Un écosystème indéniablement toxique

une22siteLa revue s’ouvre par des vœux ironiques sur l’avenir des médias et de leurs lignes éditocratiques.

Editocrate est un terme plus juste que celui de journaliste pour nommer les bavard-e-s au service de grands financiers ou d’idéologies bien marquées par le néolibéralisme, voir pour certain-e-s par la droite extrême. Parler de mensonges ne suffit cependant pas. Sous couvert d’une profession journalistique et d’un pluralisme limité, il s’agit bel et bien de propagande politique. Chacun-e est libre de défendre ses opinions. Mais justement les éditocrates disent ne pas donner leur opinion mais parlent d’objectivité professionnelle…

Le point de vue situé développé par des marxistes (voir Michael Löwy : Les aventures de Karl Marx contre le baron de Münchhausen. Introduction à une sociologie critique de la connaissance, les-categories-de-pensee-impensees-qui-delimitent-le-pensable-et-predeterminent-le-pense/ ; les travaux de féministes matérialistes ou Léo Thiers Vidal dans son traitement de Position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination : « Toutes les femmes sont discriminées sauf la mienne ») implique de prendre en compte d’où   position dans les rapports sociaux – on s’exprime et faire un effort de réflexivité sur son propre discours… Mais les éditocrates ne discourent pas, elles et ils n’ont aucune position sociale, ne défendent aucun intérêt particulier… juste une conception très étriquée de la profession journalistique…

Ici, David Pujadas, ses questions très inégalement (im)pertinentes, comme « promoteur de spectacle, réduisant l’information à un pur divertissement, à une fiction, à un match de hockey sur glace, avec un début, un milieu et une fin », les yeux rivés sur l’audimat.

Les études et revues médicales et les transcriptions en « communication trompeuse » de résultats, les communications décomplexées, le journalisme de recopiage – par ailleurs mauvais copiste – le mélange trouble de journalisme et de communication, « la fabrication rapide d’articles bon marché générant le plus de clics possible ».

Les fantaisies et les approximations sur l’absentéisme des fonctionnaires, l’utilisation d’informations non fiables et non vérifiées. Comme l’indique justement la revue « Les « rois fainéants ne sont pas ceux que l’on croit… ». Du haut de leurs salaires quelques fois extravagants et de leurs privilèges biens réels, la morgue des éditocrates envers les fonctionnaires.

« Football leaks », discours de morale et défense de la fraude et de l’évasion fiscales pour certains…

Le dossier est consacré aux « autocritiques médiatiques », une séquence d’autocritique inoffensive dans l’oubli des pouvoirs et des autres critiques envers les médias.

La mise en cause partielle et très temporaire des sondages, la confusion entre les journalistes et le journalisme, les chefferies éditoriales, les « bulles médiatiques », les aveuglements « au déficit réel de pluralisme, aux effets délétères de leçons de pédagogie matraquées par des éditorialistes persuadés d’être des éclaireurs du peuple… », la prime aux commentaires au détriment de l’investigation, les logiques de concurrence et d’audimat.

Les « médiations » et le médiateur de Radio France, les auditeurs et auditrices tantôt irrationnel-le-s tantôt complotistes, tantôt militant-e-s, la disqualification des critiques émises.

Les critiques réactionnaires, Causeur, Valeurs actuelles, la dénonciation d’un soit disant pouvoir des syndicats, une « croisade politique ? ».

Sans oublier celui qui « invite », Jean-Michel Aphatie, ici avec François Ruffin, les questions qui ne passent pas, les neutralisations par : déformations, plaisanteries, recentrages, paroles coupées, simulation d’un contrat tacite, dérisions, intimidations… « la force d’un dispositif incarné/intégré »

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Sommaire :

David Pujadas se confie

Sciences et médias : le buzz nuit gravement à la santé

Absentéisme des fonctionnaires : les éditocrates se lâchent

« Football leaks » : la leçon de Pascal Praud

Dossier :

Retour sur une séquence d’autocritique médiatique

Les drôles de médiations du médiateur de Radio France

Causeur et Valeurs actuelles : une critique des médias sélective et droitière

Critiquer le journalisme dans une école de journalisme ?

Quand Jean-Michel Aphatie « invite » François Ruffin

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Une nouvelle fois, l’œil et l’oreille de la critique sur des médias dominants. Nécessaire.

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Médiacritique(s) N°22 janv. – mars 2017 : Autocritique médiatique

Le magazine trimestriel de l’association Acrimed

36 pages, 4 euros

Didier Epsztajn

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