Les mains du condamné sont moins imposantes que celles du coupable

004540675« La question est sans réponse a priori. Comment, lorsque gronde la colère des faits, affirmer autre chose que ce qu’il est commun d’entendre ? Eviter l’hyperbole au profit de la mesure ? »

Le récit de Véronique Sousset est poignant car il parle de l’humanité, de « juger un homme derrière son crime ». Il ne s’agit ni d’excuser, ni de trouver des circonstances atténuantes. Une « plongée en « obscurcie » ».

L’auteure parle des regards sur l’autre, des qualification de monstre, « est-on un monstre parce que l’on a commis une monstruosité ? », de la victime que l’on nie, de cette part d’humanité que nous partageons…

Elle indique qu’il « a fallu refaire le chemin de l’horreur, coup pour coup », entendre l’inaudible, dire l’indicible… Prison, rencontre, interrogatoires, procédure, tribunal, assises, sens de la défense, jugement…

Je souligne la pudeur et les difficultés de la rencontre avec cet homme, la superposition des images, les mots « Il y a des mots que vous prononcez que je ne pourrai jamais dire, d’autres que vous ressassez que je combats », des mots qui bastonnent, le vertige des questions, les « grandes pelletées de silence pour boucher le trou », la prison, « la prison, au risque de perdre son sens, ne peut pas être qu’un lieu de relégation où la société enferme le pire d’elle-même », la différence entre une longue peine et une perpétuité.

Un récit pour réfléchir au delà de l’horreur, « Peut-on rester debout après de tels actes ? », du presque indicible.

Je poursuis un raisonnement. Pourquoi traiter les crimes collectifs comme des crimes politiques (génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité) et d’autres crimes comme des « faits divers » (ici torture et assassinat d’enfant, mort par « accident » du travail, violences conjugales – euphémisme pour les meurtres de femme par leur conjoint) ? Crimes politiques du travail, crimes politiques de la violence sexuelle, crimes politiques de la violence raciste, crimes politiques de la violence envers les enfants, crimes politiques des armées et des polices…

Comment oublier ces milliers de criminel-le-s, très majoritairement des hommes, dont certain-e-s non jugée-e-s qui circulent à travers le monde ou gouvernent même certains Etats, ceux qui brillent dans la lumière en dénégation de leurs crimes…

Pour les un-e-s négation des faits et des responsabilités, pour les autres refus d’interrogations au nom du « pas d’excuse » (Lire par exemple, Bernard Lahire : Pour la sociologie. Et pour en finir avec une prétendue « culture de l’excuse », regarder-avec-lattention-de-la-connaissance/).

Il importe de faire procès, juger et condamner, en public et dans le respect des procédures judiciaires. Il en va de la mémoire de toutes et tous, du respect des victimes – de toutes les victimes, de l’humanité des un-e-s et des autres, des possibles émancipateurs…

Quant aux protections des vivant-e-s et des peines applicables aux coupables, d’autres débats seraient nécessaires.

« J’ai serré les poings pour m’ordonner de croire que la vie était belle, fascinant le hasard qui me menait ici… Mais un enfant est mort, là-bas quelque part, mais un enfant est mort et le soleil est noir. » Barbara citée par l’auteure.

Véronique Sousset : Défense Légitime

Défendre un homme que l’opinion considère comme un monstre

Le récit bouleversant d’une avocate

La brune au Rouergue 2017, 136 pages, 16 euros

Didier Epsztajn

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