Rapports sociaux de sexe et interaction des rapports sociaux

unepfefferkorn1Dans l’introduction, introduction-de-roland-pfefferkorn-a-son-livre-genre-et-rapports-sociaux-de-sexe/, publiée avec son aimable autorisation ainsi que celles des Editions Syllepse et Page2, Roland Pfefferkorn parle, entre autres, d’une riche production de concepts, de rupture avec « la complémentarité « naturelle » des sexes », des obstacles au mouvement pour l’égalité (l’égalité n’est pas d’ores et déjà advenue), de « chaine internationale du care », de racisation du sexisme, d’antiféminisme larvé, de dimension sexuée dans les sciences sociales « la dimension sexuée reste longtemps au second plan, quand elle n’est pas absente, en tant qu’axe stratégique de réflexion et d’investigation », de produits de rapports historiques et sociaux, de conflits au sein de la « société conjugale », de salarisation, de séparation et de hiérarchisation, d’articulation des différents rapports sociaux, « rapport de classe, de sexe, de racisation » comme nécessité…

Suite à ma lecture de la première édition, j’avais rédigé une note (les-rapports-de-sexe-de-classe-de-racisation-interagissent-les-uns-sur-les-autres-et-structurent-ensemble-la-totalite-du-champ-social/). Je n’ai pas confronté les deux éditions. Je ne reprends pas ici ce que j’avais écrit, même si sur certains points, je ne m’exprimerai plus de la même façon.

Je voudrais néanmoins souligner la force de certaines analyses : la place du travail (salarié et domestique), le caractère systémique de l’oppression des femmes et son caractère non-réductible au capitalisme, la « dialectique production/reproduction », la socialisation différentielle des sexes.

Il me semble que certaines parties sont particulièrement intéressantes : rapports sociaux, division sexuelle du travail, production historiques particulières, coextensivité et consubstantialité des rapports sociaux, « La première originalité du concept de rapports sociaux de sexe par rapport à d’autres conceptualisations (en termes de système de sexe / genre ou de mode de production domestique par exemple) réside dans le fait qu’il est construit explicitement en articulant de manière co-extensive et consubstantielle les rapports de classe, les rapports de sexe et les rapports de racisation » (En complément possible : Danièle Kergoat : Se battre disent-elles… : travailleuse-nest-pas-le-feminin-de-travailleur/), histoire et critique de la notion de genre, limites des théorisations queer, etc.

Par ailleurs, je signale que je ne partage pas certaines appréciations sur des textes de Geneviève Fraisse, Judith Butler, Monique Wittig, Joan Scott, par exemple.

Dans sa postface, postface-de-catherine-vidal-au-livre-de-roland-pfefferkorn-genre-et-rapports-sociaux-de-sexe/, publiée avec son aimable autorisation ainsi que celles des Editions Syllepse et Page2, Catherine Vidal indique que « Le clivage entre les sexes élaboré par les philosophes, théologiens, historiens et naturalistes des siècles passés est perçu par beaucoup comme le reflet d’une nature humaine éternelle. ». Elle aborde, entre autres, les questions de « plasticité cérébrale », de la capacité du cerveau humain à se façonner selon l’histoire propre de chacun-e, « Rien n’est à jamais figé ni programmé dans le cerveau depuis la naissance », d’environnement sexué, d’interactions physiques ou orales, de dépassement du « dilemme classique qui tend à opposer nature et culture », de la biologisation des comportements humains, de l’origine des « différences »…

Je reproduit ma précédente « conclusion » : « L’oppression des femmes résulte d’un fonctionnement systémique qui n’est en aucun cas réductible au système capitaliste ». Il est donc regrettable que les dimensions sexuées des rapports sociaux ne soient pas systématiquement pris en compte par les universitaires et les groupes se réclamant de l’émancipation.

Cette courte mais dense présentation des théorisations matérialistes féministes, « construire des concepts nouveaux pour penser les rapports antagoniques entre la classe des hommes et celle des femmes », me semble à la fois synthétique et suffisamment diversifiée, pour une première approche de l’histoire de certains débats. Elle ne saurait dispenser de lire et d’étudier les textes produits par les féministes elles-mêmes.

