Petite réflexion sur l’appellation « femme » et son essentialisme

Je ne suis pas une femme parce que j’ai un vagin. Cela peut paraître étrange. Pourtant, j’appartiens au groupe « femme » parce que j’ai une expérience sociale particulière. C’est tout ce à quoi me sert cette appellation : à décrire la place que mon corps prend dans les interactions avec le monde extérieur. Celle d’être perçue comme un objet qui ne s’appartient pas, qui est disponible sexuellement, celle d’un utérus sur pattes, destiné à la (re)production et à la consommation, un corps docile, faible, privé de tête, privé de parole et de la faculté de réfléchir.

En découlent des chiffres, des luttes, des stratégies personnelles, des positionnements multiples, une fierté relative, des alliances douteuses, une réappropriation nécessaire, des termes révélateurs, des guérisons impropres, des expériences sexuelles fâcheuses, des stigmates ineffaçables, un amour de soi en dents de scie, une compréhension vitale de sa position sociale et de ce qui la détermine.

Je répète : je ne suis pas une femme parce que j’ai un vagin.

Même si je l’aime bien, ce n’est pas lui qui me connecte d’une façon mystique à mes sœurs, à la Lune ou à la Nature. Il ne se languit pas d’être complété par n’importe quel pénis. Je ne suis pas une moitié incomplète.

On ne m’a pas livré l’essence de la féminité dans une fiole avec un manuel et mon sexe biologique dans un carton rose en sortant de la clinique.

Non, comme les autres femmes, j’ai appris à être une femme, racisée et pauvre de surcroît. Des techniques sont disponibles pour cet apprentissage, à tous les âges de la vie, le système, par son contrôle social savamment ficelé, nous souffle comment être une femme: fais ceci, fais pas ça, mets-toi là, tiens-toi comme ça, porte ceci, ne va pas par là, réagis comme ça, aie peur, aie honte. Selon les outils à notre portée, nous sommes capables ou non de nous émanciper, de reprendre le contrôle de nos vies, de s’extraire ou non des expériences obligées qui découlent de cette catégorie “femme” ou plutôt “femelle”.

Et, ne nous trompons pas, ni la race ni la classe n’effacent le genre. Les oppressions s’imbriquent. L’expérience y est encore plus particulière.

Ce qui reste constant, est l’oppression des femmes dans le système néolibéral capitaliste. Elles sont tiraillées, marchandisées, sans cesse sollicitées, flouées, mais jamais totalement libres. Ce serait une erreur de le croire. On ne se libère pas dans le libéralisme.

Dans la performance d’être une femme, personnellement, j’ai réussi et j’ai échoué, j’ai surtout expérimenté, comme tant d’autres, et je peux l’affirmer : MON SEXE N’EST PAS MON GENRE.

Publié sur le blog Réflexions queer & décoloniales d’une entité rebelle

https://sorryimnotsorry.wordpress.com/2017/03/08/petite-reflexion-sur-lappellation-femme-et-son-essentialisme/

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