Imaginaire démocratique contre instrumentalisation identitaire et logiques clientélistes…


afrique2016Dans son éditorial, etat-des-resistances-dans-le-sud-afrique-editorial-de-francois-polet-afrique-subsaharienne%E2%80%89-entre-revoltes-populaires-et-restaurations-autoritaires/, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, François Polet souligne, entre autres, le dévoiement des institutions démocratiques, « une situation d’épuisement des configurations politiques issues des processus de transition démocratique ou des accords de paix ayant mis un terme à de longues guerres civiles », l’instrumentalisation des institutions démocratiques et le refus de l’alternance, la reproduction des logiques prédatrices de l’État postcolonial, les premières manifestations de cette vague de protestation populaire contre le dévoiement des « démocraties » surgies avant le moment charnière des printemps arabes, les émeutes de la faim et de marches contre la vie chère…

L’auteur parle de la jeunesse urbaine, des structures protestataires « « Y’en a marre » au Sénégal, « Le balai citoyen » au Burkina Faso, « Lucha » en République démocratique du Congo, « Girifna » au Soudan, « This Flag » au Zimbabwe », des larges mobilisations, « Syndicats et organisations étudiantes, en particulier, sont les moteurs des mobilisations dans bien des pays », de mobilisations à « caractère ethnique, religieux, messianique » en expliquant leurs fondements, des modalités de contrôle politique des sociétés…

Il aborde aussi les « Autoritarismes sous contrainte », l’enchevêtrement de dimensions démocratiques et autoritaires, les contraintes et les dépendances internationales, la montée des coopérations Sud-Sud, les « Mobilisations sous contrainte »,les journées « ville morte », l’utilisation des « sit-in », les registres nationalistes, les explosions ponctuelles de colère populaire de type émeutier, la place des téléphones portables et d’internet, le recours à l’international « ressource majeure des oppositions, institutionnelles comme extra-institutionnelles ».

François Polet termine sur les nombreuses traces des actions politiques, « la valeur réelle des mouvements populaires de protestation devait être évaluée à l’aune de ses effets sur la conscience et l’imaginaire politique des sociétés, sur leur capacité à inventer des nouvelles visions de la démocratie et du développement, au sein desquelles prévaut l’intérêt populaire ».

En absence de données socio-économiques et politiques sur les différents pays (ce qui n’est pas l’objet du livre), il est difficile de mettre en perspective les résistances sociales. Cependant chacun-e pourra trouver dans ce numéro d’Alternatives Sud des informations et des analyses sur un continent trop souvent délaissé dans les appréhensions du monde.

Je ne souligne que certains points, sans traiter de l’ensemble des pays abordés.

Les auteur-e-s analysent les mobilisations sur les révisions constitutionnelles, la volonté de certains de modifier ce qui limite la durée des mandats présidentiels ou plus largement leurs pouvoirs. Elles et ils abordent aussi les mobilisations contre la vie chère, les mobilisations contre les effets des plans d’ajustement structurel, les luttes syndicales, celles des paysan-ne-s devenu-e-s sans terre et plus généralement celles des paysan-ne-s (entre autres, contre l’accaparement des terres ou les droits fonciers)…

Elles et ils parlent, entre autres, des alliances familiales et économiques, des mémoires contestataires, « transmission souterraine de la mémoire des vaincus », des répressions policières, des crises alimentaires, « Des terres jadis réservées aux cultures vivrières furent transformée en aires de production de cultures d’exportation et d’agrocarburants, ce qui entraîna de facto des crises alimentaires endémiques dans la région », les « offensives de la société religieuse » en particulier sur le code de la famille pour limiter les droits des femmes, la place de la jeunesse, les « ressentiments et résistances ethniques », les régressions autoritaires…

Droit de manifester, violences électorales contre les opposant-e-s, patrimonialisation de l’Etat, criminalisation de la contestation, discrimination envers certains groupes de population, mouvements armés, corruption…

J’ai notamment été intéressé par l’article sur le Ghana, les organisations et les luttes pour les droits des femmes, la loi contre la violence domestique.

.

Sommaire :

Editorial : François Polet : Afrique subsaharienne : entre révoltes populaires et restaurations autoritaires

Points de vue du Sud

Afrique de l’Ouest

Elieth P. Eyébiyi : Bénin : la révision constitutionnelle au cœur des mobilisations sous Boni Yayi

Abdoulaye Ouédraogo et Sylvie Capitan : Burkina Faso : mobilisations sociales pour une insurrection inachevée

Francis Akindes, Moussa Fofana et Gnangadjomon Kone : Côte d’Ivoire : mobilisations contre la vie chère

Jonathan Langdon et Nana Akua Anyidoho : Ghana : vitalité du militantisme en démocratie

Issa Ndiaye : Mali : nouvelles formes de lutte et nécessité d’une refondation démocratique

Mahaman Tidjani Alou : Niger : la société civile face aux mutations sociopolitiques

Alioune Badara Diop : Sénégal : mutations et contradictions du système politique sous Macky Sall

Afrique de l’Est

Yohannes Woldemariam : Éthiopie : régression autoritaire et étouffement des résistances

Patrick Mutahi : Kenya : le droit de manifester violé en toute impunité

Andrew Ellias State : Ouganda : manifestations « walk to work », répression et musellement des opposants

Hafiz Ismail Mohamed : Soudan : contestations étudiantes dans un pays en guerre

Ng’wanza Kamata : Tanzanie : une protestation sociale diffuse et peu organisée

Afrique centrale

Aymar Nyenyezi Bisoka : Burundi : lutte contre un pouvoir illégitime

Roland Marchal : République centrafricaine : mouvements armés et impossible recomposition sociale

François Polet : République démocratique du Congo : la rue au centre du jeu politique

Juste Nziza : Rwanda : révision constitutionnelle et étouffement de la dissidence

Hoinathy Remadji : Tchad : la virtualité comme nouveau ressort de la résistance sociale ?

Afrique australe

Mikaela Nhondo Erskog : Afrique du Sud : protestation estudiantine et résistance à l’héritage colonial

Nuno Fragoso Vidal : Angola : un activisme – de réforme ou de confrontation -distant du peuple

Ian Taylor : Botswana : contradictions de la success story libérale africaine

Ketakandriana Rafitoson : Madagascar : une mosaïque de luttes fragmentées

Paulo Granjo : Mozambique : jeux de pouvoir et mouvement pour la paix

James Musonda : Zambie : faiblesse syndicale et marges de manœuvre limitées

Lloyd Mambo Sachikonye : Zimbabwe : opportunités et défis de la nouvelle phase contestataire

.

Alternatives Sud : Etat des résistances dans le Sud : Afrique

Volume 23-2016 / 4

Centre Tricontinental – Editions Syllepse

https://www.syllepse.net/lng_FR_srub_24_iprod_685-afrique-etat-des-resistances-dans-le-sud.html

Louvain-La-Neuve (Belgique) – Paris, 2016, 222 pages, 13 euros

Didier Epsztajn

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s