Appel des artistes contre l’impunité des violences policières

« LA MORT D’ADAMA TRAORÉ NOUS CONCERNE TOUS  »

Déjà une centaine d’artistes et de sportifs prennent position contre les violences policières : Eva Doumbia, Gilles Lellouche, Nekfeu, Imany, Arthur H, IAM, Christine & The Queens, Fianso, Yannick Noah, Bertrand Tavernier, Omar Sy, Lilly Wood and the Prick, Mademoiselle K, Cantona, Archie Shepp, Nicolas Duvauchelle, Black M, Annie Ernaux, Rachida Brakni, Zebda, Ramzy, Olivier Rabourdin, David Bobée…

C’est notre cause commune à toutes et tous : ENSEMBLE CONTRE LES VIOLENCES POLICIÈRES ET LEUR IMPUNITÉ !

Cet appel est ouvert à signatures, contactez-nous ici :

ensemblepouradama@gmail.com

« LA MORT D’ADAMA TRAORÉ NOUS CONCERNE TOUS  »

Cet appel a été rédigé et les premières signatures collectées avant l’horreur de l’agression policière subie par Théo Luhaka, à Aulnay-sous-Bois, qui rappelle que les violences des forces de l’ordre de sont pas des faits isolés.

Nous artistes, sportifs-tives, comédien-nes, écrivain-es considérons que la mort d’Adama Traoré n’engage pas seulement ses proches mais l’ensemble de notre pays, de notre société.

Cet été, à Beaumont-sur-Oise, un jeune Français est mort entre les mains des forces de l’ordre, le jour de ses 24 ans. Et, depuis six mois, ce qui aurait pu n’être qu’une énième « bavure » meurtrière illustre jour après jour l’impunité de certains gendarmes et policiers en France, telle qu’elle est depuis longtemps dénoncée par les organisations des quartiers populaires et les comités de soutien aux victimes, et par Amnesty International depuis 2009.

Ce 19 juillet 2016, Adama Traoré tente d’échapper à un contrôle d’identité parce qu’il n’avait pas ses papiers sur lui et qu’il connaissait la violence susceptible d’en découler. Interpellé, Adama est plaqué et maintenu au sol par trois gendarmes qui pèsent de tout leur poids sur son corps. Les militaires notent qu’Adama se plaint de ne pas pouvoir respirer, ils l’embarquent dans leur fourgon où il perd connaissance. Plutôt que de le transporter à l’hôpital, ils poursuivent leur route vers la gendarmerie. Ce 19 juillet 2016, vers 17 h 45, Adama Traoré disparaît entre les mains des forces de l’ordre.

Selon la version officielle, les pompiers constatent le décès d’Adama à 19h05. Mais rien n’est dit à la famille. Ayant entendu dire qu’Adama « a fait une crise », ses proches contactent les hôpitaux pour rechercher sa trace. En vain. Aux alentours de 21 heures, c’est par un appel aux pompiers qu’ils apprennent que le jeune homme est retenu à la gendarmerie. Oumou Traoré, la mère d’Adama, vient alors demander des nouvelles de son fils à la caserne, où on lui répond qu’« il va très bien ». Elle attend donc sur place, avec ses proches. Jusqu’à 23h30, quand les gendarmes annonceront la mort d’Adama. Soit quatre heures et demie après le constat officiel du décès.

Les suites de cette mort suspecte nous interrogent : déclarations contradictoires des autorités, tentatives de salir la mémoire de la victime, dissimulation de son corps, escamotage des rapports médicaux, mensonges des forces de l’ordre, pressions sur la famille, intimidations des habitants… Les pouvoirs publics ont manifesté une partialité constante pour éclipser les actes qui ont conduit à la mort d’Adama.

Jusqu’au procureur de la juridiction qui évoque « une infection très grave », un « malaise cardiaque » et la présence d’alcool et de cannabis dans le sang d’Adama pour justifier son décès. Autant d’affirmations qui seront démenties par les expertises médico-légales. Le tout afin d’occulter les circonstances réelles de la mort d’Adama Traoré à ses proches, comme aux médias et à l’opinion publique.

