Crime et châtiment

 

(Palais de l’Élysée – 55, avenue du Faubourg Saint-Honoré – Paris 8°, Ier Décembre 2016)

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Nous ne vous parlerons pas aujourd’hui de Raskolnikov, le sombre héros, criminel et tourmenté de Dostoïevski.

Mais d’un autre, tout aussi tourmenté, mais plus contemporain, celui dont la presse hésite encore aujourd’hui à qualifier sa dernière apparition : Massacre du Temple Solaire, ou Naufrage du Titanic ; le grotesque le disputant au tragique.

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Celui dont nous voulons vous parler est l’auteur de sa propre épitaphe.

(Une épitaphe, du grec, epi, sur, et taphos, tombe, est une inscription funéraire placée sur une pierre tombale. En français moderne, ce genre littéraire débute souvent par « ci-gît » ou « ici repose… »)

Les discours d’adieu sont toujours les plus émouvants et il semblerait que ceux de cette fin d’année ne dérogent pas à la règle. Celui du Ier Décembre, tout particulièrement. À 20 heures, ce jour-là, nous en étions alarmés quelques instants auparavant, le maître des horloges allait parler.

Il parla. Bien sûr, le Moineau de Tulle n’est pas l’Aigle de Meaux, et son art de l’oraison funèbre n’atteint pas celui de Bossuet. Mais tout y était pourtant.

La hauteur, la gravité et les trémolos dans la voix, les yeux, ces miroirs de l’âme, battus et mouillés, jusqu’à cette inflexion si caractéristique des paupières signifiant l’abattement et qu’adoptent volontiers les clowns tristes. L’auteur de la célèbre anaphore « Moi, Président… » était venu nous dire « Moi, plus Président ! »

Acculé de toutes parts par les hommes et les circonstances à ne plus pouvoir invoquer sa majestas, il ne lui restait plus que les registres de la dignitas et de la gravitas. Amen.

Sévère punition. C’était celle de la trahison et de l’intelligence avec l’ennemi.

Deux chefs d’État en France ont comparu pour rendre compte d’une telle accusation :

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– Louis XVI, le 11 Décembre 1792, à la suite de la découverte des documents compromettants de « l’armoire de fer » établissant l’intelligence avec les puissances étrangères coalisées et l’armée des émigrés. Bertrand Barère, le président de la Convention, l’accueillit de ces mots lorsqu’il fit son entrée dans la salle de la Convention, notre Assemblée Nationale d’aujourd’hui : « Louis Capet, la Nation Française vous accuse. Nous allons vous lire l’acte énonciatif des délits qui vous sont imputés. Vous pouvez vous asseoir… »

 Le Maréchal Philippe Pétain, le 23 Juillet 1945, ramené de sa fuite en Allemagne, à Sigmaringen. Le Procureur Général Mornet lui lut l’acte d’accusation conclu en ces termes : « Philippe Pétain, vous êtes accusé de trahison des institutions républicaines et d’intelligence avec l’ennemi. »

Dans les deux cas, le jugement rendu, la sentence fut la mort.

Période heureusement plus indulgente et débonnaire, la sentence d’aujourd’hui ne fut que l’empêchement d’à nouveau postuler, et c’est l’accusé lui-même qui la prononça. Pourtant, l’incrimination, trahison et intelligence avec l’ennemi, demeure. Seuls ont changé le contexte et les circonstances.

Puisque châtiment il y a eu, prenons connaissance de l’acte d’accusation :

– Signature à peine élu d’un pacte européen d’austérité en dépit de la promesse faite au peuple de sa renégociation, signature sans en modifier la moindre virgule.

– Engagement forcené dans l’atlantisme et les tentatives clandestines jusqu’au bout de l’instauration du libre-échangisme le plus échevelé, celui du TAFTA et du CETA.

– La France, laïque et républicaine, engagée au Moyen-Orient, aux côtés des féodaux intégristes les plus obscurantistes, ceux de l’Arabie Saoudite et des Émirats. À leurs côtés, et comme marchand d’armes, des opérations militaires jusqu’à la surchauffe.

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– La France, pays des Droits de l’Homme, avec l’empilement de lois sécuritaires faussement censées lutter contre le terrorisme, lui-même alimenté en grande partie par les apôtres du wahabisme saoudien et qatari.

– la France, pays du droit d’asile, hermétique aux migrants réfugiés et à Edgar Snowden persécuté politique. Leonarda ? Oui, mais sans ses parents.

– La France, république une et indivisible, avec la tentative éhontée de la déchéance de nationalité applicable aux binationaux et à eux seuls.

– La France, république sociale, avec le basculement de 60 milliards d’euros des ménages, couches moyennes et populaires, vers la finance et le patronat ; l’augmentation de la TVA, l’impôt sur les pauvres ; l’allongement de la durée de cotisation pour la retraite ; une Loi Travail élaborée secrètement d’après les doléances de l’ennemi, le monde de la finance, et passée en force, sans l’assentiment de la représentation nationale…

La liste est encore longue et le tribunal de l’Histoire se chargera de l’examiner.

Soumis à la torture du remords, notre Raskolnikov n’a donné qu’un nom, le sien. Ses principaux complices se tiennent encore dans l’ombre, attendant leur heure. Débarrassés de leur encombrant chef de file, désormais bouc émissaire, le champ est maintenant libre pour eux pour prétendre. Le roi mis au pilori, on redistribue les cartes et les rôles.

Jean Casanova

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