Démantèlement de jungle décalé

(Saint-Germain-sur-Ay – Département de la Manche, 25 Octobre 2016)

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Nous sommes aujourd’hui à Saint-Germain-sur-Ay, département de la Manche. Le Premier Ministre l’a assuré avec la plus grande fermeté : « Il n’y aura pas d’après à Saint-Germain-sur-Ay ». Sa jungle doit être démantelée et les opérations ont débuté à l’aube du 24 Octobre. L’État s’est donné une semaine pour en finir.

La jungle. Comment qualifier autrement ce qu’il est advenu progressivement, ces dernières années, des abords de ce petit village de la Manche, arrondissement de Coutances, entre prés salés et rivages sablonneux, à quelques encablures des Îles Anglo-Normandes et de Jersey, la plus proche. Une jungle où pullulent aujourd’hui les créatures extraordinaires tirées d’un bestiaire fantastique : loups-cerviers de la banque, lions des affaires, éléphants de la grande distribution, tigres des privatisations…

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Tous en fuite, entassés maintenant sur quelques kilomètres carrés de prés salés, dans de véritables bidonvilles et cabanes de fortune, en attente d’un embarquement clandestin pour Jersey et son paradis fiscal.

Mais, vous interrogez-vous, que fuient les animaux de ce bestiaire imaginaire ? Les migrants de Calais, eux, ces malheureux, fuient la guerre civile et religieuse en Syrie et en Irak, le terrorisme en Afghanistan, la dictature et l’enrôlement forcé en Érythrée, et pour beaucoup encore, tout simplement, la famine et la misère dans le Sahel.

Alors, ce grand squat de Saint-Germain-sur-Ay, pourquoi ?

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« Nulle guerre civile ou religieuse, nul bombardement, nulle famine. Nous fuyons l’ISF, nous fuyons l’Impôt sur les Sociétés (IS) et aussi l’horreur de l’Impôt sur le Revenu (IR), comme d’ailleurs toute forme d’impôt », nous ont répondu, les accompagnant dans leur détresse, leurs avocats fiscalistes et leurs conseillers financiers, dont nous devinons maintenant le sordide, à l’instar de ceux des passeurs de la jungle de Calais.

Les associations humanitaires accourues pour porter secours à cette multitude de réfugiés, précaires et sans-abri, chassés de leurs confortables gentilhommières et villégiatures, les associations humanitaires sont débordées.

Elles ont pourtant dans ce domaine de l’aide aux migrants une grande expertise. Regroupées dans le collectif HTHF (Heaven Taxes for Happy Few), elles s’avouent aujourd’hui impuissantes, tant la situation humanitaire s’est dégradée ces dernières semaines. Le démantèlement est devenu inéluctable pour de simples raisons de salubrité publique.

images-3Leur représentant, Pierre Vattaz, le secrétaire de la puissante AEOF (Association pour l’Encouragement à l’Offshore Fiscal), s’est rendu à l’évidence et a accepté de prêter son concours aux autorités pour cette difficile opération. Une seule exigence de sa part : que tout se déroule dans le respect de la dignité de ces malheureux, mais également dans le respect de la confidentialité administrative. Et sur ce dernier point, les autorités lui ont accordé toute satisfaction. Il n’y aura pas de rétorsion.

La noria des autobus a débuté ce matin. Au fil de la semaine, les quelque 15 300 candidats à l’exil fiscal recensés qui campaient à Saint-Germain-sur-Ay, l’Île de Jersey à portée de vue, devront être accueillis, peut-être vaudrait-il mieux dire recueillis, dans différentes communes de France qui les ont généreusement acceptés.

Pour la plupart d’entre eux, la chose devrait se faire sans encombre, leur retour dans leur commune d’origine, Neuilly, Rueil-Malmaison, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Deauville tout proche, ou Hendaye, étant déjà assuré.

Pour d’autres, nombre de maires de petites villes de la Haute-Loire, encouragés par Laurent Wauquiez, le Président du Conseil Régional Auvergne-Rhône-Alpes, ont déjà donné leur accord pour un accueil de fortune dans les hôtels cinq-étoiles du département.