Cependant, après qu’il a été démontré qu’Adama a succombé après une asphyxie, après que le procureur qui a systématiquement « oublié » d’évoquer cette cause probable de la mort à la famille et aux journalistes a été muté et que l’instruction de l’affaire a été dépaysée à Paris, nous assistons à un acharnement constant des autorités contre une famille dont la détermination, soutenue par la solidarité des habitants de leur quartier, a permis de mettre à jour les contrevérités officielles.

Depuis le premier jour, la maire de la ville n’a cessé d’entraver les sollicitations de la famille. Refus d’autoriser une marche blanche au lendemain de la tragédie, obstruction aux demandes d’entretien de la mère et des frères et sœurs d’Adama, absence de visite sur place et, après chaque manifestation de soutien, extinction de l’éclairage public nocturne dans le quartier (situation propice à toutes les provocations et dégradations) : on est loin d’une recherche d’apaisement. Enfin, après avoir partagé, sur sa page Facebook, un appel à la violence armée des « citoyens de souche » pour « venir en aide à nos pauvres policiers », la maire a menacé de porter plainte en diffamation contre Assa Traoré – la sœur de la victime, devenue porte-parole de la famille – qui avait dénoncé ce parti-pris.

Du côté de l’État, malgré les mensonges avérés, le ministre de l’Intérieur n’a jamais eu un mot, ne serait-ce que de compassion, à l’égard de la famille. Interpellé par un député à l’Assemblée nationale, il refuse même de prononcer le nom d’Adama Traoré ; tandis qu’il assure les gendarmes et la maire de Beaumont de son appui plein et entier.

Mépris, esprit de revanche et parti-pris aveugle, c’est donc le message que les pouvoirs publics renvoient depuis six mois à la famille et aux habitants de Beaumont qui ont manifesté massivement leur solidarité. Finalement organisée, la marche blanche réclamant vérité et justice pour Adama a rassemblé plusieurs milliers de personnes. Une mobilisation sans précédent dans cette commune paisible de 9 600 habitants, derrière une famille qui ne réclame aucun privilège, aucune exception mais exige la stricte application du droit républicain : la vérité sur la mort d’une victime quand la violence des force de l’ordre est en cause et la mise en examen de ceux qui en sont responsables.

C’est pour cela que l’affaire Adama Traoré est l’affaire de tous : pour affirmer et défendre l’égalité des droits. C’est cette exigence élémentaire que nous, artistes, sportifs, comédiens, écrivains partageons et relayons.

Nous refusons que les habitants des quartiers populaires qui sont quotidiennement frappés par la violence économique et la violence raciste soient également abandonnés à l’insécurité, aux mensonges, à une culture de l’excuse permanente des excès des forces de l’ordre et au jeu dangereux des politiques qui tentent de monter les citoyens les uns contre les autres. Nous refusons qu’une part croissante de la population française soit abandonnée par la République, et nous réclamons la plus stricte impartialité des pouvoirs publics quand les garants de l’ordre outrepassent les lois.

« C’est une affaire d’État », selon Assa Traoré et nous sommes également convaincus que c’est toute notre société qui se salit, si elle se tait et détourne le regard. Et nous avec si nous ne réagissons pas.

Le 2 février dernier, à Paris, des rappeurs donnaient à Paris un concert de soutien Justice pour Adama. Ce même jour, Théo Luhaka, 22 ans, subissait la barbarie de l’agression policière qui révolte aujourd’hui le pays.

C’est pourquoi nous appelons, par une convergence de toutes nos sensibilités et dans un élan solidaire, à soutenir l’exigence de vérité et de justice pour Adama, de justice pour Théo, comme pour toutes les victimes des violences des forces de l’ordre.

C’est notre cause commune à toutes et tous : ensemble contre les violences policières et leur impunité !

