Trump : indignations sélectives des « féministes » « pro-sexe »

Si l’attitude de Trump à l’égard des femmes vous offense, il devrait en être de même pour l’industrie du sexe

Des gens de tout horizon politique se déchaînent à propos d’un enregistrement sonore révélant que le candidat républicain à la présidence des États-Unis, Donald Trump, se vante de commettre des agressions sexuelles. Alors que Trump se défend en affirmant que ses paroles n’étaient que de « la frime de vestiaire», beaucoup ont tenu à souligner que tous les hommes ne parlent pas comme ça des femmes.

Néanmoins, il existe une industrie où tous les hommes tiennent bel et bien ce genre de propos : c’est l’industrie du sexe. Il est révélateur que Trump parle des femmes exactement de la même façon que les acheteurs de sexe. Il parle des femmes, parfois en privé mais pas toujours, de la même façon que les hommes qui ont grandi dans un climat verbal permanent de droit d’accès des hommes au corps féminin.

Cette bande sonore est en effet dégoûtante à l’écoute. J’ai été horrifiée que des millions d’autres victimes et survivantes comme moi aient dû endurer ce reportage, répercuté partout et de façon souvent bâclée par les médias, qui ont décrit les commentaires de Trump comme des « propos érotiques torrides » et, dans le cas de la chaîne Fox News, avec une panéliste qui a lancé avec dédain : « Personne n’a été violé, personne n’est mort. » Mais je trouve assez incroyable le déluge de dénonciations émises par des personnalités publiques et des médias soi-disant progressistes qui ont été prompts à condamner les propos misogynes de Trump, mais qui continuent à soutenir et à promouvoir l’industrie de l’exploitation sexuelle.

Le lien entre l’industrie du sexe et Trump est littéral : cet homme était lui-même propriétaire d’un club de striptease jusqu’en 2014, lorsque son hôtel-casino Taj Mahal d’Atlantic City a fait faillite et que Trump en a transféré la propriété à Icahn Enterprises. À ses débuts, en septembre 2013, Scores a été le premier club US du genre à être inauguré dans un casino. (L’hôtel-casino Trump Taj Mahal a fermé au début de cette semaine après un conflit de droit du travail.)

La déclaration de Trump sur l’aisance avec laquelle il agresse sexuellement des femmes (« Quand tu es une vedette, elles te permettent de le faire. Tu peux tout leur faire… ») désigne son capital culturel et économique, en d’autres termes son pouvoir. Le pouvoir particulier de Trump, en plus d’être de sexe masculin, est son argent – tout comme la puissance d’un client-prostitueur tient à son argent. Les partisans libéraux et soi-disant progressistes de l’industrie du sexe affirment souvent que l’argent symbolise le consentement. Ils et elles rejettent l’analyse féministe de la prostitution comme violence faite aux femmes sous prétexte que, dans la prostitution, les femmes sont rémunérées pour l’accès à leur corps, ce qui équivaut à « consentir » à leur exploitation. Mais à quel moment les progressistes (qui sont censés être bien au fait du fonctionnement du capitalisme) ont-ils oublié que l’argent est un élément de contrainte ?

Considérant tout le travail fait par les féministes pour populariser l’idée que seul un « oui » enthousiaste et librement accordé constitue un consentement en matière de sexe, pourquoi tant de personnes identifiées à gauche considèrent-elles l’argent comme l’exception à cette règle ?

Dans L’être et la marchandise, Kajsa Ekis Ekman fait valoir que « La prostitution c’est, en réalité, très simple. C’est du sexe entre deux personnes – entre une qui en veut et une qui n’en veut pas. Et comme le désir est absent, le paiement le remplace. »

Est-ce le genre de « consentement » dont parlent les féministes ?

La contrainte n’est pas une aberration dans le porno non plus. Au contraire, c’est son principal intérêt. Les sites pornos regorgent de vidéos de violence sexuelle faite aux femmes. En dépit de ses nobles déclarations, Pornhub (le site porno le plus visité au monde) s’enrichit à l’aide de productions pornographiques qui sexualisent la violence conjugale, le racisme et l’agression sexuelle – des violences dont, en tant que société, nous avons convenu qu’aucune personne ne peut jamais « consentir ».

Il y a des féministes et des progressistes qui dorment mieux la nuit en se disant que la pornographie est de l’ordre du fantasme. Mais, comme le demande le journaliste Gabriel Muñoz Herval sur le site espagnol, El Estado Mental, si elle n’est vraiment que « du fantasme », pourquoi devons-nous la cautionner ? Pourquoi est-ce que « des millions d’hommes s’excitent à célébrer et envier le rôle de violeurs et d’agresseurs sexuels que leur confère la pornographie » ? Et pourquoi trouvons-nous cela normal ?

