Artemis, ourses, « extraordinaire capacité à inventer des histoires », règles et souffrances…

9782707192929Elise Thiébaut nous propose des analyses détaillées, pédagogiques et pleines d’humour. Comme quoi, il est bien possible d’écrire, y compris des passages scientifiques, sans se plier aux langages ou aux présentations compliquant la lecture ou la réservant à des initié-e-s, tout en l’illustrant d’éléments biographiques…

Imagine. « Imagine si les hommes étaient aussi dégoûtés par le viol qu’ils le sont par les règles » (Charlie citée par l’auteure). Imagine…

D’abord un tabou, ce truc « dont on évoque l’existence à voix basse avec des mines conspiratrices », un fluide traité différemment des autres fluides corporels, l’objet de multiples mythes et déraisons.

Et pourtant, l’inconfort ou les douleurs, l’« inégalité menstruelle », une expérience d’une banalité absolue, si peu racontée, si peu partagée, « le moment est venu, pour les femmes comme pour les hommes, de réinventer les règles »

Elise Thiébaut aborde, entre autres, les évolution de la durée de fertilité, de l’âge des premières règles, l’ovocyte « un petit phénomène de foire », les bonobos, le « charme peu discret de l’endomètre », les premières règles et la dernière gifle, le devenue femme, « Et tu croyais que j’étais quoi avant ? Un singe ? », les prohibitions alimentaires, la puberté, le filet de sécurité représenté par la pilule pour sa génération, le sentiment de soi, « Je me sentais sale, honteuse, l’odeur de mon corps pour la première fois me déconcertait, et j’avais mal parfois jusqu’à ne pas pouvoir marcher », le sang « sang peur et sang reproche », les mythes, les superstitions, les diverses formes du tabou entourant les règles, les noms de code ou le riche lexique populaire (ailes de papillon, avoir ses fleurs, ses coquelicots, ses jours, ses ourses…)…

L’auteure analyse des positions affirmées au cours de l’histoire, Hippocrate et son « sermon », Pline l’Ancien, Salomon Reinach, Alain Testard, l’Egypte antique…

Elle aborde les stigmates et les tabous, la peur au ventre, les « règles du travail », la mythologie et Artemis, les errances d’une ceinture nommée « ceinture de la Vierge Marie », les hommes et le sang, « d’un coté, quelque chose d’interdit, de caché, de néfaste ; de l’autre quelque chose de sacré, de divin, de puissant », les saignements suivant les trois grandes religions monothéistes « qui ne sont pas toujours amies du sexe récréatif et des boules à paillettes », l’impureté et l’abstinence. Il faudrait donc cacher ce sang que l’on ne saurait voir, traquer les taches, oublier que des millions de femmes n’ont pas accès à « des protections périodiques à un prix raisonnable », accepter une certaine conception de l’hygiène qui ferait que « nous sommes sales durant ces jours-là » !!!

Elise Thiébaut parle ensuite « chiffons », des rites de réclusion, des tampons, du sang rentable (le marché de la protection périodique), des protections d’« hygiène féminine », de l’absence de norme et de l’absence de contrôle sanitaire, de la taxation comme produit de luxe et non comme de première nécessité (et des évolutions récentes), du « champ de bataille de la flore vaginale », des substances cancérigènes ou susceptibles de perturber les équilibres endocriniens, du syndrome du choc toxique, du secret industriel, du silence et de l’opacité des marques, des alternatives possibles dont le bio ou les « solutions sang pour sang naturelles ? » (coupe menstruelle, éponge, du non jetable, flux instinctif libre, etc.)…

Pilule, (ir)régularité des cycles, mythologie lunaire, coïtus interruptus, méthode « Ogino », lettre encyclique pontificale condamnant la contraception, méthode « Billings », valse hormonale, « mauvais sang », syndrome prémenstruel et industrie prospère, endométriose, « dans un monde où l’urgence de répondre à l’impuissance masculine mobilise toutes les énergies, il reste bien peu de place pour le traitement de l’endométriose », hystérie, exorcismes et sorcières, anatomie, « l’anatomie féminine est ainsi parsemée de noms d’hommes qui ont tenu à signer leur découverte, tels des explorateurs plantant leur drapeau sur des terres vierges inexplorées, des graffeurs laissant leur empreinte sur des entrepôts désaffectés ou encore des chiens marquant leur territoire à coup d’urine » … et les cellules souches du sang menstruel et le fantasmes d’éternité alors que « Les maladies dont souffrent les femmes n’ont pas l’air d’être la priorité des chercheurs ».

En conclusion Elise Thiébaut propose de changer les règles, « Le temps est peut-être venu de reprendre enfin le pouvoir sur nos vies et de réhabiliter le sang menstruel en créant nos propres règles ».

Elise Thiébaut : Ceci est mon sang

Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font

La Découverte, Paris 2017, 248 pages, 16 euros

Didier Epsztajn

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Une réponse à “Artemis, ourses, « extraordinaire capacité à inventer des histoires », règles et souffrances…

  1. Ça doit être très intéressant ! C’est important d’oser parler des règles, parce qu’il n’y a que comme ça que les tabous tomberont ! (et franchement, il y en a besoin, j’en parlais justement dans un de mes derniers posts https://uneboueedansloceandevosprejuges.wordpress.com/2017/01/11/pourquoi-je-trouve-quon-devrait-parler-plus-souvent-de-nos-regles/)

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