PREMIERS ARTISTES ET SPORTIFS SIGNATAIRES

Virginie Acariès – auteur

Jeanne Added – auteur compositrice interprète

Alivor – rappeur

Sameer Ahmad – rappeur

Akhenaton – rappeur

Daniel Allouche – boxeur

Mehdi Alloune – boxeur

Arthur H – chanteur

Michel Andrieu – scénariste

Jean Asselmeyer – cinéaste

Virginie Aussietre – Chargée de production

Fred Alpi – chanteur-guitariste

BABX – chanteur

Sandro Baguet – collagiste

Beucé – rappeur

Black M – chanteur

Marine Bachelot Nguyen – auteure et metteure en scène

Eric Bellinger – chanteur compositeur

David Bobée – metteur en scène, directeur du Centre dramatique national de Normandie

Julie Bonan – actrice

Rachida Brakni – comédienne et metteuse en scène

Eric Cantona – acteur

Jil Caplan – chanteuse

Casey – rappeuse

Cenza – rappeur

Cerna – rappeur

Marc Cheb Sun – auteur

China Moses – chanteuse

Chinese Man – hip hop funk

Christine & The Queens – chanteuse

Matthias Claeys – auteur/metteur en scène

Samuel Cueto – photographe

C2C – DJ

Gerty Dambury – auteure, comédienne et metteure en scène

Frédéric Debomy – écrivain, auteur de bande dessinée

Décoloniser les arts – collectif

Deluxe – groove

Vincent Delerm – auteur-compositeur-interprète

Nadir Dendoune – écrivain

Alice Diop – auteure réalisatrice

Rokhaya Diallo – auteure réalisatrice

Eva Doumbia – metteure en scène

D’ – auteur, rappeur, réalisateur

Disiz – rappeur et acteur

Loik Dury – compositeur, réalisateur artistique

Nicolas Duvauchelle – acteur

Elephanz – musiciens, chanteurs

Hanni El Khatib – chanteur-compositeur-interprète rock

Elom 20ce  – rappeur

Annie Ernaux – auteure

Feadz – DJ

Fianso – rappeur

Fik’s Niavo – rappeur

Flynt – rappeur

Stéphane Gombert – directeur culturel

Fresh Gordon – rappeur

Edgar Garcia – Directeur de Zebrock

Georgio  – rappeur

Grain d’Sable – rappeur

Grand Corps Malade – slameur

Gringe – rappeur, acteur

Cyril Gueï – comédien, réalisateur

Hervé Haine – chanteur, musicien

Camille Hardouin – chanteuse

Hocus Pocus  – rappeurs

IAM – rappeurs

Imany – chanteuse

Jeff le Nerf – rappeur

Jow L. – rappeur, graffeur

JR O Chrome (sexion d’assaut) – rappeur

Mathieu Kassovitz – acteur et réalisateur

Kavinsky – DJ

Jaques Kebadian – réalisateur

Miloud Kerzazi – photographe

Kohndo – rappeur

Krista – rappeuse

Ladj Ly – réalisateur

La’Myia Good – chanteuse et actrice

Lola Lafon – écrivaine

La Jonction  – rappeurs

La Rumeur – rappeurs

Albin de La Simone – auteur, compositeur, interprète

Le Doc – rappeur

Samuel Légitimus – metteur en scène

LEJ – Chanteuses

Gilles Lellouche – acteur et réalisateur

Le Sous-Marin – rappeur

Lilly Wood and the Prick – chanteuse

Lino – rappeur

Liqid  – rappeur

Edouard Louis – écrivain

Mademoiselle K – chanteuse

Lucile Mary – metteure en scène

JP Manova – rappeur

MC Métis  – rappeur

Missy Ness – DJ

Mokobe – rappeur

Yannick Noah – chanteur

Harek Nadja – réalisatrice

Nodja — rappeur

Nasme – rappeur

Nekfeu – rappeur

Nnoman Cadoret – photographe

Nodey – DJ

Noruff – rappeur

Samia Orosemane – humoriste

Julien Pitinome – photographe

Pone – DJ

Olivier Rabourdin – acteur

Ramzy Bedia – acteur

Ryaam – rappeuse

Rocé – rappeur

Océane Rosemarie – auteure, comédienne

Aurelie Saada – chanteuse

