Explications fallacieuses et caractéristiques projetées sur un groupe humain

guide_de_survie_en_milieu_sexiste_-_tome1-cemea_2016En introduction, les auteur-e-s expliquent les raisons de publication de ce guide, « Le groupe se saisit de tensions à l’œuvre autour de l’égalité femmes-hommes, pour les triturer, les décortiquer, analyser leur traitement médiatique et leurs impacts, mais aussi pour prendre conscience de leurs résonances dans nos propres vies… afin d’en percevoir les mécanismes et les enjeux. » et ses objectifs, « Notre groupe s’est alors donné comme objectif de trouver des stratégies de contre-discours efficaces et simples à utiliser, aussi simples que les discours sexistes et aliénants que nous voulons combattre. Nous avons eu l’envie de concevoir un contre-argumentaire, pour pouvoir répondre du tac au tac à ces intox dans notre vie de tous les jours ! ». Elles et ils insistent sur la déconstruction et l’aspect ludique choisi, « Nous souhaitions donc une déconstruction en profondeur de chaque mythe, sans rogner sur l’espace nécessaire à l’explicitation de notre propos, tout en conservant le côté pratique et ludique que permet une publication sous forme de carnet. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de répartir le contenu de notre travail en deux tomes, comprenant la déconstruction de 5 mythes chacun ! »

Les auteur-e-s proposent des définitions au concept de « genre », « mythe », « stéréotype », « assignation » et « discrimination »

Mythe N° 1 : « C’est comme ça depuis la préhistoire… »

« L’homme préhistorique chassait, la femme préhistorique attendait dans la caverne, avec les enfants

Ce mythe tend à légitimer :

  • la répartition sphère privée-sphère publique entre femmes et hommes;

  • le fait que les femmes n’ont pas le sens de l’orientation ;

  • la complémentarité homme-femme et le partage des tâches, pour la survie de l’espèce ;

  • que les choses sont immuables. »

Les auteur-e-s expliquent la construction de la discipline nommée « préhistoire », l’impact des contextes sociaux et historiques dans les sciences elles-mêmes, « Par exemple, les sciences archéologiques et anthropologiques sont nées au 19e siècle et sont teintées des rapports hommes-femmes de cette époque. », les fondations et les transmissions de la vision des homme-femmes, les savoirs actuels, « On ne dispose d’aucune donnée directe pour l’étude de ces rapports humains, qui n’ont laissé aucune trace. » (Alain Testart), les constructions idéologiques, les biais masculinistes « se basant sur des suppositions infondées concernant les rôles masculins et féminins à la Préhistoire », les extrapolations sur la division sexuelle du travail chez les « chasseurs-cueilleurs », les différences construites dues à « une pression de sélection » imposée par les hommes (sur ce sujet, lire par exemple, le remarque ouvrage de Priscille Touraille : hommes grands, femmes petites : une évolution coûteuse – les régimes de genre comme force sélective de l’adaptation biologique, les-inegalites-de-genre-pourraient-etre-enregistrees-au-niveau-du-genome-jusqua-devenir-ce-que-nous-identifions-ensuite-comme-des-caracteres-sexues/), la déshistoricisation des rapports sociaux et des institutions, l’idéologie de la complémentarité naturelle des sexes…

Mythe N° 2 : « Les hommes et les femmes n’ont pas le même cerveau : c’est normal qu’on ne réagisse pas de la même manière ! »

« Les différences entre femmes et hommes sont ancrées dans des différences cérébrales entre les sexes.

Ce mythe tend à légitimer :

  • une répartition genrée des tâches, notamment le fait que les tâches ménagères et de soin restent en majorité à la charge de femmes;
  • la persistance des inégalités dans l’accès à certaines études et professions, ainsi que l’inégalité salariale ;
  • le déterminisme biologique en matière éducative. »

Les auteur-e-s expliquent le fonctionnement du cerveau, structure extrêmement complexe, les études et les conclusions historiques sur cet organe. Elles et ils insistent sur la plasticité cérébrale, « La notion de plasticité cérébrale est fondamentale : elle montre l’importance de l’acquis sur l’inné dans les différences de performances et de comportements entre les sexes ! », sur ce que disent ou ne disent pas les récentes recherches, « le schéma structurel du cerveau ne varie pas avec le sexe », les biais méthodologiques, l’absence de lien entre le sexe et les fonctions cognitives, les fantasmes d’un cerveau gauche masculin et d’un cerveau droit féminin…

(Sur ces sujets, voir par exemple, les textes et livres de Catherine Vidal : Nos cerveaux, tous pareils tous différents !, histoire-evolutive-specifique-des-etres-humains/ ; Postface au livre de Roland Pfefferkorn : Genre et rapports sociaux de sexe, postface-de-catherine-vidal-au-livre-de-roland-pfefferkorn-genre-et-rapports-sociaux-de-sexe/ ; Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys : Cerveau Sexe & Pouvoir, genetiquement-programme-e-pour-apprendre/ ; Sous la direction de Catherine Vidal : Féminin Masculin, Mythes et idéologie : Les sociétés forgent des modèles et des normes associées au féminin et au masculin ou l’ouvrage d’Irène Jonas : Moi Tarzan toi Jane. Critique de la réhabilitation « scientifique » de la différence hommes/femmes, leternel-feminin-comme-construction-sexiste/)

Mythe N° 3 : « Les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes besoins sexuels : c’est la faute aux hormones ! »

« Les hommes et les femmes n’ont pas la même sexualité.

