein de l’activité prostitutionnelle et l’engrenage dans le réseau »…

Parmi les autres textes publiés, je signale notamment :

  • En Allemagne, des réfugiées se réinventent une vie. Activités solidaires et émancipatrices, apprentissage du vélo, absence de protection et de sécurité, exil, interdits et codes moraux, niveaux d’études des unes et analphabétisme d’autres, apprentissage de nouvelles libertés…

  • Françoise Tulkens : « Les droits ne s’usent que si on ne s’en sert pas ! ». « Les femmes sont piégées dans un cercle vicieux : leur impossibilité d’intenter des recours judiciaires à travers les systèmes existants accroit leur vulnérabilité et le risque de violation de leurs droits, tandis que l’aggravation de leur vulnérabilité et de l’exclusion constitue un frein supplémentaire à leur capacité à recourir aux systèmes de justice », l’urgence d’écouter les femmes…

  • La dérégulation des conditions de travail des salarié-e-s, la loi Peeters, annualisation, temps partiels, délais de prévenance, réduction de l’allocation de garantie de revenus… et le tube de la rentrée : « D-goûter Peeters » sur l’air de Motivés du groupe Zelba.

  • Les jeux vidéos, « une devise semble régner : par les hommes, pour les hommes », la révolte de gameuses.

  • Les poils sous les bras, « faire croire au monde que mon corps est imberbe, qu’en somme je ne suis qu’une fillette qui a atteint une taille adulte sans passer par la case puberté », les normes.

  • Histoires à huit mains. Ces mains qui en disent long « à la fois sur les femmes et sur la société dans laquelle nous vivons ».

  • La grossesse décomplexée de Renée Greusard. Les injonctions et les recommandations, le monopole du discours médical, l’infantilisation des femmes, « Enceinte, je me sentais soudain privée de ma liberté et surtout, il me manquait les armes pour arbitrer ».

  • et toujours de riches rubriques : culture et informations internationales, dont des « médailles du sexisme olympique »

Un journal de nos amies belges à faire connaître.

axelle 191, septembre 2016, http://www.axellemag.be/fr/

Didier Epsztajn

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