Le réel, parfois, nous oblige à rêver pour ne pas nous atterrer

arton764-7e50aUn petit livre réjouissant sur l’enseignement, la connaissance, les capacités des enfants dans un contexte de ségrégation sociale, de manques de moyens, de dénigrement du service public.

Véronique Decker parle de ses expériences, de jeune institutrice à celles de directrice dans cette banlieue souvent décrite comme une « zone ».

« A part sa localisation au pied des tours et au cœur des problèmes, notre école présente l’intérêt d’être une école « Freinet » où, dans le respect des règles du service public, nous pratiquons une pédagogie active, fondée sur la coopération ».

L’auteure insiste, entre autres, sur la sincérité, le dire franc, le respect des enfants, « Présenter ses excuses à un élève est au contraire gage de relation honnête », la nécessaire humanité de la gestion des situations difficiles, le respect dû à chacun-e…

Je souligne l’humour de Véronique Decker, ces petites phrases qui permettent de saisir l’épaisseur des situations, les prénoms facétieux, le saperlipopette comme gros mot suprême, les drailles (chemins de transhumance), les poux, les moments « champagne », la pédagogie de la gaufre, le débordement du cadre du système nerveux d’un-e enseignant-e, celles et ceux qui font cuire leurs pommes de terre en bâtonnets dans du gras de boeuf…

Des adultes et des enfants, le refus du « on » et la place du je, « je te parle » qui permet à l’enfant de répondre ; le travail d’enseignant-e, « Le challenge était de donner le goût de lire, la compréhension des codes de l’écrit, des repères pour comprendre ce nouveau monde… »…

L’auteure analyse ces complexes gigantesques à la mode stalino-gaullienne, les cours de récréation carcérales, l’interactivité réduite à la connectique, la problématisation des multiples « nationalités », les faux savoirs, les interdictions faites aux êtres humains de circuler, le statut d’immigré collant aux générations nées sur le territoire de l’Etat français, la bureaucratie et l’accueil d’enfants étranger-e-s, les « cahiers de vie », les violences et les signalements, le racisme, « le racisme tue, la misère assassine » et « l’indifférence est leur complice », les assignations à résidence dans des grands « ensembles, les discours insupportables sur les habitant-e-s des banlieues, les regards coloniaux, le mérite comme inverse de « l’acquis social partagé », la retraite qui ne cesse de s’éloigner…

Des portraits aussi d’enfants, irréductibles aux classifications et aux apparences, les enfants roms particulièrement stigmatisé-e-s, la puissance de vie comme moteur des apprentissages, les classe transplantées, les rôles de l’expérimentation ou de l’exploration, « une petite république d’enfants », Zyed et Bouna…

Les enseignant-e-s, l’expérience d’une longue grève reconductible, les assemblées générales (AG) et les déléguées, le conseil des élèves, la dictée comme instrument de sélection ou outil de soumission, la sanction comme atteinte à la dignité, les solidarités, les attaques contre le service public, les abandons qui « n’ont pas encore fini de nous éclabousser »…

Les collectifs, le faire ensemble, la coopération, la pédagogie Freinet, « Nous pensons que la démocratie de demain se construit dès la maternelle, en formant des personnes capables d’empathie, de créativité, de réflexion et d’engagement », être debout et pas seulement la nuit.

Véronique Decker : Trop classe !

Enseigner dans le 9-3

Libertalia, Paris 2016, 130 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

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