Sous le goémon, le varech ; sous la bague, le bijou

9782343094427fJe n’ai pas les connaissances pour approcher le détail des propositions de ce livre. Je me contenterai ici de glaner, comme le propose l’entrée « Glaner, Glaneuse » et sa référence au beau film d’Agnès Varda Les glaneurs et la glaneuse.

« Glaner : un droit fantôme, invisibilisé par défaut d’information, manque auquel le film supplée en donnant la parole à deux juristes filmés, glanant à leur tour le code pénal »

Deux remarques préalables.

Marie-Dominique Garnier fait référence, entre autres, à des ouvrages de Gilles Deleuze, Félix Guattari ou Jacques Derrida . Je dois avouer, paresse d’esprit peut-être, que leurs choix d’écrire me rebute, même si j’entends bien que « pas d’écriture sans blessure »…

Sans creuser les accords et les désaccords, je signale cependant que les dimensions queer (lecture queer, « fluer les identités de genre à travers corps », lignes de fuite « queer », « queer-analytiques ou queer-sans-organes »…) ne me semblent que faiblement porteuses de sens. Une chose est refuser et donc d’oeuvrer à la destruction du système de genre, autre chose est d’en rester à troubler des identités définies par le système même d’approche qui décline le « genre » aux pluriels…

Quoiqu’il en soit, chacun-e trouvera dans cet ouvrage, dans ce glossaire, de multiples sujets de réflexion, en particulier contre les visions et divisions binaires des rapports sociaux et de leurs effets…

« Un mot n’arrive jamais seul, hors-sol ou hors-corps : l’essai qui suit cherche à arpenter le sol du langage contemporain, les surfaces où s’enkystent au quotidien, de phrase en phrase, de gros titres en blogs, les élevages de poussières lexicales d’aujourd’hui – d’un aujourd’hui sans air et sans « huis », et dont le peu de jour a récemment fait place aux « nuits debout » de la Place de la République et d’autres places, tenues à partir du 31 mars 2016. Pour Mallarmé, on se souvient que, de ces deux mots, la « nuit » luit, plus lumineuse que le terne mot de « jour ». »

L’auteure parle de mots-chose, de la langue hégémonique, des mots-valise, de la langue de guichet, de cette « lettre d’ordre » entrée dans la ville, de graphisme participant à la mise aux normes des « corps », de localisation des nouveaux dogmes, de genre, de reconnexion de « la lecture et la pratique de la langue », de lisibilité non réductible à la saisie optique, les « points-g » des discours, de langue-gangue, de « gramme et grammatologie »…

« Alphagenre est en ce sens un index, un manuel, une main courante conçue pour suivre le fil retors de ce qui traverse et transit les « usagers » d’une langue… »

J’ai notamment apprécié les paragraphes sur Simone de Beauvoir et les rappels aux travaux à Geneviève Fraisse sur ce sujet (ou son « la domination subsiste à l’intérieur même des dynamiques d’émancipation »), les difficultés de la traduction et la nécessité de conserver « une aspérité et une couleur qu’il importe de ne pas blanchir ni de neutraliser », la frigidité « ce mot est à lui seul une leçon de « genre » », les passages sur Monique Witting…

Toise managériale, Molloy de Samuel Beckett, autorisation de congé, indignité nationale et « état de mort civile », logique binaire « jamais binaire sans hiérarchie » ou « l’attelage ne se fait pas sans joug, sans assujettissement : sans jugulation », enseignement, gaine et le façonnage des corps, glue, gare et l’échanges des corps, langue senestre, langage travaillé mot à mot, fausse historicité de la « génération », explosante-fixe, MLF et FHAR, constituante et souveraineté contre gouvernance, fabrication mythique d’un matriarcat primitif, immigration et politiques de « mise-sous-grille des personnes », immigration et masculinisation, intégration et politique xénophobe, jungle « avec peu de moyen, une forêt pourrait y être mise en place : replanter des vies humaines-en-forêt, des vies foraines », privilège (voir plus haut, la référence à la lecture de Geneviève Fraisse de Simone de Beauvoir), soutien-gorge et processus de mise aux « normes » genrées, stigma et stigmate…

Dois-je souligner que d’autres choix et d’autres lectures sont possibles et souhaitables.

Marie-Dominique Garnier : ALPHAgENRE

Editions L’harmattan, Paris 2016, 256 pages, 26 euros

Didier Epsztajn

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