Construction sociale de la peur des violences et division socio-sexuée de l’espace

Merci à Aline pour m’avoir signalé cette enquête

femmes-et-deplacementsUne enquête à Bordeaux, la question des discriminations sexistes et des empêchements ressentis par les femmes, les analyses des espaces et de l’usage de l’urbain, des territoires et des déplacements, les citoyennetés spatialement amputées.

D’après le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, « 100% des femmes ont été victimes de harcèlement sexiste ». Il s’agit d’un véritable « terrorisme sexuel ».

Les auteur-e-s soulignent, entre autres, le harcèlement sexiste et sexuel dans les transports en commun, l’occupation différenciée de l’espace public par les femmes et les hommes, « les femmes occupent l’espace public plus par besoin que par plaisir » et « les hommes y stationnent quand les femmes ne font que le traverser ».

Arnaud Alessandrin, Laetitia César-Franquet et Johanna Dagon indiquent, cela me semble très important, que « Paradoxalement, les enquêtes sur les violences montrent clairement que l’espace privé est un lieu bien plus dangereux pour les femmes que les espaces publics sans que cela n’entraîne des mises en garde spécifiques ».

Elles et il parlent des agressions « verbales et non verbales à connotation sexuelle », de l’invisibilité de l’omniprésence du harcèlement de rue, du peu de plaine déposée, d’un certain fatalisme lié à la répétition des faits, d’un fort sentiment d’insécurité diffus, de l’impunité « des discriminants, des harceleurs », de l’absence de « prise en compte institutionnelle de la victime », du renversement de la culpabilité sur les victimes.

Les auteur-e-s reviennent sur certaines notions, discrimination « Au sens juridique du terme, la discrimination est le fait de traiter de façon inégale deux ou plusieurs personnes placées dans une situation comparable, en raison de critères interdits par la loi », violence « les discriminations comme le harcèlement sont des violences », violences sexistes, sentiment d’insécurité comme construction sociale…

Arnaud Alessandrin, Laetitia César-Franquet et Johanna Dagon expliquent la « chaîne de déplacement », analysent les habitudes de transports, les stratégies de déplacement, explicitent les incivilités, les infractions, les délits, les crimes…

Les constats ressortant de cette enquête sont accablants : l’immense majorité des répondantes a été confrontéesà des « faits » sexistes, les auteurs sont essentiellement masculin, beaucoup de témoins d’« incidents » n’ont aucune réaction, les impacts sur les personnes sont importants. (Je reste plus que dubitatif sur les expressions d’« intériorisation », d’« incorporation de la violence par les victimes », de « violence symbolique » et sur les références au mauvais livre de Pierre Bourdieu sur la domination masculine).

Je souligne les paragraphes sur la stigmatisation des femmes qui sortent, la ville des femmes, l’omniprésence du publi-sexisme, les attitudes d’évitement, les conditions d’utilisation, « Ainsi dit, la condition d’utilisation de la ville par les femmes est une segmentation des déplacements et un usage réel mais partiel de la ville », la construction sociale de la peur des violences, la division socio-sexuée de l’espace, les résistances,

Arnaud Alessandrin, Laetitia César-Franquet et Johanna Dagon poursuivent sur les discriminations liées au sexisme, au racisme, à l’apparence, à la LGBT-phobie, au handicap, à leurs combinaisons ou imbrication.

Elles et il abordent, entre autres, la police de genre, le dégout des corps gros, les attitudes vis-à-vis des femmes « noires », « roms » et « arabes », les femmes aux cheveux couverts par un foulard (« femmes voilées »), l’homophobie et la transphobie, les personnes considérées comme handicapées. Les auteurs examinent plus particulièrement quelques contextes et font des recommandations.

Bordeaux et pourquoi pas d’autres villes et d’autres contextes ?

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En complément possible :

Yves Raibaud : La ville faite par et pour les hommes, petite-cartographie-du-sexisme-de-et-dans-lespace-urbain/

Dossier Les femmes dans la ville dans axelle 175, une-continuite-despaces-ou-les-hommes-font-valoir-leur-loi/

Travail genre et sociétés n° 33 / 2015 : Le genre, la ville, au-prisme-du-genre-des-usages-de-la-ville-et-des-impacts-de-lausterite/

Marylène Lieber : Genre, violences et espaces publics. La vulnérabilité des femmes en question, rappels-a-lordre-sexue/

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Une enquête de Arnaud Alessandrin, Laetitia César-Franquet et Johanna Dagon : Femmes et déplacements

femmes-et-deplacements

Novembre 2016, 88 pages

Didier Epsztajn

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