Hilla Kerner : Tenons tête à la violence des hommes et au ressac masculiniste

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Des femmes assemblées devant l’immeuble de Radio-Canada à Vancouver, le 23 mars dernier, pour protester contre les violences infligées aux femmes. [PNG Merlin Archive]

 

Divulguer la violence des hommes à l’égard des femmes est l’une des plus importantes réalisations de la seconde vague du mouvement féministe.

Dès la fin des années 1960, des femmes se sont réunies dans des groupes de sensibilisation pour se révéler les unes aux autres leurs vécus personnels. Ces échanges leur ont permis de réaliser que la violences qu’elles vivaient étaient une oppression collective qui affectait toutes les femmes. Elles ont compris que ce vécu collectif reflète et aggrave les relations de pouvoir entre les hommes et les femmes.

Cette compréhension a été le catalyseur féministe qui a entraîné la création de ressources anti-violences. Elle a aussi été approfondie et renforcée par le savoir qu’ont acquis les travailleuses de première ligne : les centres de crise anti-viol, les maisons de transition pour femmes victimes de violence conjugale et les centres de femmes.

L’accumulation des récits issus de centaines de milliers de femmes à travers le monde a révélé comment les hommes utilisent leur pouvoir relatif en tant qu’hommes – et souvent le pouvoir relatif de leur race et de leur classe sociale – pour s’en prendre aux femmes. Cette compréhension de la violence masculine comme facteur crucial de l’oppression des femmes a fait des vagues et résonné partout au Canada.

En décembre 1989, dans les jours suivant le massacre commis à l’École Polytechnique de Montréal, des Canadiennes sont descendues dans les rues. Elles savaient, dans leur colère et leur chagrin, que l’assassinat de 14 étudiantes par un masculiniste était un geste extrême, mais aussi qu’il était relié à l’expérience commune aux femmes de la violence masculine. Récemment, des femmes de partout en Amérique du Nord ont exprimé la même idée en créant sur Twitter le mot-clic #YesAllWomen.

Au début des années 1990, le gouvernement canadien a dû céder à une pression croissante des femmes en faveur d’un changement social en concédant aux revendications féministes de nouvelles lois et politiques visant à pallier l’inégalité des femmes en général et la violence misogyne en particulier. C’est dans ce contexte que différents organismes gouvernementaux ont commencé à recueillir et analyser des données et des statistiques sur la violence masculine à l’égard des femmes au Canada.

Une fois ce dénombrement amorcé, il était devenu impossible de reculer. Aujourd’hui, nous disposons non seulement des connaissances acquises par les groupes féministes de première ligne, comme Vancouver Rape Relief & Women’s Shelter, qui répond aux besoins de plus de 1200 nouvelles femmes chaque année, mais nous avons également accès à des données provenant de différentes institutions provinciales et nationales.

Selon un rapport du Bureau du coroner de la Colombie-Britannique publié en mai 2010, « alors que les hommes sont plus susceptibles d’être victimes d’homicides en général, les victimes d’homicide par violence conjugale sont plus susceptibles d’être des femmes que des hommes ».

Ce rapport établit que parmi les cas d’homicides de violence familiale commis entre janvier 2003 et août 2008, 24,7 pour cent des victimes étaient des hommes contre 75,3 pour cent de femmes. Et les données sur les victimes de sexe masculin comprennent les garçons tués par leur père.

Mesure de la violence contre les femmes : tendances statistiques, un rapport du Centre canadien de la statistique, publié en février 2013, établit que « les taux de violence entre partenaires intimes sont plus élevés chez les femmes que chez les hommes » et qu’« en 2011, selon les données policières, les femmes représentaient 8 victimes de violence entre partenaires intimes sur 10 ».

D’ailleurs, les femmes recourent habituellement à la violence comme tentative désespérée de se défendre elles ou leurs enfants, de sorte que même ces chiffres élevés ne représentent pas entièrement leur réalité.

La divulgation de la violence masculine à l’égard des femmes a dû essuyer un mouvement de ressac, comme chacune des autres avancées féministes. Cette réaction est parfois subtile, comme l’expression de « violence domestique », une terminologie qui cache qui est la victime et qui est l’agresseur, ou un éditorial publié par The Globe and Mail le mois dernier où l’on soutenait que l’Enquête nationale imminente sur les femmes et les filles autochtones disparues « ne pouvait pas s’en tenir uniquement aux femmes ».

Mais le ressac est parfois plus brutal, comme dans la propagande masculiniste qui nie que des hommes violent, agressent et tuent des femmes aussi souvent qu’ils le font, et cherche à imposer des droits des hommes à contrôler, exploiter et violenter des femmes.

Nous devons tenir bon contre ces tentatives de nier notre réalité. Nous devons insister pour obtenir des comptes rendus véridiques des violences infligées aux femmes. Parce que cette vérité équivaut au pouvoir dans notre lutte pour mettre fin à la violence des hommes à l’égard des femmes, dans notre lutte pour notre liberté et nos droits.

Hilla Kerner, membre de la collective Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter.

 

Version originale : http://vancouversun.com/opinion/opinion-fighting-back-on-mens-violence-against-women

Traduction : Martin Dufresne, pour TRADFEM

https://tradfem.wordpress.com/2016/10/06/hilla-kerner-tenons-tete-a-la-violence-des-hommes-et-au-ressac-masculiniste/

Une réponse à “Hilla Kerner : Tenons tête à la violence des hommes et au ressac masculiniste

  1. Que dire ? pas envie de rire.
    8/10 me parait très optimiste, 9 voire 9,5/10 serait probablement plus réaliste.
    Fils d’un père violent qui battait notre mère, que peut-on faire enfant ?
    Quand ses fils sont devenus plus grands, il s’est calmé… vieillesse ou peur de la riposte ? on ne saura jamais.
    Toujours est-il que depuis, ma violence (car tout homme a de la violence en lui) s’est toujours tournée uniquement vers les hommes et seulement pour me défendre.
    Juste pour dire que ce n’est pas forcement un cycle infernal .

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