Rattrapage 2016 (encore) sur quelques cd de Jazz

La bande à (et de) Bonnot.

1479379250051Laurent Bonnot, bassiste électrique de cette Fender Bass (du nom de son inventeur, dans les années 1950 utilisée pour une des premières fois par Monk Montgomery), a réuni, autour d’un rêve d’ermite, quelques figures du jazz français pour les faire se dialoguer. Il s’est réservé un double rôle, compositions (sauf une de Pierre Perchaud) et assise rythmique pour indiquer les métriques qu’il juge nécessaires. Il prend, ce faisant, la place du batteur qui disparaît.

Cette basse se fait entendre et fort dans toues les musiques de notre air du temps. Cette basse s’est imposée à partir de James Brown et de Sly pour couvrir toute la musique qu’elle soit électronique ou non.

Il fallait lui donner une place plus singulière et plus modeste pour la faire revivre, montrer qu’elle vaut mieux que sa réputation. Un pari réussi. Il faut que la troupe ne s’en laisse pas conter. Serge Lazarevitch à la guitare, un de ces guitaristes électriques qu’il faut savoir écouter tellement franc-tireur qu’il a du mal à se faire reconnaître mais d’une maîtrise étonnante capable de s’y retrouver dans toutes les ambiances, Laurent Dehors, clarinette et clarinette basse, retrouvant toutes les mémoires du jazz pour les dérouter et Médéric Collignon, à la trompette, au bugle et au scat – sur une après midi, en duo avec le bassiste pour un voyage sidérant comme souvent.

« Hermit’s Dream » interroge. A quoi peut bien rêver un ermite ? Si l’on en croit les titres on répondra qu’il fait partie, cet ermite, d’un clan des hirsutes qui se regardent en chien de faïence pour construire un nouvel âge – le monde en a besoin – avant de formuler une dernière requête une après midi (d’un faune sans doute, en forme de Collignon) où se font voir les belles-flânantes qui chantent une ballade pour tout le monde.

Traduction libre : des musiques et des métriques étranges pour faire surgir un nouveau paysage provenant de notre imagination libérée. Laurent Bonnot sait faire chanter sa basse, soudain légère et lumineuse. Musiques hermétiques au départ, elles supposent plusieurs écoutes pour en percer le mystère…

« Hermit’s dream », Laurent Bonnot, Label La Durance distribué par Orkhêstra International.

Échos du 20e siècle.

image-phpLe 4 décembre 1999 – un quasi anniversaire – se retrouvaient sur la scène du jazz club de Neuburg – en Allemagne – le « Birdland », Lee Konitz, saxophone alto comme toujours et Kenny Wheeler, trompette et bugle (flugelhorn sonne mieux) pour un échange en forme de mémoires. L’un arpente le monde de Lennie Tristano (Lennie’s, une des compositions de Lee Konitz), l’autre celui de la scène britannique des années 60 et d’Anthony Braxton pour se libérer de tout le poids du passé et pénétrer de plein pied dans le 21e siècle. Saxophoniste et trompettiste savent que le dialogue produit des étincelles. Surtout à ce niveau. « Olden Times » est le titre choisi par les producteurs, une composition de Kenny Wheeler, qui résument à la fois le projet – un solo du trompettiste faire écho à des compositions multiples, presque un quiz – et le temps qu’il a fallu pour faire paraître cet album.

Lee et Kenny ont l’habitude d’aller voir ailleurs si le jazz y est encore. Pour ce faire, ils n’ont pas craint d’emprunter des voies tracées par le pianiste, Frank Wunsch, ou du bassiste, Gunnar Pfümer, responsables d’une composition chacun. Pour un quartet de circonstance, l’interaction entre les quatre protagonistes tient du livre des records.

Lorsque l’enregistrement a été réalisé ni les musiciens, ni les producteurs n’étaient contents du résultat indiquent les notes de pochette. Il était donc resté inédit. Pour quelle raison 17 ans plus tard le publier ? Un souvenir, un regret ? Heureusement pour nous. L’intrigue qui se noue intéresse, provoque du plaisir tellement qu’on pourrait croire qu’il est de demain.

Quelque chose s’est passé ce jour là. Comme souvent le club permet de laisser libre la créativité. Il faut dire aussi que les producteurs ont revu l’ordre des morceaux et se sont servis de la technologie d’aujourd’hui pour rendre audible le saxophone de Lee qui se moquait des micros pour déambuler sur la scène. Ne ratez pas cette fausse-vraie nouveauté. Le jazz connaît ces moments de grâce. N’en doutez cet album en fait partie. L’humour, l’ironie ne sont pas absentes pour permettre le recul.

C’est aussi un hommage vivant à Kenny Wheeler qui nous a quittés le 18 septembre 2014 à 84 ans.

« Olden Times », Lee Konitz Kenny Wheeler Quartet, Double Moon Records, distribué par Socadisc.

Oiseau pour qui chantes-tu ?

arton3473807Hermeto Pascoal, brûleur de chandelles par tous les bouts s’il en fut, musicien hors norme né au Brésil concepteur de collages culturels les plus divers, free-jazzman à ses heures, patriarche d’une famille de musiciens venants d’horizons différents laisse un patrimoine en forme de montagne, un héritage qui attendait Didier Labbé et cet album « o grito de passarinho » pour revivre vivifié par les compositions du quartet.

Leur musique fait écho à celle d’Hermeto comme à d’autres pour danser et faire bouger au son des saxophones, de la flûte de Didier Labbé, de l’accordéon de Grégory Daltin – qui s’est saisi de l’âme de cet art de vivre -, du tuba de Laurent Guitton – d’une légèreté étrange pour cet instrument à la lourdeur volontaire, habitué des graves, servant aussi de basse – et de la batterie, qui se transforme parfois en percussions de Alain Laspeyres. Danser, respirer dans la transe qui est la marque de cette création. Il faut faire exploser tous les codes pour aller au-delà de toute bienséance, retrouver le chant des oiseaux. La mémoire du jazz reste présente. Le batteur ne craint pas d’évoquer les grands orchestres. Il retrouve des rythmes des orchestres swing en les intégrant à la couleur de notre présent.

On se souvient de ces paroles de Johnny Mercer dans « Too Marvelous for Words » qui veut emprunter le chant des oiseaux pour dire son amour à cette aimée trop merveilleuse pour répondre à la définition des mots ou de Alice au pays de ses merveilles qui fraternise avec les animaux lorsqu’il n’ont pas de nom, un chemin qui se retrouve ici : les oiseaux sont sollicités pour dire la joie d’être ensemble, la fraternité retrouvée. La flûte de Didier Labbé dans « Passejada » l’exprime en emmêlant les références pour affirmer la possibilité d’unir toutes les influences au lieu qu’elles se fassent la guerre.

« O grito passarinho », Didier Labbé quartet, Klarthe Records distribué par Harmonia Mundi.

Nicolas Béniès

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