Entre la mémoire et l’oubli, il y a le mensonge : la propagande et la falsification historique

9782330070571« En hommage à sa mémoire, ce livre regroupe une quinzaine de textes choisis soit en raison de l’éclairage original qu’ils offrent de certains épisodes décisifs, soit parce qu’ils restent d’une brulante actualité ».

Je n’aborde que certaines analyses de cet ensemble cohérent, en soulignant particulièrement le traitement de la complexité, le refus des raccourcis, l’attention portée à la critique de l’essentialisation des populations ou à la contextualisation des événements.

Certains textes prolongent son étude sur la question juive d’autre anticipent son livre sur l’islamophobie et la judéophobie (voir plus bas). L’auteur insiste, entre autres, sur la négation de la liberté « au nom de la fatalité du sang, du clan, ou de la race », les inventions fantasmatiques des écrits bibliques, l’islamophobie et l’antisémitisme, « les luttes contre l’islamophobie et l’antisémitisme, qui devraient idéalement se concevoir comme conjointes et indissociables », les orientalistes de Prisunic, les lectures paranoïaques de l’histoire…

Ilan Halevi analyse, entre autres, les crimes contre l’humanité, « le meurtre collectif met en question l’ordre même qui tolère des atrocités moins spectaculaires ou plus sélectives », les massacres qui portent la marque de la démocratie, l’invasion du Sud-Liban en 1978, le refus de l’autre Palestinien, les liens entre occupation et apartheid, le particulier et le général, « la répression des crimes de guerre, des crimes de génocide et de crimes contre l ‘humanité en général est du ressort de tous et de chacun ».

Il aborde aussi le révisionnisme, les discours où « l’élection est la transmutation de l’exclusion », la construction des récits historiques, l’antisémitisme et ses fonctions troubles et multiples, les mythes fondateur de l’Etat d’Israël, les piliers du « rêve sioniste » et l’abstraction « des conditions de fait qui les entouraient », les innombrables refrains de la jactance chauvine, l’institution militaire israélienne comme colonne vertébrale du corps social, l’émigration des juifs soviétiques, les rapports entre catégorie et universalité, le blocus de la bande de Gaza, les fantasmes coloniaux, les moyens et les finalités du bouclage permanent et ininterrompu, l’alibi sécuritaire, les mesures de punition collectives, le décodage social des contradictions, la construction de la « guerre des civilisations », les inégalités devant l’insulte…

D’autres textes, comme sur les voyages, illustrent des axes d’analyses en leur donnant une coloration plus personnelle. Andalousies, mémoire des exilé-e-s, Sefarad, la machine infernale à « fabriquer l’absence », un retour considéré comme une visite, « cette strate de ma géologie identitaire », les souvenirs, les mensonges, l’oubli…

Je souligne le texte sur Maxime Rodinson, son travail de démythification et de démystification. Le livre se termine par une notice biographique écrite par Farouk Mardam-Bey.

Je mets à part une appréciation injustifiée concernant Dieudonné, comédien soit disant « baillonné » et considéré par l’auteur, visible mal informé, comme non antisémite (lire par exemple : Jean-Paul Gautier : L’héritage antisémite de Dieudonné, lheritage-antisemite-de-dieudonne/). Pour le reste, si certains points me semblent discutables, comme sur le processus d’Oslo, d’autres le sont « en creux », insuffisance des critiques sur le fonctionnement très bureaucratisé ou la corruption de l’Autorité palestinienne (L’auteur parle cependant du clientélisme, de bureaucratie politico-militaire, de bourgeoisie bureaucratique d’Etat, etc.) ou sur certaines orientations sociales et politiques (plus « libérales » que sociales). Quoiqu’il en soit une réédition qui permet d’apprécier le talent littéraire de l’auteur, cette touche très particulière donnant une belle profondeur historique et politique à ces chroniques palestiniennes.

De l’auteur :

Question juive – La tribu, la loi, l’espace, continuites-et-discontinuites-dans-lhistoire-juive/

Islamophobie et judéophobie – L’effet miroir, retracer-la-genese-et-observer-les-effets-dune-hantise/

Premier chapitre de l’ouvrage : premier-chapitre-de-louvrage-dilan-halevi-islamophobie-et-judeophobie-leffet-miroir/

En complément possible :

Youssef Bousoumah : Ilan Halevi, un homme debout, ilan-halevi-un-homme-debout/

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Ilan Halevi : Du souvenir, du mensonge et de l’oubli. Chroniques palestiniennes

Editions Sindbad – Actes Sud / Institut des Etudes Palestiniennes 2016, 300 pages, 23 euros

Didier Epsztajn

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