Aux Journées Françaises de Batrachologie

(Siège de la Revue Française d’Aquariologie et d’Herpétologie – 195, rue Saint-Jacques – Paris 5° — 14 Janvier 2017)

batrachologie_1

La batrachologie est la discipline branche de la zoologie qui étudie les amphibiens, tout particulièrement les grenouilles, les crapauds, les salamandres et les tritons. Elle fait partie de l’herpétologie qui, elle, étend son étude à la beaucoup moins sympathique famille des reptiles.

George Orwell, voulant rendre justice à, disait-il, « ce petit animal, la rainette des ruisseaux qui, contrairement à l’alouette et à la primevère, a rarement reçu la faveur des poètes », commençait ainsi ses Quelques réflexions sur la rainette :

« C’est le phénomène automnal auquel je suis le plus profondément sensible. Longtemps après l’hirondelle, la jonquille et la perce-neige, légendaires annonciatrices du printemps, la rainette salue tous les cinq ans, à l’articulation déjà un peu froide de l’automne et de l’hiver, l’arrivée non des frimas, mais des Primaires. À sa manière ! S’extrayant du trou où elle était restée cachée depuis les cinq automnes précédents, elle rejoint par petits sauts le point d’eau natal, un marigot ou plus souvent, une urne complaisamment installée, pour y entamer en groupe son coassement quinquennal. »

batrachologie_2

Chers amis, c’est avec ce bucolique et charmant préambule qu’Anne-Marie Kohler, docteure en batrachologie et professeure au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, nous accueillait ce matin aux Journées Françaises de Batrachologie, hébergées cette année 195, rue Saint-Jacques à Paris, au siège de la Revue Française d’Aquariologie et d’Herpétologie.

Pour nous convier à l’audition de sa conférence intitulée « Non, il n’y a pas de malédiction des grenouilles. Certes fortement désemparées, elles sont pourtant toujours parmi nous. »

Les amphibiens sont menacés, nous dit dans son introduction Anne-Marie Kohler. Signe de l’impact de la pollution grandissante de nos sociétés modernes et de ses risques pour la biodiversité ou, peut-être, phénomène politique plus complexe ? Nous allons tenter de nous en expliquer.

L’alerte est relativement récente, remontant à quelques années, deux ou trois tout au plus. Depuis 2011, année faste de l’apogée sondagière et batracienne, sans s’être raréfiée, l’espèce a cependant connu des heures difficiles : forte diminution de sa reproduction et apparition d’étranges symptômes de la série comportementale.

Comme par exemple, errer de marigot en marigot et ne plus être capable de retrouver le marigot natal. Ceci, pour toutes les variétés de grenouilles considérées. Surtout pour la grenouille rose, Rana Solferina, mais également, dans une moindre proportion, pour la grenouille bleue, dite grenouille de Vaugirard ou Rana Republicana.

Au-delà des craintes quant à la biodiversité, la Pr Anne-Marie Kohler a souligné les graves conséquences à en attendre pour l’écosystème politique et institutionnel. La raréfaction des grenouilles et leurs troubles comportementaux pourraient, à l’avenir, rendre très difficile, voire impossible, l’organisation de Primaires Présidentielles.

Aux regards interloqués et à l’air perplexe des congressistes, la Pr Anne-Marie Kohler a tenu, par un court intermède, à nous rappeler cette propension déjà moquée par Phèdre, Ésope et Jean de La Fontaine, celle des grenouilles rassemblées dans le marigot et demandant un roi.

Athènes florissait alors sous des lois injustes ;

Des partis factieux conspirèrent alors.

Et au palais, le tyran Sarkozystrate à peine chassé,

S’installa le non moins tyrannique et moqué Batavadon.

Les Athéniens pleuraient leur triste et lourde servitude,

Et de ce joug insupportable, tous alors de se plaindre. Auraient-ils enfin un bon roi ?

Auraient-ils enfin un bon roi ?

batrachologie_3

Phèdre, ie fabuliste latin, leur conta la fable que voici : Rana regem petierunt (Les grenouilles demandent un roi)

Les grenouilles errant libres dans les marais

À grands cris réclamaient à Jupiter un roi.

Le Roi des Dieux sourit, puis leur jette un soliveau.

Elles arrivent à la nage et sur le soliveau,

Après l’avoir souillé de multiples outrages,

Demandent à Jupin de leur chercher un autre roi.

Il leur envoie Juppé, une hydre aux dents cruelles…

Eh quoi, sottes créatures, vous fallait-il un roi ?

Car ce coassement autour des marigots, détrompez-vous, ne porte pas sur l’approbation ou la critique à apporter à des sujets passionnants comme, par exemple, le revenu universel, l’évasion fiscale, l’avenir de nos services publics ou la transition énergétique. Non, il porte tout simplement sur la question de quel serait le meilleur roi. Voilà pourquoi, nous parlons de sottes créatures.

Reprenant la parole, Anne-Marie Kohler soumit alors à l’assistance, et nous sommes nombreux à la juger plausible, son interprétation de l’actuelle désorientation du monde batracien. Plutôt qu’une affection, hypothèse de certains de ses confrères, la chytriomycose, observée par les batrachologues américains sur les grenouilles de la Sierra Nevada, responsable, sous l’effet d’un champignon Batrachochytrium dendrobatidis, d’une sclérose de la kératine de la peau amphibienne, s’épaississant jusqu’à étouffer l’animal, plutôt qu’une étiologie infectieuse, Anne-Marie Kohler nous a soumis une autre hypothèse.

Elle est audacieuse. L’origine de ces graves troubles comportementaux – errance, amnésie, perte des repères dans la tentative de retrouver le marigot natal (tous équivalents symptomatiques d’une espèce de maladie d’Alzheimer batracienne) – serait à rechercher dans une dégénérescence de l’Institution Présidentielle, celle justement, de la part des grenouilles, de la quête d’un roi.

batrachologie_4

Longtemps applaudie pour sa présentation si originale du thème de « La Malédiction des grenouilles », la dégénérescence de l’Institution Présidentielle, la Pr Anne-Marie Kohler a bien voulu répondre aux quelques questions de l’assistance.

Notamment, à celle, optimiste, l’interrogeant pour savoir, si à l’occasion de cette dégénérescence de l’Institution Présidentielle et de l’avènement d’une VIe République, la grenouille pourrait enfin devenir citoyenne. Il serait temps.

« C’est une évolution possible », a répondu Anne-Marie Kohler, « mais à la condition d’entrer au préalable en Insoumission, ce qui pour une grenouille n’a encore jamais été observé. » Restons attentifs, a-t-elle conclu.

batrachologie_5

Jean Casanova

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s