The East Side Gallery, le Mur de Berlin et le graffiti

Les Hommes et les Femmes de ma génération, celle d’après-guerre, ont connu de grandes peurs et d’éphémères espoirs. Avant la fin de la seconde guerre mondiale, la conférence de Téhéran portait en germe la Guerre Froide. L’allié d’hier, l’URSS, devint l’irréductible ennemi qu’il fallait combattre à l’intérieur et à l’extérieur. Il s’en est fallu de peu pour que la troisième guerre mondiale n’éclate. La crise de Cuba, l’installation de SS 20 et des Pershing et d’autres épisodes de cette terrible période faillirent précipiter le monde dans l’abîme.

L’occupation des pays de l’Est et de la partie orientale de l’Allemagne vaincue partagea l’Europe en deux blocs rivaux : les Démocraties occidentales à l’Ouest protégées par le Grand Frère américain, les Démocraties Populaires (c’est ainsi qu’elles se nommaient elles-mêmes) sous la férule soviétique. La capitale du Reich, Berlin, conquise par les Soviétiques fut partagée en 4 secteurs d’occupation ; à l’est par Soviétiques, à l’ouest par les Français, les  Britanniques et les Américains. Berlin, totalement enclavée par la zone d’occupation soviétique, était punie.

La formation de la République Démocratique d’Allemagne (RDA), en écho, provoqua la création de la République Fédérale d’Allemagne(RFA). Berlin fut alors, de facto, divisée en deux parties : l’est fit partie de la RDA et les trois secteurs d’occupation réunifiés, firent partie de la RFA. L’ancienne capitale du 3ème Reich fut ainsi divisée en deux Etats que tout opposait. A l’économie socialiste de la RDA s’opposait l’économie libérale de la RFA. Cette partition, insupportable pour les familles divisées, provoqua une crise internationale. Des Allemands de la partie est de Berlin se réfugièrent dans la partie ouest. Pour endiguer l’hémorragie, la RDA construisit le Mur de Berlin.

En fait, le Mur de Berlin n’était pas un mur. Le tristement célèbre « mur de protection antifasciste »1, est érigé à Berlin dans la nuit du 12 au 13 août 1961. C’est un dispositif militaire comportant deux murs de 3,6 m de haut avec un chemin de ronde, 302 miradors et dispositifs d’alarme, 14 000 gardes, 600 chiens.

Quand le passage entre Berlin Est et Berlin Ouest a été autorisé, le Mur qui cristallisa l’antagonisme entre les deux Blocs devint le symbole de la fin de la Guerre Froide et l’annonce d’une ère nouvelle dans les relations internationales. La joie, l’enthousiasme, l’espérance, dépassèrent les frontières allemandes. Des milliers de mains s’attaquèrent au Mur, avec des marteaux, des masses, des burins pour détruire le « Mur de la honte ». Des street artists peignirent des fresques des deux côtés du mur. Des artistes et des milliers d’autres anonymes vinrent du monde entier pour laisser une trace sur le mur tant abhorré. Les fresques couvraient des kilomètres et certaines devinrent des icônes. Les sujets n’avaient pas le mérite de l’originalité ; on y a peint des colombes bien sûr, on mélangea les couleurs des drapeaux de la RDA et de la RFA, on fusionna les étoiles de la bannière américaine avec l’Etoile Rouge. Là n’était pas le propos. Les fresques attestent de l’immense espoir de paix d’un monde qui avait connu en quelques décennies deux guerres et qui avait une peur bleue d’une troisième, perçue par les  contemporains comme la certitude de la fin du monde.

Pour le 25ème anniversaire de la chute du Mur, dans le quartier de Friedrichshain a été créée l’Est Side Gallery. Il s’agit de la plus longue section du mur encore debout (environ 1,3 km). Elle est constituée de 118 peintures d’artistes de 21 pays, du côté est du mur de Berlin. Elle est certainement la plus grande galerie permanente en plein air dans le monde.

Deux points de cette petite histoire de la grande Histoire retiennent mon attention.

Le premier a été la folle envie de centaines de personnes, des artistes de renom mais pas que, de peindre le Mur de la honte. Comme si les symboles de la paix devaient recouvrir, au sens littéral, l’horreur de la partition d’une Allemagne humiliée par les armées d’occupation. Immense espoir également de la réconciliation entre l’Est et l’Ouest. Formidable espérance d’un monde sans guerre. Ce temps semble aujourd’hui bien lointain et seules ces fresques renvoient les images rêvées par toute une jeunesse qui avait le sentiment qu’elle était partie prenante dans la marche de l’Histoire.

Le second point concerne l’incroyable rôle qu’a joué à cette occasion le street art. Aujourd’hui, l’Allemagne réunifiée, a créé cette « galerie » et met en œuvre un programme de rénovation des fresques victimes du vandalisme. Ce n’est pas un monument aux morts (il y eu pourtant des centaines d’Allemands de l’Est qui furent abattus en essayant de franchir le Mur) ; c’est un témoignage, parfois maladroit et naïf, d’un tournant de l’Histoire.

Richard Tassart

1 Nom de l’ouvrage donné par la RDA.

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