Première classe

C’était il y a tout juste 25 ans, en 1991 : la RATP supprimait la première classe dans le métro parisien. La première classe, là où quelques-uns, plus fortunés, fumaient paisiblement la pipe, pendant qu’à l’arrière on s’empilait les uns sur les autres… Il faut dire que depuis 1982, elle avait du plomb dans l’aile : aux heures de pointe, la SNCF avait dû renoncer à empêcher les titulaires d’un billet de seconde classe à monter dans la première. Le 3 juin 1956 – il y a 60 ans – c’est la SNCF qui supprimait sa troisième classe. L’histoire des transports serait-elle celle de la disparition progressive des barrières de classe ?

Le service public des transports a toujours été, au contraire, pensé pour opérer une séparation entre les voyageurs les plus fortunés et les autres. Ou plus exactement pour protéger les premier des seconds. « Lorsqu’on prend un billet de première pour soi et surtout pour les siens, c’est souvent moins pour avoir plus chaud et être mieux assis que pour se soustraire aux inconvénients de tous genres d’un voisinage désagréable » c’est ce que confessait un lecteur du Figaro en… 1861. Aujourd’hui encore, la SNCF persiste. Elle étudie pour les premières classes de nouveaux sièges « pivotables », « plus ergonomiques », qui s’exposent au Palais de Tokyo, et « un repas copieux » en option. Ainsi, les uns profiteront de « plus de sérénité » et d’un « confort optimal » à 35 en moyenne par wagon, lorsque les autres devront continuer à se serrer, à 55 par wagons…

Pire : en y regardant mieux, on s’aperçoit que la SNCF a même su ressusciter la troisième. Pas formellement, non. Mais avec OuiGO, si vous acceptez de prendre le train en lointaine périphérie, de payer tout bagage supplémentaire, d’imprimer vous-mêmes vos titres de transport (il n’y a pas de petits profits !), vous aurez la chance de pouvoir vous offrir des billets « à petits prix » et de vous entasser cette fois non pas à 35 ou à 55, mais à 66 par wagon ! Pas tenté par OuiGo ? Pas de panique : vous pouvez malgré tout vivre l’expérience troisième classe, où l’on voyageait à l’époque souvent debout, dans un train normal. Il suffit de réserver un billet de seconde classe « place assise non garantie » dans un train overbooké  et d’être obligé de passer 3 heures debout entre les toilettes et les portes bagages. Contrairement au métro parisien en 1982, hors de question alors de rejoindre la première classe où – quelle chance ! – la climatisation et la prise électrique fonctionnent, et – surtout – les sièges sont vides. Ne vous avisez pas d’essayer, l’amende sera – au minimum – de 25€.

La SNCF a un argument massue pour privilégier les premières classes : elles sont plus rentables. Il ne faut surtout pas affecter leur confort, ils risqueraient de fuir les trains, préférer l’avion, partir à l’étranger, délocaliser, refuser de payer leurs impôts, se tourner vers des paradis fiscaux… Et oui c’est toujours la même chose, on doit s’entasser en deuxième classe, se serrer la ceinture toute l’année – pour préserver le confort de quelques privilégiés.

A la SNCF comme ailleurs, il est temps d’abolir les classes !

Fabien Marcot, 10 novembre 2016

Publié sur le site Le temps des lilas

http://www.lilas.org/textes/breches/premiere-classe/

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