Muñoz Herval écrit :

« La porno ne se pose qu’une seule question, constamment réitérée : « Que pourrait-on faire de plus aux femmes ? » Ou pour être plus précis, de quelles autres façons pouvons-nous avilir et humilier encore plus une putain ? Étant donné les limites des représentations sexuelles, ses producteurs s’épuisent à une politique compulsive : de plus en plus de cruauté, de brutalité, de situations extrêmes. D’autres pistes pourraient être explorées, mais elles sont laissées de côté. L’objectif, la lutte et l’obsession sont de promouvoir la destruction des femmes et de célébrer, applaudir (et commercialiser) des choix comme utiliser des femmes comme chiottes (« Toilettes humaines »), les faire vomir (« Étouffe-toi sur ma bite »), les frapper (« Les joies de la gifle »), leur éjaculer dans les yeux (« Les yeux roses »), les étrangler, leur cracher dessus, leur pisser dans la bouche et une kyrielle infinie de formes d’avilissement des femmes, présentées comme audacieuses, innovatrices et même humoristiques. »

Ou, comme l’a dit Trump, vous pouvez leur faire tout ce que vous voulez.

Les acheteurs de sexe comprennent très bien ce qu’est la prostitution et à quelle jouissance elle s’adresse. Les sites Paroles de clients et The Invisible Men assemblent des propos de clients prostitueurs, affichés par ces hommes sur des forums d’« évaluation » des femmes consommées. Un type qui a payé 120 £ pour du sexe écrit :

« … Elle a alors senti que j’étais furax et que je voulais juste en finir. J’ai littéralement dû me forcer à jouir de sa morne branlette. Elle s’est dite surprise et je lui ai répondu : « je n’étais pas prêt à jouir ; j’aurais voulu baiser un peu plus », ce à quoi elle n’a rien répondu et s’est enfermée dans le mutisme. Je ne lui ai rien dit de plus avant de repartir, sinon merci et au revoir. Pour moi, elle n’aime pas le travail ; mais vraiment, si vous êtes escorte et que vous faites le choix d’offrir votre corps sur un site Web, vous savez à quoi vous attendre. »

Un autre acheteur du sexe qui a payé 150 £ écrit :

« Donc, du sexe oral, et du sexe dans deux positions pour ce que je pensais être la première ronde. Elle n’a pas voulu s’approcher de moi après le massage, ce que j’ai trouvé un peu bizarre. La raison en est vite devenue évidente. Après 25 à 30 minutes de la séance, je lui ai indiqué que je voulais recommencer, ce à quoi elle m’a répondu : « une heure, une baise. » Apparemment, elle avait vu six autres clients ce jour-là et avait mal au sexe. Je lui ai dit que ce n’était pas mon problème, mais elle n’a cessé de répéter la même phrase. »

Or, les mêmes féministes libérales et faux-progressistes qui appuient l’existence d’un commerce du sexe – un endroit où les hommes parlent librement des femmes de cette manière et leur imposent des passages à l’acte sur ces bases – et qui considèrent que ce commerce est neutre (« juste un métier comme un autre ») et même possiblement autonomisant pour les femmes, se disent aujourd’hui outragées par les propos de Trump. Mais le roi est nu, chères féministes néolibérales : vous ne pouvez pas du même souffle déplorer l’objectivation sexuelle et les privilèges masculins quand ils sont le fait de Trump, tout en endossant vous-mêmes une industrie qui repose sur cette objectivation et l’encourage, et en diffamant quiconque vous tient tête.

En défendant la prostitution et la pornographie, vous soutenez précisément les privilèges masculins dont Donald Trump se vante. Comment pouvez-vous être bouleversées par ses propos tout en appuyant et publicisant une industrie où de telles paroles font loi ?

Trump peut bien prétendre que son « Vous pouvez faire tout ce que vous voulez » ne constitue « que des mots », mais ces mots sont la devise de l’industrie du sexe.

Raquel Rosario Sanchez, le 14 octobre 2016, sur http://FeministCurrent.com

Version originale : http://www.feministcurrent.com/2016/10/14/trumps-attitude-towards-women-offends-sex-trade/

Traduction : Martin Dufresne, pour TRADFEM

Relecture et mise en ligne : Lise Bouvet pour RESSOURCES PROSTITUTION

https://ressourcesprostitution.wordpress.com/2016/10/17/trump-indignations-selectives-des-feministes-pro-sexe/

Raquel Rosario Sanchez est une écrivaine de la République dominicaine. Sa priorité dans son travail et comme féministe est de mettre fin aux violences infligées aux femmes et aux filles. Elle a été publiée en espagnol et en anglais dans plusieurs imprimés et sites Web, y compris Feminist Current, El Grillo, La Replica, Tribuna Feminista, El Caribe et La Marea. Vous pouvez la suivre en ligne à l’adresse @8ROSARIOSANCHEZ où elle cause de féminisme, de politique et de poésie.

De l’auteure :

Le tourisme sexuel est un impérialisme sexualisé : raquel-rosario-sanchez-le-tourisme-sexuel-est-un-imperialisme-sexualise/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s