Collectif/personnel, les Caen/Abel du bourgeois

Il y a Ken Loach, ses films, ses analyses et commentaires sur le lien entre réalité et politique. Il y a mon dentiste qui considère que l’État ne sert à rien d’autre que « tirer du pognon aux gens », pour mieux ne rien faire. Il y a la copine cadre supérieure d’un ami qui énonce à qui veut l’entendre que Macron a une très bonne vision et que cela ne s’explique pas, que c’est sûr. Il y a la mère bourgeoise d’une copine qui considère que garder les richesses au sein de la famille ne se discute pas, qu’il s’agit de consanguinité et que tout écart est amoral. Il y a la fille post-ado d’une collègue qui se sent désemparée et démunie par la découverte de la précarisation soudaine et accélérée d’une certaine catégorie de personnes. Il y a le psychologue du chef-lieu de mon département qui entend faire de la prévention aux violences faites aux femmes en leur dissipant des formations portant sur l’estime de soi, car si chaque femme avait confiance en elle, elle ne se laisserait pas maltraiter.

Et il y a moi, anéantie de constater l’accélération, la surenchère et l’excès de dépolitisation générale.

L’individualisation/personnalisation des actes vient de plus en plus souvent, de plus en plus vite et de plus en plus fort remplacer le collectif. La décontextualisation des décisions au plus haut niveau – état d’urgence, loi travail,… – ou à l’échelle des personnes qui gèrent les ménages ici ou ailleurs – une très grande majorité de femmes – gestion de la pénurie à la volée, veille permanente contre les violences sexistes, racistes, homophobes… –, ne fait que rivaliser avec l’oblitération de l’histoire. La délégitimation des luttes, de leur existence, de leur valeur, de ce qu’elles représentent, m’apparaît alors comme l’exact révélateur d’un travail de longue haleine de groupes de riches arrivistes, seigneurs féodaux, s’octroyant tous les droits et en particulier celui d’infiltrer les milieux politiques et médiatiques. Les situations états-uniennes et européennes en sont de bonnes représentations. Aujourd’hui à découvert, désinhibés, ces aristocrates de la politique entendent, comme la mère de ma copine, ramener le commun au personnel, humilier au quotidien ou éliminer, le rebelle, le penseur, le contradicteur, pour mieux le juger moralement et juridiquement. Adama Traoré et sa fratrie, Jacqueline Sauvage… et, un peu avant eux Malik Oussekine, en savent quelque chose. Ce système de caste, au service du capitalisme mondialisé occidentalisé, nourrit intrinsèquement des relations humaines perverses, afin d’assurer son existence. Il les pollue d’informations contradictoires pour mieux maintenir son assise. Il investit les lieux du quotidien – l’éducation, la santé, l’économie, la presse, etc. – afin de mieux convaincre du bon droit de ceux qui l’entretiennent. Renverser ce système – quelle idée ? – nous permettrait de connaître la justice pour tous et d’exercer librement notre sens critique. Qu’est-ce qu’on attend ?

Joelle Palmieri, 8 décembre 2016

https://joellepalmieri.wordpress.com/2016/12/08/collectifpersonnel-les-caenabel-du-bourgeois/

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