Personne ne sait prédire si, chez ces candidats à l’Eldorado, la résistance au départ de la jungle sera forte ou marginale. Les consignes des autorités, prudentes, sont celles de la mansuétude. Les 1500 policiers ont reçu l’ordre d’encourager ceux qui le souhaitaient, à regagner leur domicile par leurs propres moyens.

Ceci pourrait expliquer d’ailleurs l’encombrement ces derniers jours des petites routes départementales des environs de Coutances par un afflux inhabituel en cette saison de grosses berlines et limousines Bentley, Rolls-Royce et Cadillac, toutes chargées de bagagerie Vuitton sur leurs sièges arrière. Des chauffeurs en livrée étaient même aperçus en train festoyant dans les auberges environnantes de Saint-Germain-sur-Ay.

La Direction des exilés fiscaux au Ministère des Finances reconnait cependant d’une manière très floue, et qui ne manquera pas de susciter les critiques de laxisme, que des contrôles d’identité et des placements d’office en « cellule de dégrisement » pourraient être opérés.

(Le terme de cellule de dégrisement en matière financière n’a bien sûr rien à voir avec son équivalent dans les commissariats de quartier, la chiourme où sont jetés les poivrots et autres ivrognes en attente de décuver. Non, au Ministère des Finances, ce terme désigne le bureau affecté à la régularisation des contribuables possédant des avoirs non déclarés dans les paradis fiscaux. Le créateur de ce bureau, le ministre Éric Woerth, prédécesseur du célèbre Jérôme Cahuzac, avait eu alors cette formule rassurante : « La cellule de dégrisement est ouverte à tous les contribuables en situation de fraude, munis de leur bonne foi en bandoulière ». Et naturellement, qui dit cellule ouverte, dit immédiatement qu’on n’y sera pas retenu.)

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Dès demain ou après-demain, la jungle évacuée, les opérations de démantèlement et la ronde des bulldozers devraient commencer. Nous ne le disons pas sans une certaine tristesse, à l’évocation de la destruction de tous ces baraquements de fortune, où ont vécu tous ces candidats à l’exil doré.

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Les forces de l’ordre ont entamé le quadrillage de tout le périmètre pour éviter l’afflux de maraudeurs et de pillards à la recherche, dans les décombres, de toutes ces petites choses de la vie, abandonnées dans la grande détresse d’un départ forcé et précipité : petites fiasques de cognac plaquées or, montres Rolex, rivières de diamants, petits clips et autres petits camées ciselés, tous menus objets attestant la modestie et de l’impécuniosité de leurs malheureux détenteurs.

Prévention du pillage, mais également souci, une fois le démantèlement achevé, d’éviter que de nouveaux campements se reconstituent. La simple évocation de la proximité des Îles Anglo-Normandes et de leur douceur paradisiaque, valant pour ces malheureux tous les Eldorados.

La réponse sécuritaire ne réglera pas tout, a prévenu Pierre Vattaz, le secrétaire de l’influente ONG humanitaire AEOF (Association pour l’Encouragement à l’Offshore Fiscal). Tant que persisteront les atrocités du bombardement fiscal dans le Bassin Parisien, les beaux quartiers n’auront de cesse de se vider et les rivages de la Manche d’être submergés de demandeurs d’asile.

Pierre Vattaz a insisté sur la nécessité d’un plan global pour le règlement de ce douloureux conflit. Un espoir est en vue ! Conscientes du tragique de la situation, les autorités envisagent dans ce domaine de considérables allégements : révision à la baisse de l’IS, renoncement à la taxation des transactions financières et un geste tout symbolique destiné à ranimer la flamme du « vivre ensemble » pour tous ces malheureux : la suppression de l’ISF.

« Broutille ! », a-t-il ajouté à ceux qui lui objectaient que la bagatelle, celle de l’exil doré et de l’évasion fiscale, coûtait au pays près de 60 à 80 milliards d’euros par an.

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Jean Casanova

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Une réponse à “Démantèlement de jungle décalé

  1. Eh oui, deux poids deux mesures !! Deux mondes qui ne se côtoient pas !

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