Pour une approche complémentaire, voir aussi le récent livre de Perrine Lachenal : Questions de genre. Comprendre pour dépasser les idées reçues : un-outil-de-critique-danalyse-de-lutte-et-de-transformations-sociales/

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Sommaire :

Introduction : Des concepts pour penser les rapports inégalitaires entre hommes et femmes.

  • Freins et obstacles au mouvement vers l’égalité.

  • Vers l’émergence du genre et des rapports sociaux de sexe

Chapitre 1 Rompre avec le naturalisme.

  • Le patriarcat et le mode de production domestique

  • Le travail domestique : un nouvel objet d’analyse

  • L’extension du travail des femmes bouleverse le mode de production domestique

  • La dialectique production/reproduction

Chapitre 2 L’invention du genre et sa polysémie 

  • Le genre désigne le sexe social

  • Le genre renvoie à un système patriarcal ou une organisation genrée

  • Le genre trouble les catégories binaires et sape les identités

  • Le genre signifie des rapports de pouvoir

Chapitre 3 Le genre et ses limites

  • Une polarisation fréquente sur le discours

  • La distinction entre sexe et genre en question

  • Quand le genre gomme le conflit, oublie ou dissimule la classe.

  • Le genre un concept fédérateur ?

Chapitre 4 Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe

  • La division sexuelle du travail

  • Des rapports sociaux aux rapports sociaux de sexe

  • Le travail levier de la domination…

  • Le travail levier de l’émancipation

Conclusion Articuler les rapports sociaux. Rapports de sexe, de classe, de racisation.

  • Articuler les rapports sociaux et comprendre la production des catégories

  • Construire des marges de liberté et d’action

Postface de Catherine Vidal

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De l’auteur :

Coordonné par Xavier Dunezat, Jacqueline Heinen, Helena Hirata et Roland Pfefferkorn : Travail et rapports sociaux de sexe. Rencontres autour de Danièle Kergoat, un-rapport-social-ne-peut-pas-etre-un-peu-plus-vivant-quun-autre-il-est-ou-il-nest-pas/

Sous la direction de Philippe Cardon, Danièle Kergoat et Roland Pfefferkorn : Chemins de l’émancipation et rapports sociaux de sexe, L’individualisation n’émerge pas de manière spontanée

Sous la direction de Yvonne Guichard-Claudic, Danièle Kergoat et Alain Vilbrod : L’inversion du genre. Quand les métiers masculins se conjuguent au féminin… et réciproquement, asymetrie-des-processus-de-feminisation-et-de-masculinisation/

Sur les rapports entre les Etats et les religions en Europe : un mouvement historique d’ensemble vers la laïcité et la sécularisation, sur-les-rapports-entre-les-etats-et-les-religions-en-europe-un-mouvement-historique-densemble-vers-la-laicite-et-la-secularisation/

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De la postfacière :

Nos cerveaux, tous pareils tous différents, Belin 2015

Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys : Cerveau Sexe & Pouvoir, genetiquement-programme-e-pour-apprendre/

Sous la direction de Catherine Vidal : Féminin Masculin, Mythes et idéologie : Les sociétés forgent des modèles et des normes associées au féminin et au masculin

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Roland Pfefferkorn : Genre et rapports sociaux de sexe

Nouvelle édition, Coédition Syllepse et page2

http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_675-genre-et-rapport-sociaux-de-sexe.html, http://www.page2.ch/page2/

Paris et Lausanne (Suisse) 2016, 150 pages, 11 francs suisses, 10 euros

Didier Epsztajn

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2 réponses à “Rapports sociaux de sexe et interaction des rapports sociaux

  1. La notion de genre me gène, j’ai le sentiment qu’elle nie la différence des sexes qui existe indépendamment de la façon dont la société s’en sert ou en parle. Je comprend ce qui se dit autour des rapports sociaux de sexe mais je bute devant « le genre »

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