François ou la guerre sainte

24 au 26 août 1572. Les catholiques parisiens massacrent tous les protestants présents dans la capitale, sans considération d’âge, de sexe ou de rang social. C’est la Saint-Barthélemy. Potentiellement initié par « Les Guise », meneurs du parti catholique, qui veulent venger la mort du duc François, de Guise, chef catholique à l’origine de la première guerre de religion et assassiné dix ans auparavant, cet événement va entraîner un changement complet de la question religieuse en France.

20 au 27 novembre 2016. Les catholiques français se mobilisent massivement pour rendre grâce à François, Fillon, prédicateur de la guerre de religion en France : ce pays « est menacé[e] dans son identité par un ennemi dont le crime est la prière », écrit-il dans son ouvrage « Vaincre le totalitarisme islamique », publié le 29 septembre 2016. Il explique à ses lecteurs, nombreux, qu’il faut comprendre « qu’il ne s’agit plus de terrorisme mais que nous sommes en guerre ». L’homme politique se situe au centre d’un conflit qui oppose l’Occident au « totalitarisme islamique », et précise : « l’Occident est moins haï pour l’oppression qu’il exerce que pour les libertés qu’il propose », et invite fermement à franchir un cap, celui du « redressement moral, spirituel et politique » pour « refonder notre nation ». À ces fins, il explique ses alliances : nous « n’avons pas d’autre choix que de nous retourner vers les Russes et le régime syrien pour éradiquer les forces de l’état islamique ».

Comme François de Guise, François Fillon engage sa foi, qu’il met en avant – anti-avortement, anti-Pacs, homophobe, contre la GPA, familialiste, etc. –, et surtout met en gage sa vie, politique et personnelle. Son engagement donne un sens à sa vie: celui que Dieu et ses ancêtres l’amènent à poursuivre. Comme le duc, l’ancien Premier ministre aspire à être le défenseur des catholiques face à leurs ennemis – respectivement les calvinistes et les musulmans – qu’il associe à des hérétiques, fossoyeurs de liberté, et contre lequel il assume d’être tel un nouvel envoyé de Dieu.

Les transfuges de La Manif Pour Tous, devenus Sens Commun, alliés au sein du « Collectif Horizon », à La Droite forte, aile droite des Républicains, et à l’Uni, mouvement étudiant de droite, l’ont bien compris et depuis longtemps. S’ajoute Civitas, association intégriste catholique d’extrême-droite, qui s’auto-définit comme « lobby catholique traditionaliste ». Leur élu de foi va enfin pourvoir incarner une « droite forte » et représenter « une part voire une majorité du peuple de droite ». Tous y travaillent depuis une vingtaine d’années. Ils incarnent un catholicisme intransigeant, identitaire, exacerbé par les pontificats de Jean Paul II et de Benoît XVI, et portent sur le terrain politique la « nouvelle évangélisation » promue, dans les années 1990, par Jean Paul II. Ils comptent aujourd’hui plus d’une dizaine d’élus politiques dans les régions et autant au niveau départemental, et des réseaux puissants, dont le Salon beige, une blogosphère lancée en 2004 qui a perturbé les discussions autour de la loi Taubira. Leur cheval de bataille : la famille, la sexualité, la déchéance de nationalité et la suppression du droit du sol pour les supposés perturbateurs de la sécurité nationale.

Depuis 2013 et les exubérances des militants de la Manif Pour Tous, ces fanatiques se font moins discrets, sont plus ostentatoires et le revendiquent. Ils développent une stratégie, celle de la guerre sainte. Aujourd’hui, elle se manifeste par des maires des communes de France, affiliés aux Républicains, se revendiquant porte-paroles de leurs administrés, qui prennent un arrêté interdisant la diffusion de la campagne de prévention anti-VIH du gouvernement, sous prétexte que les affiches « troublent et indignent les familles tout en dévalorisant l’image des personnes homosexuelles », sont « contraires aux bonnes mœurs et à la moralité » et « portent atteinte à la dignité au risque de heurter la sensibilité de l’enfance et de la jeunesse ». Demain, va-t-on assister, comme au XVIe siècle en France, ou plus récemment, par exemple, au XXe siècle dans l’Espagne franquiste propulsée par l’Opus Dei, à des délations massives de non catholiques, d’étrangers, d’homosexuels, de femmes libres, à des pogroms institutionnalisés, à des massacres impunis ? Ne nous laissons pas leurrer par la définition de l’ultralibéralisme qui nous est donné en pâture. L’économique a toujours caché le sacré. Ne pas le dénoncer, c’est participer.

Joelle Palmieri, 24 novembre 2016

https://joellepalmieri.wordpress.com/2016/11/24/francois-ou-la-guerre-sainte/

En complément possible :

Fillon et Sens commun : fillon-et-sens-commun/

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2 réponses à “François ou la guerre sainte

  1. l’Opus Dei… Secte… J’ai entendu dire il y a quelques années qu’il y avait des sympathisants dans le gouvernement Juppé.

  2. Parallèle très original .

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