Jazz (novembre 2016) suite

La Bretagne comme si vous y étiez…

visuel-regards-de-breizhDeux compositeurs ou metteurs en images se partagent cet album qui se veut tout autant une ode à la Bretagne, terre de naissance et au jazz, à l’enfance disparue et à la musique de demain sinon d’aujourd’hui. Guy Le Querrec, photographe de jazz bien connu – qui expose -, habille le livret de ses descentes dans les paysages comme les visages pour illustrer une mémoire d’un passé présent tandis que Christophe Rocher met en musique, pour son groupe Nautilis, la même volonté d’une construction mémorielle pour exprimer le présent en l’ouvrant à toutes les perspectives d’avenir.

Un mélange qui ne pouvait qu’ouvrir la porte aux jeux sur les mots et les réminiscences de ces comptines qui fabriquent les madeleines de tout enfant, à commencer par le titre de l’album : « Regards de Breizh », un regard qui se construit aussi par l’écoute.

Une musique qui se veut résolument de notre temps à la fois mélancolique – la mort d’un passé qui laisse quelques traces – et la vision d’un avenir non encore déterminé. La Bretagne comme il faut la voir et l’entendre. Sans oublier les influences de Portal, Sclavis et de beaucoup d’autres. Le jazz comme on l’aime avec sa tradition, sa mémoire toujours bouleversées pour les garder vivantes, pour éviter de les enfermer dans un panthéon.

« Regards de Breizh », Ensemble Nautilis/Christophe Rocher-Guy Le Querrec, Innacor Records

Jeux de rencontres

1474709935781Un groupe qui prend comme nom « Golan » ou « Al Joulan » en arabe fait clairement référence à ces populations syriennes et druzes habitant sur le plateau pour affirmer, quelle que soit l’intention de l’auteur, le bassiste Hubert Dupont en l’occurrence, une volonté de rendre visible ces Palestiniens dont les droits sont, chaque jour, bafoués.

Cette intention ne dit rien de la musique. Hubert Dupont a voulu composer une musique hybride qui tient du jazz pour permettre la créativité des musicien-nes qu’il a choisi et qu’ils l’ont choisi.

Haïfa est une curieuse ville même pour Israël. Les ports sont toujours plus ouverts au monde que les villes de l’intérieur. Celui là a joué un rôle dans la route de la soie qui passait par Samarkand et Boukhara. Le brassage de culture est important, entre ces israélien-nes, palestiniens, druzes… qui se revendiquent de la religion chrétienne pour simplifier. La ville est à l’image de ce Moyen Orient en train de sombrer.

Visiter Haïfa la nuit, comme le propose le compositeur est un enchantement. La nuit surgit les musiques, les rythmes entremêlées de ces cultures cousines qui n’arrivent pas à se reconnaître le jour. Les oppositions deviennent des fantômes incapables de s’imposer. Ils reviendront dés le jour levé…

Ce groupe composé – dans les deux sens du terme – pourrait figurer les rencontres nécessaires, les reconnaissances des autres pour vivre en commun. Hubert Dupond n’a pas cherché à copier la musique de cette Palestine divisée. Il conserve ses relations avec le jazz et les musiques improvisées. Ses improvisations à la contrebasse sont là pour le démontrer. Tout en ouvrant la voie à la mer de ces rythmes et instruments qui sont ceux de cette musique arabo-andalouse reprise et travaillée par les groupes palestiniens comme Al Joubran.

Hubert Dupont retrouve le percussionniste Youssef Hbeisch, vieux complice, qui lui a fait connaître Ahmad Al Khatib, palestinien lui aussi, joueur de Oud pour à la fois s’inscrire dans la tradition et la dépasser pour aller vers un avenir incertain. La flûtiste, franco-syrienne, Naïssam Jalal – qui vient à son tour de signer un album qui évoque l’opposition démocratique en Syrie – apporte sa touche venue à la fois du Conservatoire français et des séjours à Damas, Beyrouth et Le Caire. Elle a été invitée par Matthieu Donarier pour participer à des expériences qui tiennent du jazz libre – il faut entendre le trio de Matthieu, l’un des plus ouverts – où elle a, pour la première fois, joué avec Hubert Dupont. Ce dernier ne l’a pas oubliée pas plus que Matthieu clarinettiste ici pour la référence affirmée au jazz. Zied Zouari, violoniste, est la découverte de cet album. Au total, un groupe soudé et un album réalisé en direct semble-t-il sur les hauteurs du Golan.

Une musique dansante, joyeuse – oui joyeuse – et multiple qui voudrait ouvrir des portes, celles de la reconnaissance de toutes les cultures pour construire l’air de ce 21e siècle qui s’épuise dans les querelles du passé.

« Golan, Al Joulan », vol 1, Hubert Dupont, Ultrack

En concert le 25 janvier 2017 au New Morning.

Nicolas Béniès

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