Et la roue éclata au beau milieu de son sourire

grichka-652x1024Dès le premier chapitre, « Dans le regard d’une inconnue », la/le lectrice/lecteur devine derrière le choix des mots, les rythmes des phrases, la singularité de ce récit à plusieurs voix. « Sur le mur, au fond de la salle de classe, Simone Lagrange nous regarde. Elle nous attends. Il n’y a pas de pourquoi. Il n’y a pas de comment. Parce que. Simplement parce que. Et nous savons que quelque chose est en train de se passer ». Simone Lagrange professeure de français, enseignante de mots, « revenue des camps d’Auschwitz-Birbenau en septembre 1945, la petite fille de treize ans enfin rentrée chez elle »… Non linéarité du temps, présent et passé, demain… « J’ai éteint le projecteur et ouvert les rideaux. Grichka est resté ».

Des personnes, des voix, des mots et en contrepoint un choeur, renvoyant à une forme littéraire particulière.

Grichka, le sans-voix, la parole bloquée, retenue dans sa gorge, « Ce bruit à l’intérieur de toi ». Les mots emmêlés, disloqués, en retard, toujours trop tard.

Le garçon et sa famille, ce que la mère et le père disent, Grichka et le mal de vivre, Babou la grand-mère, « Je m’appelle Evguénia Ivanova et moi aussi j’ai voulu mourir ».

Les autres, éphémères ou présent-e-s.

Les ruptures, les regards, un adolescent aux yeux trop clairs. Un regard qui entre dans les yeux de Babou, une plongée dans les yeux sans fond, la lecture « d’une histoire ancienne où l’effroi et le couteau tentaient de se répondre »

Natalia, un dé unique souvenir, « un petit jouet repris dans le poing d’un assassin »… Siegfried, « ta pauvre haine, ta sale besogne »…

La violence et les mots pour le dire, se souvenir et s’échapper du temps qui nous enferme, qui fait semblant de passer doucement, « laisser rentrer les oiseaux »…

Les mots et les regards, « il ne me regarde jamais, la découverte de l’amour, « aujourd’hui il dira non aux silences qui s’ouvrent comme des plaies, non aux mots qui fardent les chagrins », l’étrange dans les yeux, les mots et le théâtre, Caligula, « c’est sur scène que tout commence, que tout recommence ».

Ce n’est pas tout… Vous n’avez encore rien vu… Ce n’est pas rien…

Laure des Accords : Grichka

Editions Verdier, Lagrasse 2016, 124 pages, 13 euros

Didier Epsztajn

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