Fillon et Sens commun

Après la victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, nous nous intéressons au mouvement Sens Commun. Il a choisi, non sans surprise et sans tensions internes d’ailleurs, de soutenir ce candidat et s’en trouve aujourd’hui renforcé. Ce mouvement vise en effet à transformer la mobilisation de La Manif Pour Tous en engagement politique partisan. On montrera ici que Sens Commun reprend les codes et le vocabulaire d’extrême droite pour développer des propositions traditionalistes, conservatrices et ultra-libérales. On a montré ailleurs l’action délétère que peut faire les élu-e-s issu-e-s du petit parti, en particulier au niveau régional1.

Sens Commun aborde ses thématiques avec une approche dite sociétale2

Sur ces points, ce ne sont pas tant les libertés et les droits individuels qui les intéressent que l’homogénéité d’une société composée de personnes ancrées dans un territoire, incarnées et « naturellement » légitimes à perpétuer des traditions et une histoire.

La critique des droits humains est devenue habituelle, surtout lorsqu’il s’agit de dénoncer la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH), sans rien dire de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de notre constitution, ce qui montre un repli anti-européen3

De plus, sur ces mêmes droits humains, Sens Commun y ajoute la très classique critique à l’extrême droite abstrait / concret, droits artificiels / nature charnelle4

C’est donc l’opposition nette à la philosophie des Lumières et aux valeurs républicaines qui est expliquée, lesquelles devraient être remplacées selon eux par le patriotisme. Il écrit ainsi dans un communiqué intitulé « Comment faire aimer la France », en juillet 2015, ceci :

« De fait, nous restons prisonniers d’une vision désincarnée de la France où l’adhésion à des principes abstraits remplace l’attachement qui nous lie à une terre, une histoire, des hommes et un mode de vie. Les valeurs de la République, pour autant que l’on puisse s’accorder sur leur contenu, ne comporteront jamais un degré d’attraction suffisant pour épouser tous les ressorts de la personnalité humaine. Elles s’adressent à la raison et non au coeur, elles dictent une conduite morale mais n’enracinent pas les personnes dans une histoire faite d’aventures, de défaites et de renaissances. Elles ne proposent, enfin, aucune figure de héros qui puisse constituer un modèle à imiter. Pour importantes qu’elles puissent être, les valeurs de la République ne sauraient remplacer la transmission d’un patrimoine culturel et charnel qui nous constitue dans notre identité et nous rassemble dans un même amour partagé.

C’est pourquoi, l’amour de la France constitue le meilleur rempart contre le multiculturalisme qui gangrène la communauté nationale et contre la déculturation qui touche tous les nationaux. Enraciner les gens dans une histoire, c’est les aider à être pleinement ce qu’ils sont, et leur permettre de prendre conscience d’une identité qui n’existe souvent que dans les replis inconscients d’une mémoire collective. »5

Outre le fait qu’il y ait très peu de différences entre Bruno Gollnisch et Sens commun6 on retrouve effectivement exactement les mêmes rhétoriques, le même langage : celui de l’« enracinement », de la remise en cause des valeurs républicaines trop abstraites, d’une identité figée qui nous est donnée (même inconsciente) et qu’il s’agit de faire perdurer, indépendamment des volontés individuelles et collectives.

Et cela se fait finalement toujours au profit de propositions traditionalistes voire identitaires : leur programme qui commence par la politique familiale mentionne évidemment la lutte contre la PMA et la GPA, contre le mariage pour tous, propose plus de flexibilité au travail pour mieux concilier vie familiale et vie professionnelle (alors qu’on sait que pour les femmes, plus de flexibilité rend beaucoup plus difficile cette conciliation !). On retrouvera dans cette même partie de leur programme l’élargissement de l’impôt sur le revenu, la suppression du droit du sol et l’interdiction pour les communes de dépasser 25 % de logements sociaux…

François Fillon, qui a voté régulièrement dans sa carrière politique contre tous les textes progressistes (dépénalisation de l’homosexualité, PACS, mariage pour tous…), qui explique que sa foi lui fait rejeter l’avortement, a donc choisi de s’inscrire dans une vision ultra-libérale et ultra-conservatrice, qui ne manquera pas d’aller à l’encontre des droits des femmes.

Lundi 21 novembre 2016

Droits des femmes contre les extrêmes droites

http://droitsfemmescontreextremesdroites.org/spip.php?article41

3 Le communiqué de Sens Commun à la suite du Brexit insistait surtout sur l’Union Européenne qui ruinent les cultures des pays, et non sur sa dimension économique : « Les responsables des fédérations de Sens Commun réunis en séminaire toute la journée voient dans le Brexit l’illustration des limites d’un projet Européen qui persiste à ignorer les peuples et leur histoire. » http://senscommun.fr/brexit-necessite-den-tirer-bonnes-lecons/

4 Maurice Barrès expliquait par exemple que « la qualité de citoyen, catégorie universelle, politique et juridique, apparaît comme une simple fiction. » (Zeev Sternhell). Bruno Gollnisch ajoutait sur ce même auteur en juillet 2014 : « Pour notre part, au-delà de la puissance et des fulgurances de son oeuvre littéraire, nous retenons du Barrés politique les éléments intemporels qui parlent au coeur de tous les patriotes français, à savoir que notre identité nationale n’est en aucun cas réductible à la seule idéologie des droits de l’homme, abstraite et désincarnée. ». La fondation Polémia de Jean-Yves Le Gallou (Nouvelle Droite et ex-FN) explique exactement la même chose dans ses dictionnaires.

6 La différence entre Sens Commun et l’aile nationale-libérale du FN est quasi-exclusivement stratégique. On peut lire par exemple pour s’en convaincre l’interview croisée de Marion Maréchal-Le Pen (FN) et de Madeleine de Jessey (Sens Commun) dans Famille Chrétienne du 30 mai 2016 ou le débat par tribunes interposées dans FigaroVox, Le Salon Beige et Boulevard Voltaire de Pascal Gannat (FN) et de Sébastien Pilard (Sens Commun) en avril 2016.

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2 réponses à “Fillon et Sens commun

  1. FRETELLIERE Gérard

    Il est erroné de camper Fillon en chrétien traditionaliste. Quand il était maire de Sablé sur Sarthe (1983 – 2001) puis dans ses autres fonctions locales, départementales et régionales, il ne s’est jamais comporté ainsi. Certes, il était un zélé partisan de l’enseignement privé mais c’est assez banal, à droite, dans l’Ouest. Son tournant récent interroge bien qu’il ait marqué son premier passage au gouvernement, dès 1993, d’une empreinte fort droitière à l’enseignement supérieur. J’ai écrit nombre d’articles concernant Fillon dans mon blog.
    Gérard Fretellière – adhérent d’Ensemble ! – élu d’opposition à Sablé de 1989 à 2008 et depuis 2016

  2. Fillon ? Le pire du pire des projets de la nouvelle droite ultra qui tente une contre-révolution conservatrice

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