Lettre aux hommes que j’aime (et qui me le rendent bien)


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Cette lettre je l’adresse à tous les hommes qui sont dans ma vie, à un degré ou un autre.

Vous me faites du mal.

Pas souvent, mais parfois.

Et je vais vous expliquer pourquoi.

Vous me faites du mal parce que vous n’êtes pas des femmes et que chacun d’entre vous, au moins une fois, vous vous êtes permis de me dire comment je devrais être en tant que femme ou en tant que féministe. Et si ce ne fut pas le cas, vous avez devant moi critiqué des femmes pour des choses insensées.

Vous êtes sexistes.

Je le dis d’autant plus facilement puisque je considère que je le suis moi-même, sexiste.

Nous vivons dans un système patriarcal infusant de l’inégalité à tous les niveaux depuis notre naissance : nous avons des réflexes sexistes quotidiens.

 

Vous critiquez le physique des femmes : et oui c’est problématique parce que notre société semble n’attendre de celles-ci qu’une chose : qu’elles soient sexy et désirables aux yeux des hommes. Vous entretenez ce processus.

Comme vous m’aimez, vous « acceptez » (or cela ne vous concerne pas et je n’ai pas à avoir votre aval) que je sois féministe, à partir du moment où je ne deviens pas « radicale ». Ce dernier terme ayant un curseur bien différent selon qui vous êtes. Mais j’ai bien compris : ce qui vous pose problème, c’est le moment où je commence à déranger votre confort personnel d’hommes.

Vous me faites du mal parce que pour certains d’entre vous, vous cherchez « la petite bête », le moment où dans le flot quotidien de ce que j’exprime sur le féminisme, je déraperai sur un mot, un chiffre, etc. et j’ai beau être très vigilante, je ne suis pas exempte du fait que cela puisse m’arriver. Or là, BIM, c’est comme si l’ensemble de mes propos était remis en question.

Vous me faites du mal parce que vous vous permettez de me dire « il faut », « tu dois », quand je ne vous ai rien demandé. Vous êtes paternalistes. Je vous demande souvent conseil, mais quand ce n’est pas le cas, considérez que cela ne vous concerne pas.

Vous me faites du mal parce que vous discutez de mon féminisme, du féminisme de la voisine, de la féminité, alors que par nature, vous n’êtes pas experts de ces questions. Mais vous voulez vous imposer. Parce qu’on vous a appris à faire ainsi. Mais là encore, ça ne va pas et c’est épuisant.

Vous me faites du mal parce que vous faites des blagues salaces sur les femmes et que cela me met très mal à l’aise. Et quand je vous le dis, vous continuez, comme une sorte de provocation-connivence, entre potes. Et bien non, ça ne me fait pas rire.

Vous me faites du mal parce que vous vous enflammez et vous vous fâchez lorsque je vous dis : « Là tu as fait une remarque sexiste ». Au lieu de l’entendre, d’en prendre connaissance, d’essayer de comprendre pour éviter de le reproduire, non, vous préférez vous disputer avec moi, et nier le fait. Alors que je ne vous en veux pas. Puisque cela m’arrive aussi, cela nous arrive à tous et toutes. Mais vous, vous préférez rentrer dans le conflit plutôt qu’accepter. Et je déteste me disputer avec vous. Ça me mine pendant des heures.

Vous me faites du mal parce que lorsque je me plains d’un comportement anormal d’un homme envers moi, vous me dites : « oui, d’accord, mais c’est pas bien grave quand même »… C’est la victime qui estime la gravité du préjudice subi, par celui qui se retrouve être l’oreille de la confidence.

Vous me faites du mal parce que vous choisissez la solidarité masculine Pour être tranquilles. Avoir « la paix ». Mais moi je ne l’ai jamais la paix. Je ne peux pas la choisir la paix.

