2017 : Démantèlement de la Jungle de l’Élysée

(Grille du Coq – Palais de l’Élysée – Avenue Gabriel – Paris 8, 29 Octobre 2016)

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La Grille du Coq, avenue Gabriel

Nous sommes devant la Grille du Coq du Palais de l’Élysée. Vous allez voir que beaucoup de questions sont à se poser concernant cette magnifique entrée et les étranges allées et venues qui s’y déroulent secrètement, à la nuit tombée.

Dans la mythologie grecque, l’Élysée ou les Champs Élyséens étaient le lieu des Enfers où les héros et les hommes vertueux goûtaient le repos après leur mort.

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Chez Homère, les Champs Élyséens se situaient à l’extrémité de la Terre, près d’Océan. Dans l’Odyssée, Protée les décrivait ainsi à Ménélas :

« Les immortels t’emmèneront chez le blond Rhadamante,

Aux Champs Élyséens qui sont tout au bout de la Terre ;

C’est là que la plus douce vie est offerte aux humains ;

Jamais neige, ni grands froids, ni averses non plus.

On ne sent partout que zéphyrs… »

A l’époque d’Hésiode, les Champs Élyséens deviendront les Îles des Bienheureux.

Vous comprendrez aisément ainsi l’attrait encore aujourd’hui de cette résidence et son Palais.

Mais alors, c’était notre titre, la Jungle, pourquoi ?

La jungle est un terme polysémique (à plusieurs sens) qui n’a pas de signification biogéographique précise, au contraire de la toundra, de la savane, de la steppe ou encore de la forêt vierge, mais…

Le terme est un emprunt du hindi, jangal, désignant en littérature un espace naturel et sauvage. Rudyard Kipling l’a anglicisé en Jungle dans son célèbre Livre.

Le mot a, depuis, hérité des connotations péjoratives que nous lui connaissons bien, celles de la forêt (où rôde le loup des contes pour enfants), auxquelles se sont surajoutés les aspects négatifs de l’exotisme (l’inconnu et le sauvage) et des lieux chauds et humides (miasmes et vermine). La jungle est ainsi devenue le symbole de l’inhumanité invivable, et la loi de la jungle une forme de chaos et d’épouvantail politique.

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L’homme, dans les pays tropicaux, déforeste la jungle et la brûle pour y installer des cultures, menaçant ainsi d’extinction nombre d’espèces de plantes et d’animaux. Notre démantèlement ne risquerait-il pas les mêmes conséquences ?

Si vraiment, Jungle de l’Élysée il y a, pourquoi la démanteler et ce, l’annonce déjà faite, dès le printemps prochain, celui de 2017. Nous allons essayer de comprendre.

Voyez-vous, la profusion animalière de la jungle est extrême, comme nous l’a si bien décrit Rudyard Kipling, mais pour le grand public, peu connaisseur, l’Élysée ne serait occupé que par un gentil caniche et les quelques préposés à son service, celui du toilettage, de l’écriture de discours et de la préparation à diverses obligations d’apparat au gré des expositions canines ; attention, gentil caniche aujourd’hui mais, à d’autres époques, il est vrai, roquet rageur et agressif.

Où serait donc là le mal, et la nécessité de démanteler ce qui, au plus, ne serait qu’un chenil ?

Eh bien, justement non ! Car, si sur les pelouses bien entretenues on ne voit trotter que de gentils canidés, la nuit tombée, dans les broussailles et les hautes futaies du grand parc, s’agitent, rampent, feulent, grondent, rugissent et barrissent d’autres espèces plus inquiétantes : crotales venimeux, panthères sournoises, hyènes ricaneuses, loups-cerviers aboyeurs ; vous avez reconnu là le bestiaire de la finance et des privatisations, celui des avionneurs, des pétroliers et des vendeurs d’armement. En avons-nous oublié ? Probablement.

