Les cris toujours plus stridents dénonçant le faux faisant violence au vrai


9782924327616
Dans son introduction, Un système sans qualité. Matériaux pour une critique du capitalisme, introduction-de-marc-andre-cyr-a-louvrage-un-systeme-sans-qualite-materiaux-pour-une-critique-du-capitalisme/, publiée avec l’aimable autorisation de M éditeur, Marc-André Cyr revient sur des concepts, « Aliénation », « Capital », « fétichisme », « valeur d’échange », « exploitation », « plus-value », « travail abstrait », « marchandise », « classe », « impérialisme », « socialisme », « communisme », « prolétariat »… Et il interroge : « Qui donc utilise encore ces concepts dont la seule évocation provoque un sourire plein de condescendance et de paterna­lisme ? Qui les emploie encore ainsi, sinon quelques militantEs, dont les tracts, plus ou moins jaunis, sont comme les fossiles idéologiques d’un autre monde ? » avant de constater : « À défaut de supprimer l’exploitation, nous l’avons rendue démocratique. À défaut de supprimer la domination, nous l’avons rendue élective. À défaut de supprimer ces maux, nous avons cessé de les nommer ».

L’auteur aborde, entre autres, les « pointillés délimitant le « principe de réalité » », la crise écologique, la crise politique, la crise « des formes même de ce système de production de valeur abstraite » et rappelle que « La contradiction principale créée par le capital se situe donc en lui-même ».

Je souligne le titre de cet ouvrage, la référence au roman de Robert Musil, l’« Homme sans qualité ». Marc-André Cyr écrit « Sous l’empire de la marchandise, l’individu concret ne trouve de reconnaissance que dans la mesure où son activité est productrice de valeur. Il devient ainsi une moyenne commensurable, l’« Homme sans qualité » de Robert Musil. Non seulement la marchandise est séparée de la personne qui la produit, mais elle domine sa vie ».

L’auteur parle aussi de la forme historique de l’exploitation et de la domination de la marchandise, de système automate, de logique de séparation, de catastrophe écologique, d’instrumentalisation de la terreur, de critique radicale, de contestation sociale et politique, de désobéissance civile… Il présente les différents articles.

« « Fétichisme », « aliénation », « anarchisme », « marxisme », « néolibéralisme », « marchandisation », « romantisme révolution­naire », « unidimensionnalité », « liberté »… Voilà quelques-uns des concepts que se réapproprient les auteurs de ce livre. Non dans l’objectif ambitieux d’élaborer une « nouvelle » théorie de la société, mais dans celui beaucoup plus modeste de nier les fausses vérités d’un cri toujours plus strident, et de mieux dénoncer le faux faisant violence au vrai »

Je souligne, une fois encore, une fois de plus, qu’il ne peut être suffisant de constater « Une tentative bien imparfaite, disons-le d’emblée, car malgré les efforts du collectif, celui-ci reste exclusivement masculin ». La non prise en compte de la moitié de l’humanité, de la division sexuelle du travail, des différents rapports sociaux et de leur imbrication, rendent bien partielle   voire illusoire – une analyse radicale de ce « système sans qualité », ferment la porte aux élaborations d’émancipation, qui ne peuvent qu’être majoritaire, inclusive et démocratique.

Faute de connaissance sur certains sujets abordés, sur certaines références bibliographiques, je n’aborde que certains textes proposés,.

Je souligne néanmoins les passages sur la fétichisation (sur ce sujet, voir le livre d’Antoine Artous : Le fétichisme chez Marx – Le marxisme comme théorie critique, Marchandise, objectivité, rapports sociaux et fétichisme), la singularité uniformisée, les dynamiques sociales totalisantes, le temps de travail socialement nécessaire, le caractère social de la marchandise, les crises et les contradictions, le cynisme de la consommation et la place emblématique des supermarchés (mais je trouve très discutable les développements sur le soit-disant « immatériel », le consentement, les rapports à l’identité, la notion d’« hyperclasse » dans le premier texte)…