Vous me faites du mal quand vous remettez en cause ne serait-ce qu’un seul point concernant l’avortement. Parce que jamais vous ne vivrez avec cette angoisse de tomber enceinte, jamais vous ne vivrez avec cette terreur des journées qui passent et vous rapprochent de l’illégalité, jamais vous ne vivrez avec la culpabilité institutionnelle qui même lorsque vous êtes très claire sur la question vous titille à un moment ou un autre, jamais vous ne saurez ce que c’est qu’être nue sur une table d’opération en claquant des dents et vous vidant de toutes les larmes de votre corps parce que vous avez beau êtes forte et féministe et pro-IVG d’aussi loin qu’il vous en souvienne, ben y a un gynéco qui vous a collé un monitoring sur le ventre quelques jours plus tôt, histoire de, quoi… Et qu’un autre vous a dit : « Madame on ne pratique pas ça ici ». Vous renvoyant à ce que l’on voudrait que vous ressentiez : la honte d’être une femme.

Vous me faites du mal parce que vous m’en demandez plus qu’à aucun homme.

Je vous aime très fort. Je tente en permanence de ne pas vous blesser, d’être bienveillante, et lorsque je suis en désaccord avec vous, je prends toutes les précautions possibles pour que vous n’interprétiez pas mal mon propos, que vous ne vous sentiez pas agressés.  

Mais certains jours je ne vous supporte plus.

Parce que je vis un numéro d’équilibriste permanent.

Entre l’amour que je vous porte et le respect que je me dois et que je dois à toutes les femmes.

Je ne vous demande rien. Que de m’écouter un tout petit peu, aujourd’hui, sans vous vexer, sans mal prendre, sans vous sentir mis en accusation.

Ce sera la meilleure preuve de votre amour, de votre affection, de votre amitié.

 

Texte et dessin : Marie Gloris Bardiaux-Vaïente

http://mgbvfeminisme.tumblr.com

https://www.facebook.com/notesdintentionsfeministes

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3 réponses à “Lettre aux hommes que j’aime (et qui me le rendent bien)

  1. Merci pour ce joli texte. J’ai beaucoup apprécié sa douceur modérée, cet appel à l’écoute. Aussi ne voyez pas une remise en question de vos propos dans ce que je vais dire mais un appel aussi à entendre quelque chose de différent. Le féminisme n’est pas non plus très simple à vivre pour les hommes. Beaucoup essayent de bien faire, plus ou moins maladroitement, avec de bonnes intentions. Le moindre regard, le moindre geste, la moindre parole peut devenir sujet d’interprétation. Nous vivons dans un monde d’équilibriste où pas une femme ne souhaite être traitée de la même manière. Nous avons peur de mal faire, souvent, Cela devient difficile d’avoir un avis, de discuter, de raisonner car il n’y a pas de solution adaptée à tous et toutes mais que la souffrance, elle, est présente. Nous vivons avec la peur de blesser et la colère parfois de ressentir que quelques soient nos efforts il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Je dirais que dans l’amitié entre homme il y a aussi un côté rude, « à prendre ou à laisser » où on s’égratigne, on « s’en met plein la tête » mais cette communication est difficile avec une femme. Alors l’homme se retrouve impuissant à bien faire et fini par partir du constat désabusé que puisqu’aucune solution ne semble bonne autant rester soi et ne pas faire d’effort : « à prendre ou à laisser ». Vivre dans un monde permanent de reproche aussi est difficile. Cette violence douce que vous décrivez nous la connaissons aussi, sous la forme d’une accusation muette perpétuelle, et comme je crois que comme l’homme réponds facilement à la violence par la violence le refus d’écoute, la provocation du discours que vous pouvez ressentir proviens parfois, simplement, d’un sentiment d’impuissance.

    Respectueusement.

  2. Hello,
    Je suis un homme, j’ai pris conscience du sexisme du patriarcat et de mon propre comportement il y a un an.
    Après avoir été dégouté de moi même, j’essaye d’être de plus en plus bienveillant envers les femmes, principalement en la fermant et en les écoutant.
    Je ne sais pas à quel point j’y arriverais, j’espère le plus loin possible…

    Courage et continue !

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