La poussière nous recouvrait pareil, et la poussière était blanche

« Voici des routes à prendre », Virginie Occidentale, un chemin littéraire, poétique pour nommer un scandale industriel, Gauley Bridge, tunnel de Gauley…

« Mais, depuis toujours, l’eau :

la puissance vole en profondeur

les rivières vertes tranchent la roche

les rapides bouillonnants,

une scène puissante. »

Un tunnel, la silice, un visage, « à présent ils / réclament une réponse ». Des hommes, très majoritairement africains-américains, noirs, morts et morts à venir, « Maman, quand je serai mort, / je veux que tu leur demandes de m’ouvrir / pour voir si c’est cette poussière qui m’a tué », une maladie professionnelle, « Des nodules plus nombreux, plus épais, vous voyez, dans les lobes /supérieurs », absence de protections, absence de soins, « morts dans les camps du tunnel, sous les rochers partout, monde / sans fin »…

La poussière, blanche et répandue comme de la farine, silicose, avertissements des médecins, « ma mort sur tes lèvres », la colline de verre…

« L’homme au manteau blanc est l’homme de la colline,

l’homme aux mains propres est l’homme à la foreuse,

l’homme qui répond « oui » ne bouge plus »

Le barrage, « les roses thé et les roses rouges », la silicose et les victimes potentielles, « c’est comparable à une guerre », des vallées plantées dans notre chair, « remesurez nos jours »…

Plus qu’un récit, plus qu’une simple mise en mots et en phrases, la force du rythme poétique, la mise en relief de témoignages, de minutes de procès, la subversion et le tranchant d’une explosion…

« Beaucoup sont morts. Beaucoup ne sont pas encore morts.

De négligence. Délibérée ou inexcusable »

En complément un petit livret de photos, un extrait d’un livre de Vladimir Pozner, le scandale sous un autre angle, « C’est une histoire bien simple où il est question d’hommes, de silice et de dollars ».

Les dollars d’abord, Union Carbite &Carbon Co., Morgan et Mellon, la silice et la silicose, mourir étouffement, la maladie professionnelle par excellence, « Et voilà pour la silice », des hommes recrutés ailleurs, « des Noirs en grande partie », la poussière blanche, le forage à sec, les morts sur place, les quelques dollars pour indemnisation, « Les familles Morgan et Mellon se portent bien », voici encore pour les dollars…

« la terre a largement gagné en cadavres ce que les hommes avaient extrait en silice, et en fin de compte, les morts, eux aussi, n’ont été qu’un sous-produit des travaux de construction »

Un bel ouvrage, une urgence, à faire connaître.

Muriel Rukeyser : Le livre des morts

Traduit de l’anglais (américain) par Emanuelle Pingault

suivi de Vladimir Pozner : Cadavres, sous-produits des dividendes

Editions Isabelle Sauvage, Plounéour-Ménez 2017, 114 pages, 24 euros

Didier Epsztajn

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