Petite cartographie du sexisme de et dans l’espace urbain

70119582« En 2010, le temps consacré au travail domestique est de 66% pour les femmes et 34% pour les hommes.

Les femmes réalisent 75% des accompagnements des enfants et des personnes âgées.

54% des femmes renoncent à la pratique du sort après la naissance d’un enfant pour 24% des hommes.

75% des budgets publics destinés aux loisirs des jeunes sont consommés par les garçons.

Les équipements sportifs d’accès libre mis en place dans la ville sont occupés à 95% par les garçons.

Les femmes pratiquent deux fois moins une activité sportive que les hommes. Elles sont deux fois moins à se déplacer en vélo pour leurs trajets quotidiens. Elles utilisent davantage les transports en commun.

Selon le Haut Conseil à l’égalité femmes/hommes, 100% des femmes ont connu au moins une fois une situation de harcèlement sexuel dans les transports en commun.

16% des maires de France élues en 2014 et 8% des présidentes de Conseil Départemental élus en 2015 sont des femmes.

98% des noms de rues, places ou avenues sont attribuée à des hommes. »

Le sexe de la ville ? Yves Raibaud revient sur ces écrivains et poètes qui chantent la ville, une ville au féminin. Il propose de « cartographier les expressions de ce sexisme inscrit dans l’espace urbain » en s’appuyant sur différentes études dont celles menées à Bordeaux.

La ville et ses inégalités, non pas fortuites mais bien systémiques. Les villes faites par et pour les hommes.

Des noms de rue très majoritairement réservées aux « grands hommes », des ponts et des boulevards au masculin, des allées et des impasses au féminin, l’effacement et le déni des femmes dans l’histoire, seuls les hommes défendraient « l’intérêt général » et les femmes uniquement des intérêts particuliers ! – une ritournelle bien connue, y compris dans bien des recherches de sciences sociales…

Des budgets d’équipements pour les loisirs profitant essentiellement aux garçons, des espaces de « culture » masculine ou masculiniste, des espaces cultivant l’homo-sociabilité ou l’entre-soi. Qu’en est-il du développement des activités physiques et sportives des filles ? Qu’en est-il des lieux d’accueils collectifs mixtes ?

L’auteur analyse les usages genrés de l’espace urbain, les espaces et les heures de la journée, l’objet et la durée des déplacements des femmes et hommes, la peur dans la nuit, les zones anxiogènes et les frontières interdites aux femmes, les problèmes d’éclairage, les interdits spatiaux et temporels, les usages différenciés du vélo…

Yves Raibaud souligne le harcèlement de rue, cette culture urbaine machiste, (voir le documentaire de Sofie Peeters : Femmes de la rue), le caractère violent des comportements masculins (il traite notamment de la situation des étudiantes), « Les seuls responsables en sont les hommes harceleurs », l’inquiétude du dernier tramway…

Qui prend les décisions ? Pourquoi les besoins des citoyennes femmes ne sont-elles pas prises en compte, pourquoi leurs paroles sont-elles négligées voir méprisées ? Pourquoi le vivre ensemble femme/homme n’est-il pas abordé ? Pourquoi l’intérêt dit général est-il celui de la seule population masculine ?

L’auteur évoque des pistes pour une ville plus égalitaire à partir d’exemples de politiques déployées à l’étranger, service « Entre 2 arrêts », créneaux spécifiques dans les équipements sportifs, propreté des espaces publics et des commodités, prise en compte des besoins réels pour les horaires des transports en commun (non réductibles aux rythmes travail/domicile), langage « sensible au genre », parité effective dans les lieux de décisions…

Les femmes ont des pratiques spécifiques de la ville « non pas liée à une quelconque nature féminine, mais à un rapport social de sexe qui les désavantage »

L’ordre choisi des présentations et des analyses reste discutable. Il manque des analyses sur l’organisation générale des lieux de vie et des lieux de travail engendrant les multiples transports, les choix d’urbanisation (implantation de logements-commerces-écoles-bureaux, jardins, largeur des trottoirs, accessibilité des transports en commun pour les personnes à mobilité réduite ou se déplaçant avec des poussettes ou des charges, etc.). Mais en l’état, ce petit livre souligne bien la « mixité en trompe-l’oeil » dans l’espace urbain. Des villes pensées et construites par et pour les hommes…

En complément possible :

Dossier Les femmes dans la ville dans axelle 175, une-continuite-despaces-ou-les-hommes-font-valoir-leur-loi/

Travail genre et sociétés n° 33 / 2015 : Le genre, la ville, au-prisme-du-genre-des-usages-de-la-ville-et-des-impacts-de-lausterite/

Marylène Lieber : Genre, violences et espaces publics. La vulnérabilité des femmes en question, rappels-a-lordre-sexue/

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Yves Raibaud : La ville faite par et pour les hommes

Editions Belin – Laboratoire de l’Egalité, Paris 2015, 80 pages, 5,90 euros

Didier Epsztajn

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