Safir – rappeur

Saïdou – rappeur

Saké – rappeur

Eros Sana – Photojournaliste, Directeur de publication de Fumigène Magazine

Lyes Salem – acteur et réalisateur

Scred Connexion – rappeurs

Scylla – rappeur

Singe des Rues – rappeurs

Sitou Koudadjé – rappeur

Maboula Soumahoro – cofondatrice du festival Black History Month, historienne

Sound Pellegrino – label House

Skalpel (Première ligne) – rappeur

Skud – rappeur

Archie Shepp – saxophoniste

Sages Poètes de la Rue – rappeurs

Stresh – DJ

Omar Sy – acteur

Tekilatex  – rappeur

Serge Teyssot Gay – guitariste

Roland Timsit – comédien, metteur en scène

Jean-Pierre Thorn – cinéaste

Tonytoxic — rappeur

Petr Vaclav – réalisateur, scénariste

Vîrus – rappeur

Wira  – rappeur

Cathy Yerle – chanteuse, musicienne

Remedium – auteur de bandes dessinées et de livres pour enfants

Rhita Zaoujal – karatéka

Yassin Zaoujal – athlète de haut niveau

Zebda – chanteurs

AUTRES

Zahra Ali – SOAS University of London

Hourya Bentouhami – maîtresse de conférence, université de Toulouse Jean-Jaurès

Yann Cherruault – rédacteur en chef d’International Hip Hop

Sonia Dayan-Herzbrun – sociologue, professeure émérite à l’université Paris Diderot/Paris 7

Marielle Debos – politiste, Université Paris Nanterre

Laurence De Cock – historienne

Emmanuel Devaux – journaliste

Didier Fassin – professeur de sciences sociales, Institut d’études avancées de Princeton


Eric Fassin – sociologue, professeur à l’université Paris-8

Sébastien Fontenelle – journaliste

Gwen Fauchois – blogueuse, lesbienne, et activiste

Joao Gabriell – auteur

Franck Gaudichaud – enseignant-chercheur (Université Grenoble Alpes).

Vincent Gay – sociologue

Warda Hadjab – Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

Samir Hadj Belgacem – Sociologue et politiste, Affilié à l’équipe ETT (ENS/EHESS/CNRS)

Pierre-Léonce Jordan, anthropologue, Ecole des hautes études en sciences sociales

Michel Kokoreff – sociologue

Geoffroy de Lagasnerie – sociologue

Silyane Larcher – Chercheure au CNRS en science politique 

Mathilde Larrere- historienne

Mehdi Maïzi (chroniqueur rap)

Nasima Moujoud – maitresse de conférences en anthropologie, université Grenoble Alpes

Olivier Neveux – universitaire

Ugo Palheta – sociologue, maître de conférences à l’université Lille-3

Paul Pasquali – chercheur au CNRS (sociologue)

Ndella Paye – militante antiraciste et afroféministe

Mathieu Potte-Bonneville – philosophe

Chafik Sayari – journaliste

Boulomsouk Svadphaiphane – auteure-réalisatrice-photographe

Joan W. Scott – Institute for Advanced Study, Princeton, New Jersey US

Pierre Tévanian – professeur de philosophie, collectif Les mots sont importants

Sylvie Tissot – Université Vincennes-Saint Denis-Paris 8

Fabien Truong – université Paris 8

Laetitia Tura – Photographe

Raphäl Yem – animateur TV/Radio, fondateur de Fumigene Magazine

Contact : ensemblepouradama@gmail.com

Appel paru sur le site Quartiers XXI http://quartiersxxi.org/appel-des-artistes-contre-l-impunite-des-violences-policieres

et dans Libération http://www.liberation.fr/france/2017/02/14/mort-d-adama-traore-si-on-se-tait-c-est-toute-notre-societe-qui-se-salit_1548531

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