Il convient de ne pas céder aux analyses impressionnistes, de prendre en compte, comme le souligne un auteur, la nouvelle configuration historique et les rapports de force, l’activité de l’Etat néolibéral dans l’organisation institutionnelle et juridique des nouvelles conditions de reproduction du capitalisme, les spécificités du néolibéralisme et le refus d’une position « conservatrice » réduite à la défense d’un l’avant encore souhaitable, la diffusion mondiale des formes de production, la centralité de l’Etat dans « la contrainte violente et légale », la concentration des pouvoirs, les territorialités politiques particulières…

J’ai notamment été intéressé par le chapitre sur l’université, la privatisation et la subordination de la production du savoir, la philosophie comme « belvédère de possibilités », l’instrumentalisation des savoirs, la surproduction d’articles dits scientifiques et la sur-spécialisation des champs de recherches, le conformisme de la pensée, la prolétarisation des chercheurs et des chercheuses, la critique des analyses de Louis Althusser, le principe du fiacre – et son analyse par Michael Lowy -, le maître ignorant et Jacques Rancière, (je ne sais cependant pas ce qu’est la plus-value « matérielle et immatérielle » et trouve très discutable, entre autres, les séparations entre infra et superstructure), les relations de l’émancipation aux temps… « La progression historique n’est pas linéaire, elle peut avoir en germe les conditions de l’émancipation de l’humanité, mais elle peut également détruire des caractéristiques fondamentales de l’être humain. La reconnaissance qu’il y a eu dans le passé des formes d’organisations sociales, des valeurs et même des institutions supérieures à celles que nous avons présentement signifie que la lutte pour l’émancipation n’est pas seulement éblouie par l’avenir, mais également par le passé. Ce clair/obscur est partie prenante de la lutte pour une université libre, réellement émancipatrice. »

J’ai aussi apprécié les paragraphes sur la liberté, « La liberté reste toujours prise dans le volume de la forme qui l’institue », la liberté comme composition et non vision unique. Il en de même de ceux sur Daniel Guérin dont les huit critères d’identification proposés :

« 1° Ne pas se contenter d’interpréter le monde, mais viser aussi à le transformer.

2° Croire au pouvoir créateur de la philosophie de la praxis.

3° Rejeter le déterminisme et le positivisme sociologiques.

4° Privilégier l’équilibre entre la spontanéité et la direction consciente.

5° Faire accorder le socialisme international avec les mouvements propres à un pays en particulier.

6° Croire à la démocratie directe impulsée de bas en haut.

7° Favoriser la contribution participative des minorités actives, liées organiquement aux classes subalternes.

8° Formuler des solutions de masse à la révolution sociale »

Et comme indiqué en conclusion : « Il faut oser penser pour le nommer et possiblement le supprimer si cela implique bien comme on l’a dit plus haut une action droite. Plus encore, ces textes, au-delà des pistes qu’ils proposent, des réponses qu’ils suggèrent font une chose qu’on trouve peu dans les textes universitaires ; ils forcent à penser. »

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Sommaire :

Introduction Marc-André Cyr

Chapitre 1 Réflexion autour de la « fétichisation » dans la société capitaliste, Mohamed Amine Brahimi

Chapitre 2 Néolibéralisme entre résistance et accélération, Laurent Alarie

Chapitre 3 L’université brûle ! Nichola Gendreau Richer

Chapitre 4 Le capitalisme avancé : nouvelles pratiques de la domination politique (sémiotisation de l’homme), Lawrence Olivier

Chapitre 5 Marxisme et anarchisme : sources d’inspiration pour les insatisfaites du capitalisme au 21e siècle, Omer Moussaly

Conclusion Lawrence Olivier

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Laurent Alarie, Mohamed Amine Brahimi, Marc-André Cyr, Nichola Gendreau-Richer, Omer Moussaly, Lawrence Olivier : Un système sans qualité. Matériaux pour une critique du capitalisme.

M éditeur, Québec 2017, 182 pages

Didier Epsztajn

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