Pour mes héroïnes ordinaires

Mon féminisme est né entre le tintement des casseroles lavées (toujours par les mêmes), à admirer des femmes qui ne se disent pas feministes. Des femmes qui parlaient de la violence de genre, de l’oppression des femmes, sans prononcer le mot « oppression » ni « genre ». Mon féminisme nait dans l’ombre de ces modèles originels, ces piliers imparfaits et admirables, ces héroïnes ordinaires et anonymes, qui se débattent tant bien que mal dans une société faite pour les hommes. N’enjolivons pas la réalité : ces grandes dames sont faites de contradictions et de misogynie intégrée. Et pourtant , quand je les observe, les écoute dérouler leurs parcours, leurs exclamations, quand je les vois redresser la tête, mon afroféminisme coule de source. Il s’impose à moi, comme évident, tracé avec la même détermination qui transparaît dans leurs histoires. Ce ne sont pas des textes universitaires qui ont accouché mon afroféminisme, ni des figures lointaines. Les visages de celles qui m’ont fait être ce que je suis et m’ont donné des grilles de lectures me sont au contraire très familiers. Leurs vies courageuses à différents niveaux, leurs conseils, leur sagesse ont influé sur l’élaboration de mes idées. C’est important pour moi de réinscrire leurs apports dans l’histoire de mon afro-féminisme et de le réintégrer dans une histoire plus large d’un féminisme trop souvent blanco-européano-centrée. Le féminisme, le mien en tous cas, s’est construit AUSSI entre deux battements de portes, quand celles qui le portaient sans forcément en dire le nom étaient aux marges de ce que l’on considérait comme étant des sujets politiques. 

« tu es une femme, tu es noire et en plus tu ne viens pas d’une famille riche : tu vas devoir te battre ma fille. » 

« Regarde ce que j’ai fait, j’étais mère seule sans diplôme ! »

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J’ai un vrai plaisir et une curiosité dévorante à écumer des textes universitaires, d’universitaires sur les concepts d’intersectionnalité, des féminismes noirs, sur les questions d’afroféminisme, parce que j’ai eu le privilège (et oui) d’aller à la fac et aussi de lire facilement l’anglais (ce qui n’est pas le cas de tout le monde). Peut-être qu’un jour j’en produirais, un valable (ou non) et je m’attellerai à redécouvrir ces textes effacés, ensevelis sous la poussière de féministes noires FRANCOPHONES. Pourtant l’afroféminisme que je défends ne peut se contenter, ne pourra jamais se contenter d’être utilisé comme un concept abstrait qui ne parle qu’à une minorité de personnes, parce qu’inaccessible, trop compliqué ou etc. L’afroféminisme que je défends n’a pas vocation à être un sujet uniquement débattu par des gens qui possèdent des bac + 8 en sciences politiques ou en études de genre. L’afroféminisme que je défends me permet d’analyser la position sociale des femmes Noires comme marginalisées et plus généralement la notion de marginalisation, NOTAMMENT de ce qu’on ne considère pas (ou moins) capables de produire un travail intellectuel, ou qui de fait ne sont pas désignés publiquement comme acteur et producteurs d’un débat intellectuel. Un discours et une analyse politique sur leurs vies, leurs conditions. Celleux qui n’ont ni le physique, ni le bon discours, ni la bonne écriture. 

M’enfin, je me perds. Mon afroféminisme n’est pas seulement le fait de lectures sur Cairn, loin de là. Tout ça aussi viens de conversations, de rencontres, de Mamie, de Mamans, de toutes ces anonymes qui n’auront sans doute jamais de chaire à l’Université. Mon afroféminisme, en plantant ces racines dans l’influence de ces aînées, reconnait leur apport critique et leur travail intellectuel. J’ai envie, ainsi, de décentrer le savoir académique comme seul savoir légitime. Parce qu’en vrai, j’ai envie que toutes les femmes noires se sentent légitimes à dire ce à quoi ressemble pour chacune d’entre elle l’afroféminisme. Qu’aucun média, aucun support n’est mieux qu’un autre. Que différentes manières d’adresser les oppressions sexistes, racistes, classistes et homophobes existent. Que ne pas avoir le vocabulaire « type universite » ou l’écriture « type dissertation », ce n’est pas grave. Qu’on peut se sentir concernée et intimement intéressée par le (les ?) courants afroféministe (s) et participer sans avoir lu « une liste de lectures obligatoires ».

Vous êtes toutes les bienvenues, héroïnes du quotidien et/ou thésardes et autres chercheuses bac + 74. 

Kiyemis, 4 janvier 2017

https://lesbavardagesdekiyemis.wordpress.com/2017/01/04/pour-mes-heroines-ordinaires/

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Une réponse à “Pour mes héroïnes ordinaires

  1. Faut’il qu’il y est un féminisme noir et un féminisme blanc ? peut-être faut’il en passer par là, sans doute l’esclavage et de la colonisation ont ils donné d’autres formes aux rapports entre femmes et hommes. Ce serait bien de pouvoir en parler entre nous

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