Christine au prétoire

(Siège de la Cour de Justice de la République – 21, rue de Constantine – Paris 7°, 21 Décembre 2016)

8032134041972-0-0-300-80

Peu d’entre nous ont eu l’occasion d’admirer Jeanne au bûcher, le grand oratorio mystique d’Arthur Honegger porté par le souffle poétique de Paul Claudel. L’œuvre nous fait vivre les derniers instants de la Pucelle d’Orléans avant la montée au bûcher.

En 1954, le grand Rossellini la reprenait dans Giovanna d’Arco al rogo, avec Ingrid Bergman dans le rôle de Giovanna.

Le parallèle était tentant d’avec les affres d’une autre pucelle, d’aujourd’hui celle-là, dans l’œuvre tragique de Christine au prétoire.

Christine, elle aussi Pucelle, tour à tour, non pas de Domrémy, mais de Neuilly, de Bercy et du FMI, traînée au Tribunal sous la lourde inculpation de négligence et de ses conséquences pour l’argent public, le départ en fumée de quelques 400 millions de ducats, au profit d’un savetier nommé Bernard.

Comment s’était nouée cette tragique intrigue ? Nous allons tenter de vous en brosser les grandes lignes tirées de cette fresque lyrique.

Christine était née à Neuilly en 1956 de parents modestes cultivateurs, comme il en existait encore beaucoup à cette époque dans cette petite bourgade du Bassin Parisien.

Jeune adolescente réputée pour sa probité et son sens du bien commun, elle s’était vue très tôt confier la tenue du denier du culte de la paroisse. C’est ainsi qu’humble bergère, elle avait prit l’habitude de garder les millions.

L’avènement au trône de France du Roi Nicolas plusieurs années plus tard, la surprenait outre-Atlantique, où elle était allée poursuivre son beau métier, celui de garder les millions. Non plus dans les riantes prairies des alentours de Neuilly, mais dans le vaste ranch des frères Baker and Mackenzie, avocats d’affaires spécialisés dans la finance à Wall Street.

Le Roi Nicolas qui l’appelait affectueusement Lagarde des Millions, la voulut alors à ses côtés pour administrer le riche royaume de France. Il lui dit gentiment, mais fermement : « Christine, enfant de Neuilly, je te veux à Bercy, car là aussi il y a millions à garder. »

Christine quitta le ranch Baker et Mackenzie et gagna par avion la ville de Bercy. Elle fut dès lors dénommée la Pucelle de Bercy.

Une lourde et secrète dette d’honneur liait, on l’apprit plus tard, le Roi Nicolas à un certain Bernard, roturier de basse extraction, fort en gueule, mi-apache mi-saltimbanque, et qui avait autrefois exercé la profession de savetier sportif dans une petite échoppe Adidas de la rue Quinquampoix.

(Ce nom d’Adidas était destiné à honorer le fondateur de l’ancienne boutique, un certain Adolf DasslerAdi, diminutif d’Adolf, y était contracté avec le Das de Dassler.)

Le Roi Nicolas s’estimait débiteur envers Nanard, l’acrobate des planches. On disait que justement ce dernier avait traîtreusement savonné celle, la planche, de Ségolène, une courtisane qui avait longtemps disputé la prééminence à Nicolas. Et Nicolas tenait à l’en remercier généreusement. « Dette d’honneur doit toujours être honorée » avait dit Nicolas à Christine.

« Puisque tu gardes le jour les millions, tu en distrairas, à la tombée de la nuit, quelques-uns à la destination de la bergerie de notre ancien savetier. Je ne veux pas le laisser dans le préjudice moral ». Ainsi s’était exprimé le Roi Nicolas, d’autant plus généreux que le cheptel faisait partie du bien public. Et en fait de « quelques-uns », le troupeau comptait près de de 430 têtes.

Christine, en probité, bien que le grossier Bernard ne fut pas sa tasse de thé, mit tout en œuvre pour un juste retour d’un troupeau de millions à sa bergerie de la Rue des Saints-Pères, 430 têtes ne pouvant trouver place sur le pont de son bateau Phocea. C’était là le conseil avisé et d’expérience de Maitre Panurge qui le tenait de François Rabelais.

(« Panurge sans aultre chose dire, jette en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les aultres moutons criants et bellant en pareille intonation commencèrent alors à sauter en mer. La foulle était à qui premier saulterait après leur compaignon. » François Rabelais.)

Après l’abdication et l’exil en Colombie du Roi Nicolas, Christine avait à nouveau trouvé gardiennage de millions, cette fois au FMI. Le surnom de Pucelle du FMI lui fut donné et ceci, en tout honneur, car son prédécesseur, chassé depuis, avait laissé derrière lui une sulfureuse réputation, celle d’un satyre lubrique et dégueulasse.

On nous rejouait, à guichets fermés, une fois de plus, Blanches colombes et vilains messieurs.

Quand, après l’exil du Roi Nicolas, le nouveau Parlement de France, en ses inquisitions menées par l’Évêque Cauchon, eut vent par de souterraines dénonciations destinées à ternir l’honneur et la mémoire de Nicolas, d’une escroquerie en bande organisée, et qu’en la bande on reconnut un certain Richard, maître-chien qui secondait Sainte Christine dans les prairies de Bercy, Christine, déliée du serment du FMI à son égard, dut rentrer à Paris pour comparaître.

arton14340-982eb

Son angoisse était grande car, par tout le Royaume enfiévré la polémique enflait.l commençait à se dire que la Pucelle était une Sorcière. À Rouen, sinistre présage, on commençait, Place du Marché, à dresser des fagots. Pour l’audience au prétoire on la voulait comparaître dans une robe de bure empesée de poix, celle des hérétiques promises au bûcher.

Heureusement, dans sa grande miséricorde, le Seigneur en voulut autrement. Sainte Christine fit face. La noblesse de son attitude à la barre, son passé de Pucelle à Lagarde des Millions, peut-être également les prières et les ex-voto dans les églises de Grèce et du Portugal, pays dont elle avait grandement soulagé la misère du peuple, tout ceci inclina les juges à la clémence.

On parla de négligence. C’était déjà, plus qu’une offense, une lourde condamnation pour Sainte Christine dont la tenue, la coiffure, le vêtement et la joaillure avaient toute sa vie attesté de la plus grande distinction.

Finalement, on s’en tint là. L’arrêt fut rendu de négligence et peine non requise. Les troupeaux rentrèrent à la bergerie. Les cris à la Sorcière s’apaisèrent. Les fagots de Rouen rejoignirent les provisions à bois des pizzaiolos ambulants. La grande émotion populaire était éteinte. Nanard, prudent, se tint coi.
imagesSeule obligation, du 
prétoire, on ramena Sainte Christine au boudoir, la petite pièce attenante à la chambre à coucher et dédiée à l’intimité féminine. Elle y poursuivait ce soir la lecture de Dialogues destinés à l’éducation des jeunes demoiselles, extrait de La Philosophie dans le boudoir, du divin Marquis de Sade.

Jean Casanova

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s