Marko93, un regard de lumière


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Marko93 se présente comme « Darkvapor, the French lighter ». Passons sur le jeu de mot qui l’apparenterait à l’empereur du côté obscur de la Force, redoutable duelliste, armé de son sabre laser. Revenons sur l’épithète, que j’oserais librement traduire : le français qui apporte la lumière.

Est-il étonnant qu’un street artist se présente comme celui, tel le héros brandissant une torche, apporte au monde la lumière ? Un peu parano, direz-vous ? Vous avez raison ! Heureusement, les artistes ne sont pas des gens raisonnables ! En fait, pas tant que cela. Nul ne contestera que Marko soit un peintre. La peinture sur un mur ne se distingue guère de la peinture de chevalet, aujourd’hui. Marko dans la rue utilise des bombes aérosols, des brosses, des éponges pour le pochoir distraites de leur utilisation initiale, des feutres etc. Comme sur une toile. Et les peintres, de tous temps, ont toujours eu à « dealer » avec la lumière.

Une des premières raisons, chronologiquement parlant, est physique. Les objets du réel baignent dans la lumière, autrement dit, ils reçoivent des particules portées par des longueurs d’ondes différentes. Certains rayonnements sont absorbés par la couleur de l’objet, d’autres sont renvoyés, percutent l’œil et sont interprétés par notre cerveau. Nous « voyons » une lumière réfléchie. Dans les deux sens du mot : renvoyée par des objets et analysée par notre intelligence pétrie de culture. Le premier défi a donc été, pour représenter, de fabriquer des pigments et du liant pour rendre compte des couleurs. Des siècles d’un savant artisanat ont été nécessaires pour parvenir à reproduire les couleurs que nous voyons. Résumons, traduire par une matière la lumière a été une préoccupation majeure des peintres. Des fous, comme Turner, en sont même arrivés à faire de la lumière le sujet de leurs tableaux ! Il eut des prédécesseurs… et de nombreux descendants.

Marko comme ses glorieux ancêtres a été confronté à la représentation de la lumière. Voilà plusieurs années, il proposa une solution : encadrer une zone peinte de couleurs vives (voire fluorescentes et phosphorescentes) par des dégradés de couleurs violemment contrastés. Récemment, il alla encore plus loin dans ses tentatives de représentation où se rencontrent, comme souvent en matière de création, le besoin et le hasard. C’est une belle histoire. Elle commence par les yeux du chat noir de Frida Kahlo. D’abord, peints de couleurs fluo, Marko constate que l’effet de rayonnement s’estompe quand la peinture ternit. Un voyage en Inde. Marko remarque que des tuk tuk se signalisent avec des bandes de revêtement fluorescent. Il découvre alors que ce matériau se vend en rouleau. Voilà la solution aux yeux du chat noir : il suffit de découper et de coller cette matière réfléchissante pour rendre compte du regard du félin ! S’ensuit une brillante série de fresques et de toiles animalières.

Certes, les yeux ne projettent pas de lumière ! Voire. La nuit, ils la réfléchissent ! Et puis, Marko est davantage poète que physicien de la matière. Ne dit-on pas « jeter un regard » ? N’avons-nous pas l’illusion que les yeux projettent des faisceaux de lumière ?

Marko a patiemment apprivoisé la lumière : par des rais de peinture fluo, par l’utilisation de peintures renvoyant des couleurs très vives, par le collage de matières réfléchissantes. Comme Prométhée, il veut ravir le feu de l’Olympe.

Je me suis longtemps interrogé sur les raisons qui ont guidé sa recherche. Je crois entrevoir une parcelle de vérité. Marko, artiste-peintre, est un homme de l’image. Il crée des images et sa culture est une culture des images (peintures, photographies, installations etc.). Il donne vie à des regards que nous regardons. Cette coexistence de deux regards, le regard de celui qui regarde l’œuvre et le regard de l’animal se rencontrent, est la condition nécessaire de toute communication. Communiquer avec autrui, c’est d’abord un échange de regards. Les fresques de Marko et ses toiles sont des situations analogiques à celles de la communication. Nous sommes touchés par le regard réfléchi de l’animal parce que nous établissons avec lui, une communication muette.

Regardons de plus près les œuvres de Marko, dans tous les cas nous voyons les deux yeux (soit l’animal est de face, soit il est de ¾). Dit autrement, je regarde dans les yeux un animal qui me regarde. C’est assez dire que c’est le regard qui intéresse Marko. La magie de l’art et ses artifices recréent une communication édénique entre les Hommes et les Bêtes. Marko93 est bien davantage qu’un bon faiseur : c’est un homme obnubilé par la communication, la relation aux autres. La lumière est un moyen d’établir des liens, des relations profondes entre nous et l’animalité.

Richard Tassart

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