Ce mythe tend à légitimer :

  • la notion de besoins sexuels chez les êtres humains ;

  • des différences comportementales, relationnelles, amoureuses entre les hommes et les femmes ;

  • la vision de l’homme-prédateur et de la femme-proie (hypersexualité masculine) ;

  • les agressions sexuelles (violence conjugale, harcèlement, viol…) et la prostitution ;

  • le confinement des femmes à la sphère privée pour leur propre protection (sexisme bienveillant). »

Je souligne les analyses sur le « besoin », le « désir », la « pulsion », la confusion entre privation réelle et sentiment de privation, l’utilisation bien commode du « compulsif » pour justifier des « comportements inappropriés ou dangereux », la distinction entre frustration et besoin. Les auteur-e-s parlent de la sexualité fruit d’un apprentissage, de dépassement du « cadre du comportement de reproduction », des mensonges concernant le sexe, des hormones et de leur soit-disant rôle, du désir et des comportements sexuels « Il ne s’agit donc pas de différence physiologique entre désir masculin et féminin, mais bien de ce qui est culturellement admis et encouragé comme comportements sexuels chez l’homme et la femme dans notre société », de l’organe sexuel le plus important : le cerveau…

Mythe N° 4 : « Les femmes sont faites pour avoir des enfants et aiment s’en occuper : c’est l’instinct maternel. »

« Les hommes et les femmes ne sont pas destiné-e-s aux mêmes rôles parentaux.

Ce mythe tend à légitimer :

  • l’existence d’un instinct maternel chez les êtres humains ;

  • la nécessité pour les femmes de devenir mères ;

  • des différences comportementales et relationnelles entre les hommes et les femmes dans leurs rôles de parents ;

  • le fait que les femmes soient les plus compétentes pour s’occuper des enfants, dans la sphère privée comme dans la sphère publique (études et professions liées à l’éducation, aux soins…) ;

  • le fait que les hommes ne soient pas capables de s’occuper des (jeunes) enfants ;

  • l’aspect contre nature, voire immoral, de la contraception, de l’avortement… »

Qu’en est-il de l’instinct maternel chez les êtres humains ?, « L’amour maternel est une construction mentale et sociale » (Françoise Héritier). Les auteur-e-s abordent la non-omnipuissance des hormones, les valorisations ou les exigences sociales, le concept de maternité « construit socialement, politiquement, culturellement, idéologiquement » (« Que l’enfant soit la fin suprême de la femme, c’est là une affirmation qui a tout juste la valeur d’un slogan publicitaire. » – Simone de Beauvoir), les évolutions historiques, les politiques natalistes et familialistes, la répression de l’avortement, la culpabilisation des femmes et des mères, le droit à la contraception et à l’avortement…

Mythe N° 5 : « De toutes façons, les femmes au pouvoir, ça ne marche pas ! »

« Les hommes sont naturellement faits pour diriger, les femmes ne sont pas destinées aux rôles de pouvoir.

Ce mythe tend à légitimer :

  • le côté inné d’une autorité qui serait masculine et d’une inconstance qui serait féminine ;

  • une répartition figée des tâches et rôles entre hommes et femmes ;

  • la primauté des hommes sur les femmes dans les prises de responsabilités et le pouvoir de décision, que ce soit dans la sphère privée ou dans la sphère publique ;

  • une moindre présence de femmes aux postes de pouvoir, notamment politiques ou économiques ;

  • les écarts salariaux et le plafond de verre (freins et accessibilité limitée des femmes aux postes de direction, de prise de décision…). »

Les auteur-e-s reviennent sur les théorisations à propos du fantasme de matriarcat, les sociétés « matrifocales », l’égalité entre femmes et hommes…

Au delà de certaines formules et de références discutables, d’un manque de lien avec une théorisation matérialiste du système de genre ou des rapports sociaux de sexe (mais ce n’est pas l’objet de cette brochure), chacun-e pourra trouver ici des argumentaires détaillés autour des mythes construits pour assoir et/ou perpétuer la domination des hommes sur les femmes.

CEMEA : Pour une éducation à l’égalité des genres

Guide survie en milieu sexiste (tome 1)

http://www.cemea.be/Guide-de-survie-en-milieu-sexiste

Novembre 2016, 100 pages

Didier Epsztajn

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Une réponse à “Explications fallacieuses et caractéristiques projetées sur un groupe humain

  1. Je n’ai pas lu ce guide, mais en éduc’ pop’, il y a aussi ce livre qui est sorti récemment : http://la-trouvaille.org/education-populaire-et-feminisme/ . Il est très bien et très utile !

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