Les violences faites aux femmes dans les territoires andins du Pérou


Avec l’aimable autorisation du site Presse-toi à gauche (Québec)


arton28841-7754bLe livre « Les femmes et les mines : mémoires d’un parcours de résistance dans les Andes péruviennes » relate la trajectoire des femmes vivant sur les territoires affectés par l’exploitation minière, à travers tous les rebondissements sociaux qu’elles ont traversés durant une trentaine d’années.

En 1982, au terme d’une longue et pénible « marche de sacrifice », des centaines de familles se sont installées dans les rues de la capitale péruvienne pour y revendiquer le droit à une vie digne, dévoilant du même coup la dure réalité des familles vivant dans les campements miniers. Aidées par les membres de l’organisation féministe Filomena Tomaira Pacsi, elles mèneront de courageuses luttes pour prendre leur place, individuellement et collectivement, dans l’amélioration de leurs conditions de vie et de celles de leurs familles.

Ce livre illustre abondamment un grand nombre de violences subies par ces femmes des campements miniers du Pérou :

La violence familiale d’une société machiste : les maris qui battent leurs femmes et leurs enfants, les garçons qui battent leurs mères et leurs sœurs, les femmes qui battent leurs filles ;

La violence sexuelle des maris qui, après avoir noyé leurs frustrations devant les violences subies au travail agressent leurs femmes ; l’exploitation sexuelle de femmes amenées dans les baraquements où sont actuellement entassés les mineurs qui travaillent 14 ou 20 jours de suite depuis qu’il n’y a plus de campements familiaux autour des mines ;

Le mépris dont elles étaient victimes de la part des médecins des mines qui les traitaient comme moins que rien et ne leur donnaient ni l’information sur la santé reproductive ni les moyens de contraception ;

Le machisme des syndicats qui leur refusaient de prendre part aux négociations sur les conditions de vie des mineurs et de leurs familles, et qui ne les appelaient que lors des grèves ou marches pour qu’elles s’occupent des repas collectifs et se placent en avant des cortèges, face aux policiers ;

La violence politique exercée d’une part par Sentier Lumineux qui voulait récupérer le mécontentement des mineurs pour alimenter son action terroriste, et d’autre part par les gouvernements de droite et les commandos para-militaires qui ont assassiné plusieurs femmes engagées dont Consuelo Garcia, la présidente de Filomena ;

Les attaques contre leur santé, particulièrement dommageables aux femmes enceintes et aux enfants, causées par un environnement pollué par les fonderies qui rejettent d’énormes quantités de produits toxiques dans l’air et dans l’eau.

Cependant le livre ne fait pas que décrire ces violences. Il nous montre également la détermination des femmes à prendre leurs vies en mains.

Des féministes de Lima et des coopérantes du Québec, organisées au sein de L’association féministe Filomena, ont soutenu les femmes installées dans la capitale après leur « marche de sacrifice ». Après leur avoir offert de l’aide d’urgence pour organiser les repas collectifs, des classes aux enfants et des soins médicaux, elles les ont aidé à se prendre en mains : cours d’alphabétisation, formations, soutien à des démarches d’autonomie.

Une fois retournées dans les différents campements miniers, les femmes se sont organisées en « comités de ménagères » pour prendre leur place dans la vie des campements et à l’intérieur des syndicats de mineurs afin d’avoir leur mot à dire sur les négociations en vue d’améliorer la vie des mineurs et de leurs familles. Les femmes de Filomena leur ont fourni un appui constant et déterminant, jusqu’à former une organisation nationale des « comités de ménagères ».

La dernière partie du livre décrit la réalité actuelle de ces femmes. La plupart des mines du Pérou ont été privatisées et il n’y a plus de campements pour les familles. Les femmes se sont donc retrouvées isolées dans les villes. Cependant elles ne restent pas inactives. Ce sont maintenant des citoyennes toujours engagées dans l’amélioration des conditions de vie des femmes et des familles. On les retrouve dans des actions de sécurité alimentaire, en santé reproductive, et dans toutes les actions de protection de la « terre-mère ». Toujours aidées de Filomena, elles luttent contre les dégâts des industries extractivistes qui détruisent les terres et polluent l’air et l’eau, ainsi que dans des projets de sensibilisation des jeunes à la protection de l’environnement.

Les récits contenus dans ce livre nous montrent une réalité qui n’est pas unique. Ils témoignent de violences subies universellement par les femmes, et de certaines formes de violence plus spécifiques à la réalité des territoires exploités par des compagnies qui cherchent à exploiter au maximum les ressources naturelles d’un pays – que ce soit en Amérique du Nord ou du Sud, en Afrique, en Asie. Les témoignages des luttes menées par les femmes pour résister à ces violences ressemblent à ceux que l’on entend partout dans le monde. C’est par la solidarité, la détermination et le courage que les femmes arrivent à rompre les chaines de ces agressions multiples et bâtissent un monde plus respectueux de la vie et de l’environnement.

Patricia Amat y León : Les femmes et les mines : mémoires d’un parcours de résistance dans les Andes péruviennes

Filomena Tomaira Pacsi (Services à la femme des mines), 204 pages

Françoise Roinsol

Québec, le 28 novembre 2016

Pour vous procurer le livre (20$) : filomena.qbc@gmail.com

http://www.pressegauche.org/spip.php?article28841

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