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Pour dire les choses simplement, des caniches sur les pelouses, mais, dans les grands halliers, probablement entrée la nuit par la Grille du Coq, la seule secrète, la crème du profit, de l’évasion fiscale et de la guerre. Une véritable jungle, avec sa loi de la concurrence libre et non faussée.

Si les riverains de la rue du Faubourg Saint-Honoré, derrière les grilles, n’ont pour l’instant émis aucune réclamation, en rien dérangés par les quotidiens et pacifiques roulements de tambour et le bruit des sabots sur le pavé des chevaux de la Garde Républicaine, il n’en va pas de même d’une opinion qui grandit dans le pays : la Jungle de l’Élysée est devenue dangereuse pour l’ensemble du corps social et les numéros de chien savant des locataires officiels apparaissent de plus en plus comme un trompe-l’œil. Pendant qu’à l’arrière-plan, dans l’ombre de la forêt, se règlent les affaires importantes.

Cinglant démenti à l’un des occupants des lieux, le fondateur de la V° République, qui affirmait : « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille ». Entendant par là que les intérêts privés ne sauraient dicter leur loi à la politique d’un État qui se voulait stratège et maître de ses choix. À cette époque, il est vrai, la Grille du Coq était verrouillée au coucher du soleil. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la Seine.

Aujourd’hui, bien au-delà de la question du verrouillage des cadenas de la Grille du Coq, le démantèlement s’impose et, le cours des saisons aidant, arrive à grands pas le temps du nettoyage de printemps. Celui de 2017.

On utilise le terme de nettoyage de printemps, lorsque l’on fait à fond le nettoyage de sa maison. Le printemps est la saison du renouveau. Il faut nettoyer la maison, ouvrir les fenêtres, secouer et les tapis et faire le grand balayage.

Balayage ? Pour le dire en clair, mettre fin à l’Institution Présidentielle qui, derrière le masque du pouvoir d’un seul, a laissé s’organiser le pouvoir réel d’une minorité de prédateurs. Et toujours en clair, instituer une VI° République.

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Reste la question du relogement de toute cette faune. Les défenseurs de la cause animale l’ont posé comme une exigence.

Les grands jardins zoologiques comme celui de Vincennes ou le Tiergarten de Berlin ont décliné toute proposition d’accueil. « Espèces dangereuses, ayant déjà pris le goût du sang et inaptes au séjour en collectivité », ont-ils fait valoir. Leurs vétérinaires auraient recommandé l’euthanasie des prédateurs.

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Le podengo, variété de chien de garenne portugais

Pour le gentil canidé dernier locataire, l’issue s’annonce heureusement moins cruelle. Si la SPA a refusé l’accueil dans un de ses refuges, en dépit pourtant d’un carnet de vaccination bien tenu et parfaitement à jour, la ménagerie Goldman Sachs, célèbre pour son hébergement de chiens savants, nous avons encore en mémoire celui, parfaitement réussi, du petit podengo (chien de garenne portugais) surnommé Barroso, la même ménagerie aurait fait part de son intérêt pour l’expression intelligente et le vif tempérament du petit dutch sheperd (berger hollandais) actuel. Recasé ?

Il semblerait. À la Fondation 30 millions d’Amis, on s’annonce soulagé. Plus rien ne s’oppose, dans ces conditions, au démantèlement.

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Jean Casanova

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4 réponses à “2017 : Démantèlement de la Jungle de l’Élysée

  1.  » La plus féroce des bêtes connait la pitié , je ne la connais pas … je ne suis donc pas une bête « 

  2. Merci pour cette belle lecture buissonnière, truffe en avant.

    Pour voir d’un clic ce qu’il y a « derrière » ou « dans » la forêt touffue, pour voir au delà du « Coq », en pleine « jungle », voir d’un clic la couverture de mon dernier livre Alphagenre, sur ce lien : (plan de quartier)

    http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=51111

  3. EXCELLENT …!!!! et vive le nettoyage de printemps avec une VI° République

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